‹ Histoire de la monnaie romaine (volume 5)Chapitre 5 sur 110 · JI · texte numérisé non relu

JI

de moitié et Ton ne trouve dans la série romaine ni as ni semis d'un poids intermédiaire; ce changement existe également, quoique d'une manière moins sensible, pour les petites fractions ; il est aisé de le constater dans les riches collections de Copenhague, de Vienne, de Berlin et dans celle du musée Kircher à Rome, ainsi que dans les ouvrages d'Arigoni, d'Olivieri et de Passeri; il est donc tout à fait naturel de supposer que cette première réduction eut lieu en vertu d'un décret du peuple.

L'as ainsi réduit dépasse rarement le poids de h onces (1) et descend ensuite graduellement, et presque sans arrêt appréciable, jusqu'au poids d'une once.

Il est fort possible que plusieurs des réductions successives qui eurent lieu dans la suite aient été également décrétées par le peuple. Nous examinerons plus tard les renseignements que les anciens auteurs nous fournissent à ce sujet (2), mais ceux que nous donnent les monnaies elles-

(1) On trouTera les poids aux Annexes (t. IH). Le dëcussis le plus fort Indique un as de 107 grammes^ le plus fort tressis un as du même poids, le plus fort dupondius un as de 110 grammes. — 11 faudra s'en tenir à ce renseignement^ parée que les premières pièces de la série sont en général , celles dont le monnayage est le plus régulier, et aussi parce que ces poids représentent assez exactement 4 onces romaines = 109"^, 15. — Il est vrai que Ton rencontre quelquefois des as plus forts et dont le poids va Jusqu'à 5 onces 1/2; mais quelques-uns de ces as ne nous paraissent pas d'une authenticité irrécusable, et d'ailleurs quelques exemplaires isolés peuvent avoir exceptionnellement du surpoids.

(2) Nous ne pouvons partager l'opinion du P.Marchi (VAes grave, pi. 111 B, col. 2, et G, col. 1, n* 3 — 12), qui fait succéder un système quadrantaire au système triental.

[ H. le baron d'Ailly, dans son bel ouvrage {Recherches sur les monnaies romaines^ 1. 1, p. 84 et suiv.}, donne le nom de semi-librale à la première réduction. CeUe série se compose des décussi«, tressis, dupondius, que M. Mommsen classe dans la série Mentale - les pièces qu'il cite sont les

RKDUGTION UK L AS.

mêmes ne semblent rien indiquer de semblable et pourraient plutôt faire penser que ces diminutions de poids furent le résultat d'un abus ou plutôt d'une série d'abus.

On fait curieux à constater, c'est que les villes monétaires de l'Apulie adoptèrent la première réduction, tandis que celles du Latium, de la Gaule Cisalpine et du Picenum y restèrent étrangères.

Les as autonomes de Luceria tombent tout à coup de 8 à à onces faibles, comme ceux de Rome (roy. t. I, p. 3A3 et suiv.) et descendent ensuite petit à petit jusqu'à une once forte. 11 en est de môme de la série romano-lucérienne. La série de Venusia (très-incomplétement connue, du reste) suit ce mouvement dans les mêmes proportions (voy. t. 1, p. 349), et s'arrête au-dessus du poids de 2 onces. Enfin nous pouvons y joindre le quadrans d'aes grave, frappée avec la légende ROMA« qui appartient probablement au système apulien, et que nous retrouvons également avec une réduction de poids (1). Après sa réduction, le système

Dans quelle

proportion Ica

antres rilltra

imttent-ellM

Home?

mêmes, et les poids qu'il donne diaprés ses propres observations difTèrent très-peu de ceux que Ton trouvera aux Annexes, M. d'Aflly fait également entrer dans la série semi-Obrale les as et les semis les plus forts de la série trientale de Bf. Mommsen (il donne seulement un plus grand nombre de semis, et le poids de ceux-ci dépasse celui des pièces citées par notre auteur). Ce ne sont donc pas des matériaux nouveaux que nous fournit M. d'Ailly, et la différence consiste surtout dans la manière d'apprécier et de classer ceux que nous possédons. — A la suite de la série semi-librale, M. d'Ailly place une série quadrantaire composée des pièces les plus faibles de la série trientale de H. Mommsen et de quelques exemplaires plus faibles encore. B. ]

