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DOMINATION TARTARE

Avec la dynastie des Tsounfj iinit le règne des empereurs de naissance chinoise ; celle des Mongols commence, à partir de 1280.

Mais il arriva ici comme à i'épo ]ue de Tinvasion des barbares en Europe, les conquorants adoptèrent les usages et le.=î lois de^ peuples conquis, en sorte que les vainipieui-s par les armes furent les vaincus par les mœur-.

Les premiersempereurs mongols s eiiv»r.'èîent d<» s'attacher les Chinois, en rcspoi:tanî, leurs couîunirs el surtout leurs croyances. Un de ces princes, Hou-

pi- lie prit pour ministre Yao-tchou, homme d'une intégrité à toute épreuve et d'une grande sagesse, qui lui donna des conseils de bon gouvernement ; Hou-pi-lie en tint compte, et par un régne doux et pacifique, fit revenir peu à peu la population dans les villes et dans les campagnes, que Tinvasion avait fait déserter. En 1277 il ordonna la reconstruction des collèges publics pour la jeunesse, et mit à leur tête les hommes réputés les plus sagfis et les plus savants.

Cependant, il ne pouvait complètement oublier son origine mongole, et il la trahissait par ses prédilections pour les Lamas du Thibet, et aussi par Tamour des femmes et des richesses.

C'est sous cet empereur que l'illustre voyageur Marco-Polo pénétraen Chine, où il stîjournadix huit ans(l).

Son successeur Tching tsoung (en 1295) eut à mettre un frein aux vexations de toutes sortes exercées par ceux qui avaient obtenu des principautés après la conquête; l'arbitraire et la cruauté y étaient commis impunément ; cet empereur décréta qu'on ne pourrait condamner personne sans son autorisation.

Il envoya des mandarins dans les provinces pour faire une enquête sur les désastres éprouvés par les populations, et les réparer autant que possible.

Il fit élever un nouveau temple à Khoung tseu à Pékin et se concilia ainsi l'allection des lettrés.

A son exemple, Wou-tsoung, en 1308, commença f.on règne par faire distribuer dans tout Tempire une traduction en langue mongole, du livre de

(1) Voir sea curieux Topge?, (dit. de 1824.

Khoung-tseu sur la piété filiale (le Hiâo-king) ; mais son amour pour les femmes et le vin le livra peu à peu au joug des Lamas qui commirent impunément toutes sortes d'excès.

Son successeur Jin-tsoung (en 1312), fut obligé de faire mettre à mort plusieurs ministres de son prédécesseur, coupables de nombreuses injustices, d'en exiler d'autres et de sévir même contre des membres de la famille impériale. Il mit à la tête du gouvernement les mandarins les plus reconnus par leur intégrité, et réorganisa le tribunal des historiens que la guerre avait dispersés. Il fit rendre de nouveaux honneurs à la mémoire de Khoung-tseu, publia des règlements sur l'examen des lettrés, et protégea les études.

Son successeur Yng-tsoung (on 1321), fut animé d'une égale bonne volonté , mais son règne de trois ans ne lui laissa pas le temps d'accomplir des réformes.

Taï-ting (en 1324) eut aussi un lègnc de peu de durée, et bien qu'il se fît expliquer," dit l'histoire, les livres les plus propres à former les princes au gouvernement, son faible pour les Bonzes paralysa l'effet de cette élude. Le ministre ïchang-koueï lui adressa une sage remontrance sur ce sujet : « Un prince ne doit penser qu'à gouverner Tempire en père de ses sujets, y est-il dit, et ce n'est pas par les Bonzes qu'il doit chercher à être heureux. Depuis que les Bonzes, les Lamas et les Tao-sse font tant de prières et de sacrifices à leurs dieux, le ciel adonné des marques continuelles de sa colère; jusqu'à ce qu'on voie le culte de Fo aboli et tous les Bonzes clnszès, il faut s'attendre à être malheureux. Le palais des princes est rempU de gens

oisifs, d'eunuques, d'aslrolo^uies, do médecins, de femmes, dontrentrelicn est fort coûteux. I/empire souflVc, la misère est extrême ; il n'est pas bien que parmi les enfants de l'empereur il y en ait qui meurent de faim faute de secours. »

La désignation des médecins dans cetle énumération prouve que cette profession n'était pas trèsestimée en Chine.

