MOYEN AGE
Le règne de Tchang-ti, de 76 à 8^ après J.-C.) fut paisible, grâce à la modération et à la bonté de ce prince. Il diminua les impôts, protégea les lettres.
donna les emplois publics aux hommes de mérite, retrancha les dépenses inutiles, défendit aux grands et aux magistrats d'étaler le luxe de la table, des vêtements et des meubles. Prenant la morale de Khoung-tseu pour guide, il n'encouragea pas le bouddhisme; et nous voyons, qu'en général, les empereurs boudphistes ne furent pas les meilleurs.
C'est sous Ho-ti, son successeur (de 89 à 106) que vécut la célèbre Pan-hoeï-pan, la seule femme de lettres dont dont la Chine s'honore (1).
Elevée avec ses deux frères, elle reçut la même instruction et devint aussi savante qu'eux ; mariée à quatorze ans, et bientôt veuve, elle reprit le cours de ses études et travailla avec son père Pan-kou, historiographe de l'empire, aux annales du temps.
Ses travaux ayant acquis une certaine réputation, l'empereur la nomma maîtresse de poésie, d'éloquence et d'histoire auprès de la jeune impératrice.
La position honorable et exceptionnelle dont elle jouissait par rapport à celle des autres femmes, aurait dû, ce semble, lui ouvrir les yeux sur l'humiliante condition de son sexe en Chine, et lui inspirer le désir de la relever ; loin de là, elle écrivit pour la justifier, et, dans un ouvrage qui contribua le plus à sa renommée, elle détermina les devoirs de la femme conformément aux préjugés reçus.
Dans l'art. l"elle dit : « Nous tenons le dernier rang dans l'espèce humaine... les fonctions les moins relevées doivent être et sont, en etfet, notre partage... Anciennement, lorsqu'une fille venait au
(l) Voir la Notice du P. Amiot, Mémoire sur les Chinois, 1. 111, p. 361.
monde on était trois jours entiers sans daigner presque penser à elle ; on la couchait à terre sur » quelques vieux lambeaux près du lit de la mère ; le troisième jour on visitait l'accouchée et l'on commençait à prendre soin de la petite fille. »
Ainsi, pas un mot de compassion ; cette femme accepte comme naturelle et méritée la dégradation de son sexe, et ne croit pas devoir faire mieux que d'engager toutes les femmes à s'y résigner.
« Si les jeunes filles, dit-elle, se croient telles qu'elles sont en eflet, elles ne s'enorgueilliront pas ; elles se tiendront humblement à la place qui leur a été assignée par la nature, elles sauront que leur état étant un état de faiblesse, elles ne peuvent rien sans le secours d'autrui. Dans cette persuasion elles rempliront exactement leurs devoirs, et ne trouveront rien de pénible dans ce qu'on exigera d'elles. »
L'art. 2 est consacré aux devoirs généraux des femmes mariées : « Quand la jeune fille a atteint l'âge convenable on la livre à une famille étrangère. Dans ce nouvel état elle a de nouveaux devoirs à remplir, et ces devoirs ne consistent pas seulement à faire tout ce qu'on exige d'elle, mais à prévenir tout ce qu'on serait en droit d'en exiger.»
due pourrait-on demander de plus à une esclave? et c'est une femme dont l'esprit a été cultivé qui donne ce conseil !
L'art. 3 roule sur le respect sans borne de la femme envers son mari et sur l'attention continuelle qu'elle doit porter sur elle-même : « Le respect attire le respect, dit-elle, le respect sans borne fait naître l'estime, et de l'estime, il se forme une affection durable à T épreuve de tous les événements. »
L'attention sur soi-même fait éviter les fautes, une attention continuelle est comme le correctif des défauts auxquels nous ne sommes que trop sujettes. »
Dans Tart. 4 elle s'occupe des qualités qui ren dent une femme aimable, savoir la vertu, la parole, la figure et les actions. La vertu chez la femme doit être solide, entière, constante, à l'abri de tout soupçon ; n'avoir rien de farouche, rien de rude, rien de rebutant, rien de puéril ni de trop minu tieux ; elle a des paroles honnêtes, douces, mesurées ; elle n'est ni taciturne, ni babillarde, et ne dit rien de trivial et de bas. « On n'aime pas, dit-elle, qu'une femme cite à tout moment l'histoire, les livres sacrés, les poètes, les ouvrages de littérature, maison l'estimera si, sachant qu'elle est savante, on ne lui entend tenir que des propos ordinaires. »
Ainsi, le plus grand mérite de la femme est de se plaire uniquement dans la solitude et le silence.