(I) Comp.^ t. I, p. 190. — EclLhcI, Doct. num. vet., V, p. 47. — Bœclth, ioc, cit., p. 408. — LAes grave, cl. I, pi. XII, col. 2, n** 8 et 9. — On voit sur le quadrans de poids réduit un épi de blé qui ne se trouve pas sur la pièce primitive. — Le musée de Berlin possède trois exemplaires de c« quadrans avec un épi dans le champ; ils pèsent ISe^SS, 7*%68 et G(%48.

h CHAPITRE î.

des as romains fut peu à peu adopté par un certain nombre de villes qui, jusque-là, lui étaient restées étrangères et Ville» d'Apttiie. n'avaient jamais coulé de pièces librales. Ainsi la ville de Téaté, en Apulie, fabriqua des pièces répondant à la série onciale, imitées de celles que frappait Venusia, sa voisine^ sur le pied de sextantaire faible (t. III, annexe R, 2). De même la colonie latine de Brundusium {tbid. R, 6) adopta la série trientale (de à onces fortes). Les pièces de Bari et de Caelium en Apulie (t. III, annexe S) marquées d'une ou deux étoiles peuvent être aussi considérées comme des onces- et des sextans sextantaires, ce qui est d'autant plus probable que d'autres indications ne permettent pas de faire remonter ces pièces au delà d'une époque relativement récente, et que l'atelier de Brundusium ne fabriquait également alors que des sextans, des onces et des demionces. Il est même vraisemblable qu'une grande partie des dernières pièces de cuivre de rApulie(t. III, annexe S) qui ne portent pas de marques indiquant leur valeur (1) rentrent dans la même catégorie et appartiennent au système italique des as. On distingue souvent parmi elles deux variétés de la même pièce, par exemple à Asculum d'Apulie (2) et parmi les plus anciennes pièces d'Uxentum; leur poids ordinaire permet parfaitement de les considérer comme des onces de 9 grammes au plus, et appartenant à une série trientale.

VI les Enfin les trois villes campaniennes de Capoue, Atella et

de Ctinii>anie.

(1) Sur les pièces de Caelium et de Bari on voit souvent la forme (j) pour VCl (Mionnet. t. I, n"* 305, 311 et 312); la forme de la légende KAIAEINHN (Eckhel, Dod. num. réf., F, p. 340; - Mionnet. ï, n» 310) mérite aussi d'être remarquée.

(2) Sur les pièces d'Asculcm le sigma est lunaire. — Voy, FriedlUnder^ Oikische Mùn%en^ p. 50. — Ce mp. Annexe K, n" 3, 1. 1, p. 358.

RÉDUCTION DE l'aS. Ô

Galatia (t. III, annexe T) ont frappé un assez grand nombre de pièces de cuivre avec des légendes en lettres osques : la plupart ont leur valeur indiquée comme dans le système romain et se rattachent à des as dont le poids varierait de 3 onces jusqu'à 1 once.

Dans ritalie septentrionale, le même fait se reproduit : des deux villes monétaires deTOmbrie, Tune, Iguviura, n'a que des pièces de son ancien système national, tandis que l'autre, Tuder, passe de son ancien système, qui se rapproche de l'aslibral romain, à Tas triental^ c'est dans cette dernière catégorie que se rangent la plupart des pièces de cette ville, même celles en forme d'amande qui lui sont particulières, comme nous l'avons vu (t. 1, p. 389 et suiv.).

En Étrurie, les pièces coulées les moins anciennes répondent assez exactement à l'as triental, mais ces pièces peuvent et doivent même, selon nous, se rattacher au système national des Étrusques; il n'y a guère que les pièces de Populonia (t. I, p. 215 et suiv., et p. 375) de la dernière époque, qui puissent être attribuées à l'influence du système romain après sa réduction, et encore semblent-elles plutôt appartenir au monnayage d'argent, dont elles constituent des fractions, qu'au monnayage de cuivre proprement dit.

En somme, l'as réduit des Romains n'a pas été adopté au delà des Apennins ni dans l'ancien Latium, mais il a pénétré dans TApulie, la Gampanie et TOmbrie, et il y a rem • placé l'ancien aes grave.

Italie •eptenlrionale.

Conclusion.

Fabrique «t divisioDS de Tas de quatre onces.

Ce que nous avons dit du style et de la fabrique des as ^* ''*'°'*

•^ et se» diTisiont.

d'une livre (t. 1, p. 194 et suiv.) s'applique aussi au mon-

GHAPITBE I.

