DENIERS D'ARGENT
Les premiers «lonierj». — Leur type. — Le lieu de leur émission.
Les plus anciennes pièces d'argent des Rortlains ont, T>i>edMpuis comme chacun sait, pour type, d'un côté, une tête de femme, avec un casque orné de deux ailes et d'une crête découpée, terminée souvent en bec d'oiseau, et, au revers, les Dioscures à cheval, galopant à droite, la lance en arrêt, leurs manteaux flottant et leurs bonnets coniques surmontés des deux étoiles emblématiques du matin et du soir; ce type est le même pour toutes les pièces de la série d'argent. Peu de temps après, le type des Dioscures est souvent remplacé par la figure de Diane dans un bige galopant à droite. La tête du droit est la reproduction de celle qui se trouve sur quelques-uns des anciens as latins dans la série librale , sur les décussis et sur les autres multiples de l'as dans la série trientale (ci-dessus, ch. 1, p. 6 et suivantes), seulement des ailes y ont été ajoutées; cette addition suffirait presque, selon nous, pour prouver que les monnaies de cuivre du système triental sont plus anciennes que les pièces d'argent. Ce même ornement décore le casque de Minerve sur plusieurs pièces d'argent de Vélia, de Thurium, de Métaponte (1), dans
(I) Comparez dans Carelll les monnaies de Velin, pL CXXXIX, ir* 13-45; — rolIfsdeMrtaponlP. pi. CLVI, n-aC;- dpTlnirinm.pl CIAVII,n"?7 Sur
Sty\t et fabrique deft plus
20 CHAPITRE ir.
l'Italie méridionale. Les artistes qui ont gravé les coins romains ont probablement cherché à se rapprocher de ces modèles autant qu'à imiter les anciennes pièces de cuivre. LesDioscures se voient sur les monnaies d'argent des Bruttiens (t. I, p. 281) et de Paesturo (t. I, p. 316), de même que sur le quincunx et d'autres pièces de la série romanolucérienne, sur les pièces avec la légende ROMA-P, eofin sur quelques petites pièces de cuivre de Nuceria Alfatei'na, de Caeliumet de Rbegium (J). De toutes ces pièces d'argent, celles des Bruttiens et de Paestum sont les plus anciennes, et elles ont pu servir de nK)dèle aux premiers deniers romains, d'autant plus qu'elles sont à peu près de la même date. La ressemblance n*est cependant pas complète, les lances que les Dioscures ont toujours dans la main sur les deniers romains sont souvent remplacées sur les pièces des autres villes par des palmes quelquefois ornées de guirlandes.
La fabrique et le style des deniers primitifs n'ont rien de particulier ; on n'y remarque pas cette rudesse qui choque l'œil dans un grand nombre de monnaies de la République appartenant à une époque postérieure (2) ^ elles ont beaucoup d'analogie avec les pièces campaniennes de la même époque (3), à ce point que les légendes en creux, qui, du
aucune de ces pièces le casque de Pallas n'est surmonté d''iine ciisia ou crète découpée et terminée en forme de Lee d'efsean.
(1) Friedlândcr, Osk. Mùnzen, p. 22, pi. IV, Nuceria, 2. — Carelli, pi. XCVIII, n« 18; pi. GO, n*» 17. — Le droit des deniers romains se trouve reproduit sur une monnaie de cuivre de C. Poplilius, qursfenr en Macédoine (Couslnéry, Voyage en Macédoine, 1. 1, pi III, n« 12).
(2) Cavedoni, Appendice A, p. I8C; Bipostigli, p. 181.
(3) Cavedoni {ioc, cit.) : « Le impronie délie più anfiche moiute conso- • lari e di famiglie riescono piaiie quasi corne nelle monete osche di Capuo, M di Atella e d'altre citià délia Campania. •— Lestjrpes des pièces de bronze 03ques ont plus d'un point de ressemblance avec ceux des deniers romains
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resiç, sont fort rares, se retrouvent également sur les unes et sur les autres (1).
11 n'est guère probable que les plus aiîcVens deniers ou<mt<»téf.*ii<^ aient tous été frappés hors de Rome, car leur première ancu-asdènter»? émission coïncide avec l'établissement tle Falelier monétaii-e sur le mont Capitolin (roy. le § suivant); maïs rien n'empêche de croire que les officiers préposés à la monnaie ont fait venir des artistes de la Grande Grèce, d'autant plus qu'à cette époque le sceptre de Rome s'étendait déjà sur cette partie de l'Italie. Nous verrons tout à l'heure que le gouvernement romain n'avait pas fait de son monnayage un privilège exclusif de la capitale, et que partout où se trouvait un magistrat romain ayant dans ses attributions le droit de battre monnaie, on pouvait frapper des pièces romaines. 11 n'est donc pas étonnant qu'on trouve des pièces romaines d'argent, et même dor et de cuivre, qui semblent être l'ouvrage d'artistes grecs ; msds il ne faut pas confondre ces pièces romaines, frappées accidentellement hors de la ville, avec les monnaies également romaines des succursales monétaires établies dans quelques villes de l'Italie. Les monnaies romano-campaniennes ou romano-lucériennes, tant pour le pied monétaire que pour le type, la valeur, la division et d'autres
primitifs; nous reyiendrons sur cette analogie; qu'il nous suffise de remarquer ici que ces pièces datent toutes à peu près de la même époque, au point tiae pour plusieurs d'entre elles, en particulier pour les Ylctoriats romains et les onces de Capoue et d'Atella, il serait difficile de déterminer lesquelles ont servi de modèles aux autres.