On ne dit pas si l'empereur tint compte de ces remontrances.

Un autre, Clnin-ti,Jie se fit remarquer que par les débauches raflinees dont ]e scandale, amena la chute de la première dynastie mongole.

Tchou-youan-tchang, fondateur de la dynastie chinoise des Miuy (tn 1367) est un des plus-rands empereurs dont la Chine s'honore.

Fils d'un pauvre laboureur, il s était enrôle dans un parti de révoltés contre la domination tavtare ; son courage et ses talents militaires le firent nom mer d'abord général, puis empereur. Une l'ois reconnu, il prit le nom de Ming-taï-tsou. On raconte (jue lorsqu'il se l'ut emparé de sa ville natale, il se rendit à la sépulture do ses parents, se prosterna, et dit à ses officiers : «« Dans les premières a:inées de ma vie, n'étant que le fils d'unpamr: laboureur, je n'anibilionnai i)as d'autre iorlune qiv celle de mon père. En me iaisant soldat, je n étais anime que du désir de faire; mon devoir... J'iû vu les plus braves et les plus estimt s de nos oiliciL*rs permettre à leurs soldats d'enlev(»r les T mîiîi|s et les enfants du peuple et piiler ses biens. Indi.îin;' de ces briganda.ues et pénétre de douleur à !a vue de ces malheun-uses victimes, j'ai eleve U voix

pour en faire des reproches aux bourreaux, mais les trouvant sourds à mes représentations, je me séparai d'eux ; j'assemblai les officiers qui étaient sous mes ordres, je leur recommandai de ne jamais soutfrir de pareils désordres, et d'annoncer au peu pie que nous n'avions pris les armes que pour le tirer de la misère et lui rendre la paix. Le ciel a, sans doute, approuvé ma conduite, puisqu'il m'a tiré de mon obscurité, et que je suis parvenu à être chef. »

La conduite et les mœurs de cet empereur furent conformes au langage qu'on lui attribue : sobre, et de manières simples, il évitait la mollesse , et recherchait les hommes de mérite ; il institua des examens pour les gens de letti*es et pour les officiers de l'armée, se fit une bibliothèque des meilleurs livres, et chercha en tout à prendre pour modèle les empereurs Yao et Chun.

Un jour, il conduisit son fils dans la campagne et lui montrant les travailleurs il lui dit : * C'est pour nous que ces pauvres gens travaillent, c'est pour notre nourriture que pendant tout le cours de l'année ils s'épuisent de fatigue ; trop heureux encore si, après s'être ainsi épuisés, il leur reste de quoi rpparer leurs forces par les aliments les plus grossiej's... Nos pères étaient de leur classe, je les ai vus arroser les champs de leurs sueurs , et j'ai été témoin do leurs misères. Je serais aujourd'hui connue ils étaient, si j'avais eu assez de forces pour pouvoir travailler. Vous ne seriez alors vous-même qno le lils d'un paysan ou d'un laboureur. Le ciel eu a décidé autrement; mais nous ne devons pas oublier pour cela l'état de bassesse d'où

il nous a tirés pour nous placer au faite des honneurs (1). »

Il éleva un descendant de Khounî;-tseu au rang de koung^ qui correspond à celui de comte, en reconnaissance, dit-il, de ce que son aïeul avait laissé à la postérité les véritables maximes d'un bon gouvernement auxquelles il s'efforcerait de se conformer. N'était-ce pas là récompenser la sagesse par une injustice, c'est-à-dire par un avantage accordé au hasard de la naissance, et non au mérite personnel ?

Comme on lui parlait de la simplicité de son extérieur, il répondait qpe la gloire d'un prince n'est pas d'avoir des meubles somptueux et superflus, mais d'être le maître d'un peuple qu'il rende heureux: « Si je donne l'exemple du luxe, disait-il, comment pourrai-je le condamner dans mes sujets? »

Il ordonna de mettre en lableau toute l'histoire de sa vie , non pas pour une vaine satisfaction d'amour-propre, mais dans le but de perpétuer le souvenir de l'obscurité de sa naissance et des efforts auxquels il lui fallut se livrer pour parvenir jusqu'à l'autorité suprême.