Voici cependant un passage qui se distingue par l'extrême délicatesse des détails : « Une femme est toujours assez belle aux yeux de son mari quand elle a constamment de la douceur dans le regard et dans le son de la voix, de la propreté sur sa personne et sur ses vêtements, du choix et de l'arrangement dans sa parure, de la modestie dans son discours et dans son maintien. »
L'art. 5 concerne l'attachement de la femme pour son mari : « Qnand une fille passe de la maison paternelle dans celle de son mari, elle perd tout, jusqu'à son nom. C'est vers son époux que désormais tendront toutes ses vues; c'est uniquement à lui qu'elle cherchera à plaire. Vif ou mort, elle lui doit son cœur. •»
Les mœurs chinoises n'ont point varié à cet égard ; de tous temps, la femme, fût-elle veuve très-jeune encore, n'a pu sans deshonneur convoler à de nouveaux liens. • Une femme, dit Pan-Hoeï-Pan, n'importe pour quelle raison, ne peut passer à de secondes noces sans enfreindre les règles du cérémonial et se déshonorer. L'époux est le ciel de l'épouse, dit une sentence... C'est pour cette raison que le livre des lois porte : « Si une femme a un mari selon son cœur c'est pour toute sa vie, si elle a un mari contre son cœur, c'est pour toute sa
'vie. • , X 1
Ainsi, la femme en Chine n'a pas seulement le
bénéfice de ce dicton : « C'est à prendre ou à laisser. »
Pan-hoeï-pan ne trouve pas un mot pour adoucir cette injuste inégalité qui accorde tous les droits à l'homme et aucun à la femme, fût-ce môme celui de se plaindre.
Dans l'art. 6 elle revient encore sur l'obéissance que doit une femme non-seulement à son mari, mais encore au père et à la mère de son inari : « Une femme obéissante à son mari, dit-elle, n'a pas fait la moitié de sa tache ; une obéissance absolue tant envers lui qu'envers son beau-père et sa belle mère peut seule mettre à couvert de tout reproche une femme qui remplira d'ailleurs toutes ses obligations: ■ La femme, dit un proverbe, doit être dans la maison comme une pure ombre et un simple écho. »
Dans l'art. 7 elle dit : « Le moyen pour une femme de se concilier Festime de son beau père et de sa belle-mère, de ses beaux-frères et beUes sœurs, c'est de ne les contrarier jamais et de souf-
frir patiemment d'être contrariée ; qu'elle ne réponde jamais avec des paroles dures ou piquantes et ne s'en plaigne jamais à son mari. »
Une telle résignation touche à l'abrutissement.
On comprend que cet ouvrage ait été bien accueilli de la cour et des mandarins, car il consacrait par la bouche môme d'une femme l'état d'abjection et de servitude où les mœurs encore plus que les lois condamnaient son sexe. Le président des lettrés Mayoung en fit une copie de sa main et ordonna à sa femme de l'apprendre par cœur. C'était un mari prévoyant.
On lit dans l'épitaphe écrite sur le tombeau de Pan-hoeï-pan : « Jouissant de tous les honneurs qu on accorde au talent et au vrai mérite quand ils sont reconnus, estimée des gens de lettres dont elle était l'oracle; respectée des personnes de son sexe, auxquelles néanmoins elle n'avait pas craint de dire les plus dures vérités, elle vécut jusqu'à une extrême vieillesse dans le sein du travail et de la vertu, toujours en paix avec elle iiîême et avec les autres. »
On peut le croire sans peine : qui donc, parmi les hommes, aurait pu lui en vouloir de reconnaître leur suprématie mieux qu'ils ne l'eussent fait eux-mêmes ?