Les places

dirislonnaires

sont quelquefois

A'sppées.

As fhippë.

nayage d'un poids réduit. Nous voyons, comme dans l'ancienne série, Tas et les divisions supérieures coulés, tandis que le sextanset l'once sont le plus ordinairement frappés ; quand l'as tombe à 3 onces (1), on commence à trouver des quadrans et des triens frappés; enfin quand il tombe à 2 onces et au-dessous, on trouve également des as et des semis frappés (2).

L'ancien procédé fut alors de moins en moins usité, mais il ne fut cependant pas tout à fait abandonné, car on trouve encore des pièces coulées même parmi les petites divisions de Tas sextantaire et au-dessous (3).

Le style devient plus négligé à mesure que le poids baisse, comme si les pièces ayant moins de valeur méritaient moins de soin.

(1) L'Aes grave, p. 40.

(2) Les plus forts de tons les as frappés qui sont conservés au musée Kircher pèsent 52 grammes (=^ 1 once 20 den., 2 exemplaires) et 34 grammes (= 1 once 10 den., 3 exemplaires). — Les semis les plus forts pèsent 28 grammes (= 1 once, 2 exemplaires) et 19 grammes (= 16 den.), Gennarelli, Specchio, p. 70,

(3) Le musée Kircher possède des as sextantaires coulés, pesant 53 grammes (= 1 once 7 dr., 2 exemplaires) ; 49 grammes (= 1 once 6 dr., 2 exemplaires) ; 42 grammes (= 1 once 4 dr., 2 exemplaires); 39 grammes (= 1 once 3 dr.) ; des semis coulés de 78 grammes (= 1 once); 25 grammes (= 7 dr.) ; 21 grammes (=6dr.); 18 grammes (= 5 dr., 2 exemplaire?) ; des triens coulés de 18 grammes (= 5 dr., 2 exemplaires) et de 14 grammes (= 4 dr.); des quadrans coulés de 14 grammes (= 4 dr.) ; des sextans coulés de 11 gram. mes (= 3 dr., 6 exemplaires) ; et de 7 grammes (= 2 dr.^ 8 exemplaires) ; enfin des onces coulées de 4 grammes (= 1 dr.). Gennarelli (loc. cit.). Cet auteur (p. 69) ne donne pas d'as coulés de la série onciale^ mais il donne des semis qui appartiennent à cette série (11 grammes = 3 dr.; 7 grammes =2 dr.), des triens (Il grammes =3 dr.; 7 grammes = 2 dr.), des quadrans (7 grammes=2 dr.; 4 grammes=l dr., 2 exemplaires), des sextans (4 grammes = 1 denier, 2 exemplaires). — Le Catalogue cTEnnery (p. 124) cite quatre onces coulées du système semi-oncial, dont le plus fort pèse 13 grammes (= 242 grains).

EÉDUCTION DE L AS. 7

Le nom de Rome ne se trouve que sur les pièces frappées (1). Nous parlerons des emblèmes et des autres »gnes qui distinguent les ateliers et les officiers monétaires lorsque nous traiterons de Tordre chronologique des pièces de la République. Il suffit de remarquer ici que les marques d'ate- Uers sont fort anciennes, tandis qu'on ne rencontre les symboles ou emblèmes des monétaires qu'à ta fm de cette époque, lorsque Tas est tombé au poids de 2 onces et au-dessous.

Les types et les marques de la valeur sont les menées qu'à l'époque précédente ; nous ne parlerons donc ici que de ce qui est particulier aux pièces de nouvelle création , mais il est plus important d'examiner quelles furent les pièces émises après la réduction du pied monétaire, tant à Rome que dans les villes qui suivirent son exemple.

Lés grandes pièces carrées semblent avoir été alors intercalées dans la série des monnaies romaines. Nous ne pouvons, il est vrai, baser cette assertion que sur une seule pièce de cette nature : elle porte le type du bœuf (t. III, annexe Q) et la marque llll, elle pèse environ 13 onces» et non 5 livres romaines , comme les anciens lingots de la même forme. Le chiffre dont elle est marquée lui donne le caractère d'une véritable pièce monnayée valant h as du nouveau système. Dans la série romaine de l'as libral. Tas est la pièce la plus forte, et parmi les séries analogues, celle au type de la roue est la seule qui possède le dupondius; dans la série trientale, nous trouvons au contraire plusieurs multiples de l'as : le dupondius , le

Légtnût:

Marques de 1»

Tftlenr.