Il avait ordonné de déposer dans le trésor public tous les objets précieux trouvés dans le palais, mais cet ordre n'avait pas été entièrement exécuté, et l'on avait réservé les chars ornés de dorures. Tchouyouan en fit enlever l'or et mettre du cuivre à la place. On avait cru devoir conserver une machine marquant les heures et exécutant des mouvements en temps marqués au moyen de ressorts cachés

(1) À.MIOT, portrait de Ming-taï-hou,

dans rintérieur, le tout enrichi d'or et de pierrericF. L'empereur dit après l'avoir examinée : « C'est pour avoir aimé ces bagatelles que le dernier empereur des Youan a négligé le gouvernement et perdu l'empire, et c'est pour les lui procurer que les mandarins ont épuisé la substance du peuple. » Et il ordonna qu'on la détruisît et qu'on en déposât les matériaux au trésor public.

C'était pousser le rigorisme un peu trop loin : si les arts tiennent par un côté au luxe et à la frivoUté, ils tiennent par un autre à l'imagination, au génie inventif de l'homme, au plus noble exeicice de rintelligence.

Il disait dans une assemblée des grands de l'empire : « On ne peut conduire les mandarins et le peuple avec trop de douceur. Avec la douceur on obtient des uns et des autres tout ce qu'on veut. Une corde qu'on veut trop tendre se rompt, et le peuple traité rigoureusement te porte aux dernières extrémités. »

I^s lettrés abusant un peu de sa condescendance, le harcelaient d'observations inutiles ; il leur dit un jour : « Les anciens faisaient peu de livres, mais il les farsaient bons ; le but de tout ouvrage était d'inspirer la vertu et l'amour du devoir; de faire connaître le mérite des grands hommes en tous genres, et de donner des moyens pour faciliter l'observation des lois et des usages. Il s'en faut bien qu'il en soit de môme aujourd'hui; nos lettrés écrivent beaucoup sur des objets inutiles... On dirait qu'ils écrivent pour n'être pas compris. »

Cette observation ne serait pas déplacée dans une Revue critique de nos jours, en France comme en Chine.

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Il défendit les habillements de soie à ceux qui n'avaient point de fonctions publiques, en disant : « Il suffit qu'ils soient bien nourris et qu ils s'habillent décemment ; car s'ils se livrent aux excès de la table et des beaux habits, ils deviendront débauchés et paresseux, puis misérables. »

Ce détail nous montre que les sentimentsphilantropiques ne s'unissent pas toujours au respect de la liberté individuelle; le puritanisme est quelquefois intolérant.

Ayant aperçu, dans une cérémonie, un mandarin de Tordre inférieur, richement habillé, Tchouyouan le fit appeler et lui demanda combien lui coûtait cet habit: « 500 pièces de monnaie, répondit le mandarin. » C'est beaucoup, dit l'empereur; au moyen d'une pareille somme une famille ordinaire composée de dix personnes aurait pu se procurer de quoi vivre à l'aise pendant une année entière. Un habit si beau prouve votre orgueil, car il est au dessus de votre rang, et en même temps votre prodigalité, deux grands défauts dans un mandarin. Gardez-vous bien de paraître désormais devant moi avec un pareil vêtement, ou je vous destituerai. »

Il demandait à un autre si le peuple était content ; ce mandarin lui réjiondit qu'étant livré tout entier à l'étude il ignorait ce qui se passait au dehors; l'empereur lui répliqua : « Tout mandarin doit se proposer pour but, en étudiant, de s'instruire et de se mettre en état d'instruire les autreys ; mais quand une fois il a obtenu des grades et est entré dans la classe de mandarin il doit lire ^ans le grand livn» de la société et ne rien ignorer de ce qui s'y passe pour pouvoir la servir selon ses besoins dans les emplois qui luisent confiéi^. «

On reconnaît là le caractère positif de la sagesse chinoise.

Il l'envoya en exil afin qu'il eût le temps, disaitil, de mieux apprendre les obligations de son état.