(1) En comparant la pièce de Capoue : Té(e de Janus imberbe. i( ROM A en creux dans un carlouche, Jupiter dans un quadrige (t. I, p. 368 ; Annexe M, II, 5, pi. XVH,ii<»5), avec le denier romain de la première émission (pi. XXII, n* 1), il est impossible de ne pas être frappé de la similitude qui existe entre la fabrique et surtout entre les légendes de ces deux pièces.
lie l'tttetier et de U valeur
particularités, conservent une certaine ressemblance avec les anciennes monnaies du pays, tandis que les monnaies romaines frappées hors de Rome, par un général ou un magistrat romain, peuvent bien par leur style trahir le lieu de leur fabrication et la main étrangère qui en a gravé le coin , mais elles suivent toujours les règlem)ents qui régissent rémission des monnaies dans les ateliers de la capitale. ndicntinn Les premières pièces d'argent imitent les pièces de cuivre
frappées, en ce sens que Ton n'y voit à côté du nom de Rome ni le nom ni Temblême particulier des magistrats monétaires, mais souvent le signe distinctif de Tatelier où elles ont été fabriquées et toujours Tindication de leur valeur.
La série d'argent se compose de trois pièces, qui portent toutes les trois le nom de nummus, mais qui se distinguent par les sigles ou marques indiquant leur valeur X, V, US, et par les adjectifs denartu^, quinarius^ seslertius^ qui correspondent à ces sigles.
Poids des daniors primitifs. — Leur analogie avec le» pÏKce:* d'argent de Populonia. — Date de leur éniission.
11 est difficile de déterminer d'une manière précise quel était primitivement le poids légal des deniers. Nous savons que, sous la République et jusqu'au règne de Néron, le denier d'argent était taillé sur le pied de 84 à la livre = 3 scrupules 3/7 = 36% 90 (1). Ce poids se trouve dans la plupart
(I) Voyez Coroellus Celsus, contemporain de Tibère (V, 4C). — Scribonius Largus, qui vivait à la même époque, dit à la On de sa préface ; «< Eril a autem notn dennrii pro Graeca drachma; neqve enim in lihra X octo-
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ûes nombreux deniers de la République aussi rigoureusement que le comporte ce monnayage imparfait et bien moins exact pour l'ajustage du poids que le monnayage des Grecs ; il n'y a donc pas de doute à avoir sur le pied monétaire des deniers frappés pendant les vi* et vu* siècles (!)• Mais nous ne devons pas en conclure que ce pied fût le
« ginta quaituor apud no^ quoi drachmae apud Grotcos incwrumt. » — PlInc {Uist. nat.^ XXI, 31, 186) s'exprime de même: « Denarii argentei « pondus habet drachma aitica. »— Le même (t6iV/., XXX III, 9^ 132) : «< Cum « sit jbtstum LXXXIV {denarios) e libris signari,» — Le même (ibid,, XII, 14 , 62) : « Teriium partem minae hoc est XXV lU denariorum pon- M dus. » Dans ce dernier passage, Pline confond la mine avec la livre. Au surplus, cette éyaloation n'était déjà plus exacte du temps de Pline.