Nomenclfltnre

deU •érie romftlne.

rilcet carréet.

(1) La Mule pièce couiée sur laquelle on Toit le nom de Rome ett on déensslA d'Arigoni (t. III, pi. XXIII ti XXIV) au type de la Victoire. Hais cette pièce, dont l'original se trouve au Cabinet de Turln^ est évidemment fausse; nous en reparlerons plus loin. D.

tressis et le décussis marqués II, III et X. Longtewps on a cru que l'émission de ces pièces n'avait pas duré au delà de l'époque où le poids de l'as tombe à 2 onces 1/2; mais une pièce nouvellement découverte est venue rectifier cette opinion et prouver qu'au moins le dupondius a été frappé ri. \\i. fit'. 3. (et non coulé) à l'époque de l'as onciai faible (1).

La proue de vaisseau se voit constamment sur le revers du décussis, du tripondius et du dupondius, qui ont, du côté du droit, la tète casquée que nous avons déjà vue sur le triens et sur l'once ; seulement le casque est quelquefois orné d'une crête découpée, terminée en bec d'oiseau ou de griffon (2) , comme nous l'avons remarqué sur Tas et sur le dupondius de la série latine au type de la roue. On peut supposer d'après cela que ce nouveau type fut adopté à Rome en même temps que l'usage du décussis (3) , et il est probable que la tète représente la déesse Roma (A).

(1) Bull, de Vlnst. arch. 1862, p. 49. CeUe pièce apportenait alors à M. DepoIeUI, à Rome; elle pèse 30»M50.— Voyez cl-aprèa, ch. IX, notre tableau chronologique.

(2) Cayedoni, Ripostigli, p. 43.

(3) Comp. les décussis, tripondius et dupondius du musée Klrdier {VAes grav€,d. l, pi. 1 et II. — Cohen, pi. LXXII) avec les pièces de la série au type de la roue, ibid.^ cl. I, pi. VIII (corop., ibid., pi IV et V). ËTidemment les Romains ont emprunté ce type à la série latine ; car non-seulement ces tètes se trouvent également.sur l'as de la série de la roue, mais la crête du casque y est découpée d'une manière régulière, tandis que les artistes romains n'ont pas toujours bien compris cette découpure. Sur quelques pièces elle est informe, sur d'autres elle ressemble à un ornement de feuilles. Le casque n'est pas ailé; les ailes ne se volent que sur les pièces d'argent. Au surplus, on trouve aussi sur quelques-unes de ces grandes pièces le casque simple comme sur les onces et les triens.

(4) Aldini {Sul ttpo primario délie antiche monete délia Romana Republica, dans les Memorie delt Accadema di Torino, série II, t. III et IV) s'est prononcé pour l'attribution de cette tête à la déesse Roma , contrairement

RÉDUCTION DE i/aS. 9

Les villes qui adoptèrent le système triental ne fabriquèrent pas toutes, la série entière. Nous possédons :

De Titdn : le semis, le triens, le quadrans, le sextans, n. xx. Tonce (t. I, annexa P, p. 389etsuiv.);

De Luceria : Tas, le quincunx, le triens, le quadrans, le fi- xm. sextans, l'once, la demi-once (tfrtd , annexe H, p. 346) ;

De la série romano-lucerienne : les mêmes pièces, et de pi. xm. plus le semis ;

De Venusia : le dextans et le double dextans, marqués n. xv. N.l et N.ll, puis le quincunx, le quadrans, le sextans, Tonce, la demi-once. Le triens manque ou n'est point parvenu jusqu'à nous, ce qui ne peut être qu'accidentel ;

De la série romano apulienne : le quadrans, ayant pour pi.xvn,u*8. type le taureau et le serpent ;

De TéaU d'Apulie : le nummus ou dextans, le quincunx, le triens, le quadrans, le sextans, l'once (t. III, annexe R, 2).