Il créa des établissements de refuge pour les vieillards et les orphelins et les confia à des mandarins, en recommandant à ceux-ci de traiter les uns comme leurs pères, les autres comme leurs enfants.

La secte des Tao-sse voulant le convertir à ses doctrines, un de ses docteurs lit un livre où il donnait une recette pour le breuvage d'immortalité ; l'empereur lui demanda si celte recette pouvait servir à tout le monde. Le Tao-se répondit que l'empereur seul pouvait en faire usage. Tcho-youan lui répondit : « Alors ce livre ne me servirait à rien, parce que je ne veux de bonheur que celui que je puis partager avec mon peuple. La vraie recette pour l'immortalité, ajouta-t-il, c'est la pratique de la vertu et l'accomplissement de tous ses devoirs ; ce secret est à la portée de tout le monde, je tâcherai d'en faire usage. »

Voilà des paroles empeintes de la sagesse la plus haute à laquelle l'homme puisse s'élever; et il faut remarquer en passant, à l'honneur de Khoung-tseu, que presque tous les empereurs qui ont tenu un pareil langage et une telle conduite furent ses élèves.

Il écrivit une sorte de testament où l'on remarque ce passage : « Je règne depuis trente-un ans; je me suit» efforcé Je ne manquer à aucun de mes devoirs. J'ai pacifié l'Empire et lui ai rendu son ancienne splendeur... J'étais fort peu de chose par ma naissance; je n'avais ni vertu ni mérite, et je

me suis vu placer sur le trône sans l'avoir recherché, sans même l'avoir désiré. J'ai pris pour modèles les empereurs des siècles passés. Il s'en faut bien que je les aie imités eu tout; cependant je suis tranquille , parce que j'ai fait tous mes efforts pour cela. »

11 désigna pour son succe.sseur son petit-fils Tchoung-wen, et mourut en 1399.

M. Abel Rémusat dit de cet empereur qu'il veilla avec soin à ce que ses sujets ne manquassent jamais du nécessaire, et que cette conduite, également fondée sur son discernement et sa bonté, lui mérita l'amour des Chinois et des étrangers (1).

Cet empereur est, en effet, un des exemples les plus remarquables de ce que peut la morale affranchie des préjugés dogmatiques dans son application au gouvernement d'un peuple. Si celte morale dépendait des traditions et du climat, on croirait que Tcho-youan avait connu la vie et les écrits de Marc-Aurèle et s'était efforcé d'y modeler sa conduite, tant il y a de points ressemblance entre ces deux empereurs.

Plusieurs empereurs se succédèrent après lui à de courts intervalles sans se signaler par des actes dignes de remarque.

Sous Jin-tsoung, en 1425, une province ayant été désolée par la famine, ce piince chargea son premier ministre d'aUer la secourir ; celui-ci lui représentant qu'il fallait d'abord consulter deux tribunaux suprêmes, l'Empereur lui dit : « Quand le peuple souffre les tourments de la faim, il faut le secomir avec autant de promptitude que s'il s'agia

(t) Nouveaux Mélanges aaiatiquet, t. II, p. 4.

sait d'éteindre un incendie ou d'arrêter une inondation subite. »

Grâce à la succession de quelques bons empereurs, les eunuques avaient perdu beaucoup de leur influence; mais en laissant subsister cette classe, on laissait se perpétuer un danger toujours présent au sein de la cour impériale. Ces hommes, qu'on retranche en quelque sorte de la société, n'ont-ils pas le droit de se retourner contre elle et de lui demander, à défaut des joies de la famille, celles du pouvoir et de la richesse? Aussi les annales de l'Orient sont-elles remplies de scènes de désordres causés par cette classe qu'il était cependant facile de supprimer.

L'empereur Hian-tsoung (1465-1487) se laissa dominer par eux ; il établit même un tribunal d'eunuques chargé de condamner à mort toute personne soupçonnée de rébellion ; véritable tribunal de terreur, que ses excès firent bientôt abolir.

Le siècle suivant se passe en luttes perpétuelles avec les Tartares, en révoltes, en famines, en désolations de toutes sortes.