Après Ho-ti, se succèdent plusieurs empereurs dont les règnes ne sont signalés que par des désordres, des guerres, des révoltes, des invasions agra- Tées de tremblements de terre, d'inondations, de brigandages. Le pouvoir se dégrade sous l'influence toujours croissante des eunuques ; les lettrés sont
208 l'A MORALE CHEZ LES CHINOIS
persécutés, des troubles civils éclatent. L'empire se divise et ne reprend son unité qu'avec la dynastie des Tsin, fondée (en 265) par Wou-ti, fils du général qui avait renversé le dernier membre de la dynastie de Han.
On dit que cet empereur fut droit, sincère et magnanime. Il s'empara successivement des petites souverairelés qui s'étaient fondées à la faveur des troubles, et devint seul maître de tout l'empire ; mais ensuite, il licencia ses troupes, et s'abandonna au luxe et à la débauche.
Son fils Hoei-ti lui succéda en 291 et renchérit encore sur ses désordres; il laissa le gouvernement à la merci des intrigues des femmes et des eunuques, qui commirent toutes sortes do crimes.
Comme il arrive souvent au milieu de la corruption des mœurs, des doctrines ascétiques vinrent tenter une sorte de réaction: une secte dé l'Ecole de LaO'lseu qu'on nommait IVou-weï-kiao (secte du vide et du néant) prêcha la retraite et la pénitence, et représenta les honneurs, les dignités et les biens de ce monde comme indignes des affections de rhomme.
La dynastie des Soung, fondée en 420, ne fut pas d'une longue durée ; l'abandon des préceptes de Khoung-tseu livra le pouvoir: aux caprices sans règle des Empereurs et de leur entourage. La doctrine étrangère de Bouddha et celle de Lao-tseu occupèrent les hommes les plus sérieux et les moins corrompus, mais elles les portèrent aussi à un mysticisme stérile.
Cependant, lorsque des sectateurs rigoristes de Tune ou de l'autre doctrine se trouvaient au pouvoir, ils s'efforçaient conformément à leurs princi-
L/i MORALE CHEZ LES CHINOIS
pes de ramener le gouvernement dans des voies modérées ; tel fut le 2« souverain de la dynastie des Thsi\ fondée en 479, Wou-li, qui s'était voué au Bouddhisme.
Ce prince aimait beaucoup la chasse, contrairement aux défenses de cette doctrine. Passant un jour dans un champ de blés et l'admirant, quelqu'un de sa suite lui dit : Ce champ est beau, mais vous ne savez pas les peines qu'il a coûtées. Si vous réfléchissiez que ce blé a été arrosé par les sueurs du peuple et qu'il est le produit de trois saisons de Tannée, vos parties de chasse vous donneraient plus de peine que de plaisir. » Cette observation aussi digne d'un élève de Khoung-tseu que d'un sectateur de Bouddha, corrigea l'Empereur de son goût pour la chasse.
Sous son règne apparut un philosophe nommé Fan-tchin, lequel enseignait que tout ce qui arrivait en ce monde était l'effet du hasard, et que rame périssait avec le corps ; il rejetait donc la doctrine de la transmigration des âmes enseignée par le Bouddhisme.
Des désordres, des révolutions de 'palais éclatèrent pendant tout le v* siècle, et la Chine se divisa en deux empires, l'empire du Midi et l'empire du Nord.
Le fondateur de la dynastie des Liang, en 502, Kao-tsou -wou-ti essaya de réformer les mœurs et les croyances, de faire revivre et pratiquer les doctrines de Khoung-tseu. Mais le Bouddhisme avait jeté de trop profondes racines ; cet Empereur luimême finit par l'embrasser: c'est alors qu'il abolit la peine de mort au nom de cette doctrine qui défendait même le meurtre des animaux ; cependant
cette abolition n'eut point de longue durée, car les brigandages et les meurtres qui se multipliaient alors de tous côtés obligèrent de recourir a la peine capitale.
Il se passa alors un exemple remarquable de piété filiale. Un jeune homme de 15 ans s*étant offert pour mourir à la place de son père qui avait été condamné à mort, l'Empereur, touché de ce dévouement, accorda la vie au père et voulut récompenser le fils par une distinction ; mais celui-ci refusa, en disant que cette distinction lui rappellerait sans cesse le souvenir du crime de son père.