De Brundmium : le sextans, l'once, la demi-once (t. III, annexe R, 6);

à Topinion d'Eckhel (loc. cit., p. 84) et de M. l'abbé Cavedoni {Saggio, p. 124), qui Tattrlbuent à Minerve. 11 appuie son opinion sur un médaillon de marbre conservé au musée de Pavie sur lequel on voit les téteâ de Romulus et de Remus, accompagnées de leurs noms, et coiffées du casque tenniné en bec d'oiseau. M. F. Kenner partage Topinion d'Aldini (Die Ronialypen, Vienne, 1857, p. 11 et sulv.). Nous croyons devoir nous ranger également à cette opinion, surtout parce que sur un certain nombre de pièces des derniers temps de la république, la légende ROMA est évidemment destinée à donner TexplicaUon du type, comme nous le verrons plus loin, et comme le prouve encore mieux le dénier d'Osca. Sur ce denier, évidemment copié sur les deniers romains au type des Dioscures, la tôte de la divinité locale, est accompagnée de la iégende OSCA. Au surpius il est clair que cette tête peut avoir plus d'une signiQcaUon, et que selon les circonstances elle peut être attribuée à Minerve/ou à^nMmportc quelle divinité locale, urbaine ou guerrière.

De Barium, de Caelium, et peut-être d'autres villes apulieunes : le sextans et Tonce;

De Capoue : une grosse pièce sans indication de valeur, et qui est probablement le dextans, puis le quincunx, le triens, le quadrans, le sextans , l'once et plu^eurs autres pièces plus petites, sans indication de valeur ;

lïAteUa : le triens, le sextans, l'once;

De Calatia : le sextans et l'once.

Ainsi les pièces de 10, de 3 et de 2 as ne se rencontrent que dans la série romaine. Nous avons déjà remarqué plus haut que, dans toutes les séries fabriquées hors de Rome, Tas est fort rare, et qu'il manque même à Tuder; nous avons remarqué aussi que l'émission du nummus valant 10 onces,. du double nummus valant 20 onces, et du quincunx remplaçant le semis dans les séries de l'Italie méridionale (t. I, p. 2A6), est due à l'usage adopté dans les pays habitués à la monnaie d'argent, de regarder l'once romaine comme l'équivalant de la litra faible, et 10 onces comme valant une litra forte ou le nummus ; quant à la demi-once, nous l'avons déjà rencontrée hors de Rome à l'époque de l'as libral.

g IIL

Époque de la rédaction de l'ns au poids de 4 onoes. — Caractères de cette réduction et des réductions qui la suivirent.

Examinons maintenant à quelle époque l'as d'une livre fut supprimé et remplacé par celui de k onces, et comment il se fit qu'après cette première réduction, la monnaie de cuivre alla toujours en diminuant de poids. Voyons si ce fut par suite de mesures législatives ou parle fait d'une altération abusive.

RÉDUCTION DE l'aS. 11

Nous avons sur ce sujet deux sortes de documents à con* sulter : les auteurs et les monnaies elles-mêmes. Commençons par les premiers.

Varron (1) nous apprend que Tas libral fut aboli pen- opinioni

-, . TkT 1 * .des historiens

dant la guerre puntque. Nous trouvons le même renseigne- et des annaiittes. ment dans Verrius . Flaccus (écrivain qui, toutefois, a puisé à des sources peu connues et très-peu dignes de confiance) (2) . Reste à savoir laquelle des deux guerres

(1) DeReRustica, I, 10, 2 : Scripula CCLXXXVIII ^as anliquus noster, ante bellum punicum valebat. Cf. de Lingua lattna, V, 169, 182.

(2) Nous donnons ici les renseignements qui remontent à Verrius Flaccus et qu'il est bon de voir dans leur ensemble. Voici un passage tiré de Festus, p. 98 : « Grave aes dictum a pondère, quia déni usses, singuli pondo libras, « ef/iciebant denarium ab hoc ipso numéro dictum, Sed bellopunico populus « romanus pressus aère alieno ex singulis eusibus librariis senos fecit qui <f tantundem ut illi vaîerent. Item nummi quadrigati et bigati a figura « caelaturae dicti, » — Nous lisons page 347 : « Sextantari asses in usu esse tf coeperunt ex eo tempore, quo propter bellum punicum secundum^ quod « cum Eannibale gestum est, decrevere patres^ ut ex assibus, qui ium erant « librari, fièrent sextantari, per quos cum solvi coeptum esset et populus a aère alieno liberaretur et privati, quibus debitum publiée solvi oportebat, « non magno detrimento afficerentur, » — A la page 347 : « Sesiertii no-