Un seul fait à signaler pour notre sujet est celui qui se passa sous l'empereur Chi-tsoung, vers 1540. Deux jeunes filles, que leur père allait vendre pour cause de misère et livrer à la prostitution, allèrent se jeter dans le fleuve. L'Empereur, voulant honorer ce dévouement à la chasteté, leur fit ériger un de ces petits monuments comme ou en rencontre beaucoup en Chine, avec cette inscription : « Aux deux illustres vierges. • Il eût mieux fait, ce semble, d'enlever à l'autorité paternelle le droit de disposer ainsi de la vie et de l'honneur des enfants. 11 paraît que tous les actes de cet empereur ne furent

pas marques au coin de la sagesse; car, à la fin de son régne, on lui présenta un écrit anonyme dans lequel on le priait de veiller avec plus d'attention sur sa conduite, en lui montrant comme imminente la décadence de l'Empire, par suite de Tonbli de» anciennes lois. On lui reprochait, enlr'autres, de passer sa vie dans les plaisirs et l'oisiveté, au milieu de ses jardins, avec des concubines, et de mettre à la tête des troupes des hommes incapables et plus avides d'argent que de gloire.

Cet écrit jeta d'abord l'Empereur dans une grande colère; il le foula aux pieds; puis, se ravisant, il reconnut la justesse de ces remontrances et en manifesta un grand repentir; mais la mort ne lui laissa pas le temps de réparer ses fautes.

Un autre empereur, Chin-lsoung (1523-1619), n'admettait pas même les avis qu'il était de tradition d'adresser aux empereurs à l'occasion de certains phénomènes. Ayant fait mettre en prison et condamner à mort un conseiller qui profitait d'une comète pour lui adresser des remontrances, le fila de celui-ci vint s'offrir pour mourir à sa place. Ce dévouement toucha Chin-tsoung, qui commua la peine de mort en exil. C'était se montrer à moitié généreux et encore injuste.

C'est sous cet empereur que les premiers jésuites pénétrèrent en Chine. Le bon accueil qui leur fut fait d'abord, à cause de leurs connaissancs astronomiques, prouve qu'il y avait alors en Chine une grande tolérance en matière de religion. Je reviendrai plus loin sur ce sujet. >

Les princes tartares mantchoux, qui convoitaient depuis longtemps le trône de la Chine,

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avaient échoué jusqu'ici, faute de bien connaître la civilisation chinoise. Un prince de celte époque envoya secrètement son fils en Chine, dès son eh'fance, pour le faire instruire dans la langue, les mœurs et les lois de cet Empire , afin qu'il en contractât les habitudes et les manières. A la mort de son père, ayant été nommé empereur des Tartares sous le nom de Tsoung-te, il montra un caractère à la fois plein de fermeté et de douceur qui lui attira l'estime des généraux et des mandarins; et comme l'empereur de la Chine était devenu sombre, chagrin et cruel, ils s'en détachèrent insensiblement et penchèrent du côté de Tsoung-te. Une révolution éclata; après une faible résistance, le dernier empereur de la dynastie des Ming^ voyant qu'il ne pouvait échapper à la mort, se retira dans sou jardin et écrivit avec son sang un acte d'accusation contre les mandarins. Il demandait qu'on mé nageât le peuple, et ajoutait : «< Je vais fermer les yeux pour ne pas voir mon Empjre détruit ou usurpe par un tyran... Je ne puis plus paraître devant ceux qui, ayant été mes enfants et mes sujets, sont présentement mes ennemis et des traîtres. Il faut que le prince meure, puisque l'Etat meurt aussi. « Et il se pendit. Les troubles qui suivirent sa mort ouvrirent le chemin aux révoltés et aux Tartares. qui furent reçus comme des libérateurs. C'est le signe le plus éclatant de la décadence morale et politique d'un peuple qu'une situation où il se croit obligé de chercher son salut dans la coopération ot l'appui de l'étranger. Et, pourtant, cette situation anormale peut longtemps durei*, lorsque les mœurs, les usages, les idées principales n'en sont pas atteintes; ce qui explique la domina-

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tion des Tartares en Chine depuis cette époque jusqu'à nos jours.

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