(I) A côté des deniers au-dessous de leur poids légal, on en trouve asseï souvent qui le dépassent sensiblement. Comme exemple de ces derniers, nous pouvons citer les suivante : L. HOSTILIVS. SASERNA (Riccio, Hostilia, iri . — (k)ben, ibid.y pi. XIX, n» 2), 4«',&6 (=70,3, Pembrokc, Cat., p. ICI). -RESTIO (Riccio, Âniia, n*2.-Cohen, ibid,, pi. HI, n''2), 4«',30 t=67,8, Pembroke. Cat., p. 97}.— P. CREPVSI (Riccio, Crepusia, if 2— Cohen, ibid., pi XVI), 4«%36 (= 67,3, Pembroke, Cat„ p. 100). — P. FONTEIVS. P. F. CAPITO ni VIR (Riccio, Fonteia, n* 12.— Coben. lôirf., pi. XVIII, n« 0), 4«',23 (Pinder, Die ant. Mûnzen, p. 117). — L LVCRETJ. TRIO (Riccio, luciiï/ia, n»2.-Cohen,t^i</., pi. XXV, n-i), 4 «',22 (Pinder. loc. cit., p. 121) — S. AFRA (Riccio, Afrania, n" 1.— Cohen, i*iV/., pi. II),4»',21 (Pinder, loc, cit., p. 101). — L. PLAVTIVS PLANCVS (Riccio, P/aw^ia n" 18. -Cohen, pL XXXIII, n* 7), 4«%2 (Pinder, loc. cit., p. 127).- CN. PLANCIVS. AED. CVR. (Riccio, Plancia, n« I.— Cohen, ibid., pi. XXXIl), 4»%18(=64,5, Pembroke, Cat,, p. 117) — Q. CASSIVS (Riccio, Cassia, n» 7.— Cohen, ibid., pi. XI, n* 6), 4»'.I8 (Pinder, loc. cit., p. 107). — Deux sesterces de T. CARISIVS (Riccio, Carisia, n« 8.— Cohen, i6iV/., pi. X, n« 5) pèsent Tun, bien conservé, 0«',77; Tautre, usé, 1«M2 (Cohen, p. xn). Toutes ces pièces sont relativement récentes; elles datent de l'époque de Ciccron, et leur poids extraordinaire peut être attribué à la maladresse d'un ouvrier.— On peut ajouter à ces pièces les deux suivantes, qui sont plus anciennes que les précédentes, et dont le poids doit être également regardé comme le résultat d'une maladresse d'ouvrier (Annales de l'inst. arch., 1863, p. 31). Elles ont pour type du revers la Victoire dans un bige et pèsent, l'une 4«',2, du Cabinet de Berlin, et l'autre 4«',13, de la colicctlon Dorghesi.
même au moineut de la première émission. Ëti effet, il paraît impossible d'admettre que le denier d'argent, qui remonte à une époque antérieure à la première guerre punique, se soit conservé toujours intact, et ait pu traverser sans altération cette époque désastreuse pendant laquelle la crise monétaire et commerciale détruisit la valeur intrinsèque du cuivre, et amena la fabrication exceptionnelle d'une monnaie d'or toute de circonstance et, pour ainsi dire, fiduciaire.
Quel était donc lé poids légal des premiers deniers d'argent? Pour le trouver, il faut nécessairement aller le chercher parmi les deniers qui ont pour type du revers les Dioscures, avec la légende ROM A, sans aucun emblème, ni symbole, ni nom de magistrat.
On peut, il est vrai, dire avec raison qu'un grand nombre de deniers qui répondent à cette description ont été frappés beaucoup plus tard ; cependant ceux dont la légende est en creux ne se rencontrent jamais avec des noms de monétaires ou des symboles, et par conséquent appartiennent, bien positivement, à la première émission. Or des cinq exemplaires de cette espèce que nous avons fait peser, et qui dépassent aussi en dimension les deniers ordinaires, quatre pèsent de 4«',57 à 46',45, le cinquième seul (probablement usé) ne pèse que 3»%7 (1). Les deniers semblables, mais avec la légende ROMA en lettres ordinaires, nous donnent
(1) Des cinq exemplaires qui ont été pesés à notre demandei quatre appartenaient au comte Borghesi (ils pèsent 4«"57, ifc%47, 4«',40, 4«'.45), le cinquième est au Cabinet de Munich et pèse d»\l,— M. Cohen ( Monnaies de la République romaine, p. 339) fait observer que ces deniers sont remarquablement plus forts que les deniers ordinaires. Ils sont rares, leur absence dans les CabiiirJs de Vienne et de Berlin le prouve sufllsammcnt.
DENIEES d'argent. 25
à peu près les mêmes résultais (1). En effet, des dix-huit pièces pesées à Vienne, à Berlin et par le comte Borghesi,
(1) Nous donnons ici le poids d'un certain nombre de deniers ayant au revers le type des Dioscures, la légende RoMA, caractères ordinaires, sans acconapagnement d'un symbole ni d'un nom de monétaire; ces pièces sont Urées des Cabinets de Berlin et de Vienne et de la collection Borghesi; lorsque la lettre A présentera ane variété^ nous aurons soin d'en prévenir le lecteur :
Grammes.
4,C3 (ROMA, integerrimo, Borghesi).
4,48 (=61 1/2 gr., très-bonne conservaUon, Vienne). 4,48 (=61 1/2 gr., bonne conservation, Vienne). 4,47 (integerrimo, Borghesi).
4,4 1 (= 60 1/2 gr., très-bonne conservation, Vienne). 4,38 (très-beau, Berlin).
4,26 (= 58 1/2 gr., Vienne).
4.25 (très-beau, Berlin; Pinder. p. î)8). 4,07 IRoMA, beau, Berlin).
4,03 (RoMA? un peu usé, Berlin).
4 (usé, Berlin).
3,86 (très-bon; 3,90, d'après Pinder, p. 98). 3,75 (bello, Borghesi).