« [tam ait signa continere] dupundii et semissis; [unde sestertiw dictus

« quasi semis] tertius; sed auctos es[se postea asses in seslertio.] Apud « antiquos autem [denarii denorum assium e]rant et valebant de[cu9sis dt- « cebanturque tum quadriga]ti bigati, Quinquessis [item valebat quinarius. « Idem auctor] est numerum aeris perduct[um esse ad XVI in denario lege « Fla\minia minus solvendi, cu[m Hannibalis bello premere]tur populus « romanus. » — Comparez, p. 334 : « Sestertius didtur quarta pars denarii^ « quo tempore is decussis valebat, id est dupundius S. » — Apulée, d'après « VEpUome de Priscien, VI, 12, 66, ëdiUon de Hertx ; « Sed tum sestertius « dipondium semissem, quinarius quinquessis, denarius decussis valebat, » « — En&D Pline, {Hist. natur., XXXIII, 3, 44) : « Argentum signatum « anno urbis CCCCLXXXV, Q, Ogulnio C, Fabio cos. quinque annis ante a primum punicum bellum et placuit denarium pro decem libris aeris 0 valere, quinarium pro quinque, sestertium pro dupondio ac ternisse, « Librale atiiem pondus aeris imminutum est bello punico primo, cum im-

puniques ces auteurs ont voulu désigner; la première,

261-241 ar.j.c. 5^1 ^ura de Tannée 490 à Tannée 513 de Rome, ou la

2iv2.)iav.j.^. seconde, celle d'Annibal, qui dura de 536 à 553? 11 nous

faudra suppléer ici à ce que leur récit a de défectueux,

d'autant plus que les historiens, qui sont venus après Varron,

ont rendu la question encore plus obscure en tirant de ces

premiers écrits des conclusions contradictoires. D'après le

récit de Varron, dont le témoignage est digne de confiance,

on peut inférer que ce changement dans le pied monétaire

des espèces , eut lieu au commencement de la guerre ,

et peut-être même un peu plus tôt, mais certainement

264 eiaisav. j.-c. pas à la fin ; nous avons donc à choisir entre les années 490

« pensis res pubiica non sufflceret constitutumque , ui asses sextantario a pondère ferirentur, Ita quinque paries lucri factae dtssoluiumqne aes « alienum. Nota aeris ejus fuit ex altéra parte Janus geminus, ex altéra « rostrum navis, m triente vero et quadrante rates, — (Comparez Festus (( dans ses extraits de Verrius^ p. 275 : Ratitum quadranlem dictuni putaut, « quod in eo et triente ratis fuerit effigies ut navis in asse). Quadrans antea « ieruncius vocatus a tribus unciis. — (Comparez Festus duiis ses extrait^, p. 172 : « Nonuncium et teruncium dicitur quod novem unciarum sii site « irium). Postea Hannibale urgente Q, Fabio Maximo dictatore asses un- « ciales facti placuitque denarium sedecim assihus permutan, quinarium « octoniSy sestertium quatemis; ita res pubiica dimidium lucrata est. In « militari tamen stipendio semper denarius pro decem assibus datus est. « Notae argenti fuere bigae alque quadrigae; inde bigati quadrigatique (( dicti. » — Le texle de Pline s'accorde d'une manière remarquable avec les fragments de Festus ; ils conUennentles méme^ erreurs et les mêmes inadvertances. L'un et l'autre disent que les quadrigati et les bigati étaient les plus anciens deniers^ et Vun et Fautre en font mention à Focca&ion de la réduction de las. Or non-seulement Pline {loc, czï., XXXIII] nomme Verrius Flaccus parmi les auteurs qu'il a consultés^ mais d'après la pîace qu'il lui donne dans cette nomenclature^ les emprunts qu'il lui a faits doivent se trouver avant le § 51 ; c'est donc évi<1emment de lui qu'il a tiré tout ce qu'il dit sur la réducUon du poids de Tas. M. Brunn (De indicibus Plinianis, p. 41, 5G) considère même le § 42 comme emprunté à Verrius. D'après les fragments qui nous restent de la glose de Festus, p. 274, sur le mot Ratitum, il paraî-

RÉDUCTION DE i/aS. 13

et 586 comme l'époque approxîmatWe de cet événement. Heureusement, nous trouvons dans Verrius Flaccus quelques détails de plus sur les conséquences de cette première mesure. Cet auteur nous apprend que Tas oncial fut adopté pendant la guerre d'Annibal, sous la dictature de Q. Fabius Maximus, en 537. Cette donnée qui, cette fois, parait certaine et reposer sur des documents authentiques, tranche la question. La guerre punique dont parient les anciens auteurs lorsqu'ils veulent fixer l'époque à laquelle l'as libral fut réduit est évidemment la première, car d'après tous les auteurs et d'après le témoignage irrécusable des monnaies elles-mêmes, l'as oncial ne remplaça pas immédiatement

trait que Verrius a copié un certain Ofpius dont Festus parle encore dan» la glosse Ordincrium^ p. 182, et qui est cité par Pline {Hisl. nat., XI, 45, ?52). Cet auteur est peut-être l'Oppius Chares dont parle Suctone {De illust grammaticis, Ht) ; il a peut-être suivi également le récit de Tarqnitius Priscus, sur lequel M. Haupt a donné des détails complets dans V Index Scolarumde Berlin pour Tété de 1859. — Il est impossible de savoir positive- Dient si Varron a puisé ou non aux mêmes sources. Ce qui est certain, c'est qu'aucun de ces auteurs ne peut nous inspirer grande confiance. Nous avons d^à signalé Terreur relative au type des plus anciens deniers; mais ce qui dépasse toute croyance, c'est ce qu'il nous dit du Rosirum navis au revers de l'as, et du Raiis au revers du qundrans et du triens, tandis qu'il est bien connu de tout le monde que de tout temps, toutes les pièces de cuivre romaines ont en une proue de navire pour type du revers. Ces erreurs, que nous pouvons appeler grossières, doivent nous ôter toute espèce de confiance dans les autres assertions de leur auteur, et nous le montrent comme un philologue qui voulait à tout prix'trouver une explication pour les expressions quadrans raiitus de Lucilius, bigati et quadrigati des annalistes, et enfin ieruncius, resté proverbial , et qui , suivant la méthode de quelques glopsographes, n'hétiitait pas à inventer de fausses explications quand il ne savait pas où trouier les véritables. Nous parlerons plus loin des autres anomalies du même auteur, et en particulier de son assimilation de l'as librnl avec le denier. Nous n'avons qu'une conséquence pratique à tirer de ce qui précède, c'est qu'il faut nous méfier des assertions d'un semblable annaliste.

J17 ar. J.-C.

ih CHAPITRE I.

Tas libral, ce qui aurait eu lieu si celui-ci avait été conservé jusqu'au commencement de la guerre d'Annibal. Nous pouvons donc considérer comme un fait acquis à Tbistoire 264 ar. j-c. que la fabrication de l'as libral dura jusque vers i90 et 217 av. j.-c. que celle de Tas oncial ne commença pas avant 537 ; mais nous cessons d'être d'accord avec notre annaliste, et nous pensons qu'il est dans l'erreur quand il nous dit que dans le courant de la première guerre punique, l'as libral fut remplacé par l'as sextantaire. En quoi consista donc cette première réduction?

Les monnaies prouvent que Tas tombe d'une livre à i onces (1), qu'il descend ensuite rapidement par des affaiblissements successifs jusqu'au poids d'une once, et qu'il avait déjà presque atteint ce minimum à Tépoque de la loi Fabia.

Nous nous trouvons ici en présence de deux hypothèses ; ou bien il y eut entre la réduction de 490 et celle de 637 une troisième réduction légale qui fixa momentanément Tas à 2 onces comme le dit notre annaliste, et, dans ce cas, il confond la deuxième réduction avec la première, qui est constatée par les monnsdes; ou bien l'as, réduit légalement à à onces, baissa de poids abusivement par suite des vicissitudes et des malheurs de la première guerre punique jusqu'à la loi Fabia : rien ne nous indique l'époque à laquelle a pu avoir lieu cette prétendue réduction intermédiaire, et nous la rejetons; nous aimons mieux nous en tenir à la première hypothèse et admettre que les annalistes, et les compilateurs qui sont venus après eux, se sont trompés. Cette erreur de leur part peut au reste

(!) LAes grave, p. 41. On peut dire que les as tiientaux sont peu nombreux comparativement aux autres. .

RÉDUCTION DE l'aS. 15

s'expliquer facilement Us ODt confondu le fait réel avec le droit; ils ont constaté le fait que la loi Fabia avait réduit à une once Tas de 2 onces ; ils en ont conclu que la réduction de Tas à 2 onces avait eu lieu pendant la première guerre punique, et lis n'ont pas distingué cette réduction abusive de la réduction trientale opérée précédemment en vertu d'une loi (1).

Le monnayage des colonies latines vient à l'appui de cette Preuve» tirëe» conclusioB. En effet, si les colonies, par suite de leur indé- ^""êôionir''* pendance souveraine, ne furent pas obligées d'adopter successivement toutes les fluctuations monétaires de la mère patrie, il n'en est pas moins vnd cependant que, de prime abord, elles prirent pour base de leur système monétaire celui qui était en vigueur à Rome lors de leur fondation.

Or nous voyons que Venusia, fondée en 463, Hatria, mi»t. j.-c. en 465, Ariminum, en 486, ont émis des as d'une livre; *89-268 *v. j.c. Firmum, fondé en 490, n'en a que très-peu, tandis que ^64 av. j.-c. Brundusium, fondé en 510, émît dès son origine des as de *** •^^ ^^'^' à onces (2) . Ainsi peu de temps encore avant 490, le système libral existait à Rome, et en 510 le pied monétaire légal était triental, quoique de fait les monnaies eussent commencé déjà à tomber au-dessous de ce poids.

Le rapport exact de la valeur de l'as libral avec c^Ue de ^vmt

* * de« deux as

l'as iriental ne peut être déterminé que par le rapport de entre eux.

(1) Cette eiplIeaUon noui semble taUsfaisante, puisqu'elle met d'accord la théorie résultant de l'étude des historiens et les faits résultant de celle des monuments. Elle ne laisse peser sur les annalistes que le reproche d'une expression inexacte, et les absout d'une erreur matérielle. Pline et Festus ont puisé à la même source, la dirergence de leurs données n'est qu'apparente et due seulement h la manière dont l'écrivain postérieur a compris la question.

(2) Bœclih, loc. Cl/., p. 411.

16 CHAPITRE î

chacun d'eux avec le sesterce. Rome cessa probablement de fabriquer des as d'une livre dès la première émission des as de 4 onces, mais il ne s'ensuit pas que les premiers aient été dès lors retirés de la circulation ; ce qui est certain, c'est que l'as libral fut conservé comme monnaie de compte, et qu'il survécut, longtemps après sa suppression, dans le sesterce ou nummus d'argent, qui avait la même valeur; seulement on avait soin d'ajouter dans les comptes les mots aeris gravis pour distinguer l'ancien as (l)du nouveau, de même qu'en Sicile on appelait titra argenti Fancienne litra pour k distinguer de la nouvelle. En effet, il n'y avait pas de différence entre le nummus d'argent valant 2 as 1/2 nouveaux de â onces chacun, et l'as ancien qui pesait effectivement 10 onces.

(1) Bœckh {ioc. cit,, p. 306, 397, 414) fournit assez de preuves de la longue durée de cette manière de compter pour les amendes et les récompenses. Voyez aussi Marquardt, Handbuch, tom. 111,2, p. 7, note 17.— Lorsqu'au vii« siècle, dans le récit des triomphes^ à côté de sommes en argent ( sestev' tiorum, ou bien argenti bigati)y il est fait mention de pièces de bronze {aeris\ 11 se peut fort bien que les historiens aient en effet entendu désigner des as valant 1/10 de denier, comme dans les prétendues évaluations du cens de Servius Tullius ( par exemple Tite Live, XXVIH, 9; XXXI, 49; XXXlll, 23, 37). On peut en dire autant lorsque le même auteur (X, 4G ), an sujet des événemeiits de4Cl, par conséquent avant Tintroduction du denier d'argent s'exprime ainsi ^ Aeris gravis travecta vicient centum mûiia,— argenti — pondo mille octingenta triginta. La même observation s'applique à l'inscrip- Uon relative au triomphe de Duillius en 494, inscription, comme on sait, bien postérieure à l'époque même de l'événement, et sur laqueUe U est feit menUon de pièces d'or, d'argent et de cuivre {aeris), — Noos ne pensons pas que, lorsqu'il est question iVaes grave il faille croire que ce fussent des pièces 11braies qui étaient portées en triomphe; mais il nous semble bien plus naturel f l'admettre que les employés du trésor, en évaluant la masse des pièces de cuivre de diverses espèces, estimaient sa valeur en^as libraux; de même que toutes les sommes d'argent un peu considérables, quoique payées en deniers d'argent étaient cependant évaluées en sesterces.

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