Au bout de 26 ans de règne, cet Empereur se réfugia dans un temple de bonzes dont il prit le costume et partagea la nourriture frugale. Les grands de l'empire allèrent l'en tirer; il revint, mais retomba bientôt entre les mains des bonzes : ceux-ci comptaient à cette époque jusqu'à i 3,000 temples dans l'empire du midi.
L'empire du nord était alors sous la domination d'une femme nommée Hou, qui fonda aussi un grand nombre de temples et de couvents, un entre autres, capable de contenir 1,000 bonzes^ sous le nom de Séjour de la paix élentelte.
La dynastie des Tchin, fondée en 567, n'offre rien à signaler pour notre sujet. L'un de ses Empereur rétablit un ancien usage qui consistait à entretenir aux frais de l'Empereur les vieillards qui avaient rendu des grands services à l'Etat.
Le fondateur de la dynastie de Soiû\ Wen-ti, en 581, promulgua un nouveau code de lois, basé en partie sur celui de l'antiquité. Il voulut introduire en Chine la division du peuple en quatre caslee,
comme chez les Indiens; cette tentative, heureusement, échoua contre le bon sens du pays.
Le dernier prince de cette dynastie, homme sans énergie, tomba victime de l'ambition d'un de ses ministres ; celui-ci le força de boire une coupe empoisonnée. Cet empereur, qui était bouddhiste, se mit, avant de boire, à genoux, et pria Bouddha de ne jamais le faire renaître empereur.
Le fondateur de la dynastie des Thang (en 618), Rao-tseu se distingua par son humanité et sa justice (1).
Mais le plus remarquable de cette dynastie fut Lichi-min (en 627) qui avait aidé son père à la conquête de l'empire. Arrivé au pouvoir sous le nom de Taïtsoung, il rechercha les hommes instruits pour en faire ses ministres et conseillers. Il poussa la tempérance jusqu a réduire à peu de chose les dépenses de sa table ; il renvoya 3,000 femmes du palais ; puis 3,000 autres encore qu'il avait cru devoir conserver, et les fit rendie à leurs parents.
Ce nombre considérable de femmes s'exphque 1 ar l'interprétation un pea élastique du livre des Rites,'qui accorde à l'empereur 3 femmes du !«' ordre, 27 du 2e ordre et 81 du 4«.'* Puis, comme il faut à l'impératrice et aux concubines titrées d'autres femmes pour le service, leur nombre s'en trouve presque illimité. Les musiciennes , les femmes douées d'un talent agréable quelconque sont aussi appelées à faire partie du gynécée impérial. Enfin, les empereurs reçoivent à titre de présent, de la part des Mandarins de l'empire et d'autres grands dignitaires, les plus belles d'entre leurs filles.
Ce même empereur fit construire un grand çol-
(l) Voir les Mémoires sur les Chinois, t. V, p. 88.
lége pouvant contenir plus de 10,000 élèves, et une académie littéraire pour la rédaction etTexplication des King.
Un jour étant allé visiter les prisons il y trouva 390 criminels condamnés à mort : il les envoya à la campagne pour faire la moisson avec ordre de venir se remettre entre les mains de la justice, après la moisson faite. Tous revinrent exactement au temps prescrit. L'empereur, touché de cette fidélité à la parole donnée, les renvoya dans leurs familles. A cette occasion il porta un décret par lequel les empereurs, avant de confirmer les sentences de mort, observeraient trois jours d'abstinence.
Ce décret ne parait pas avoir été exécute par d'autres que par son auteur, s'il le fut.
Il composa sous le titre de Miroir d'or un livre sur l'art de régner qui fut publié après lui ; on y lit ces passages : «Le caractère le plus essentiel d'un bon gouvernement c'est de n'élever aux grands emplois que des gens de vertu et de mérite. Un empereur est obligé d'aimer tous ses peuples et de travailler à les rendre heureux. Pour cela il faut deux choses, le bon ordre et la sûreté... Tout prince qui a soin de sa réputation doit être attentif à diminuer les impôts, à éviter tout ce qui peut surcharger le peuple, et à lui procurer le bonheur et la tranquillité ; mais il ne peut y arriver qu'en se refusant beaucoup à lui-même et en réprimant ses inclinations. C'est déjà une chose assez difficile. Une autre difficulté encore plus grande est de bien choisir ses fonctionnaires et de les employer chacun suivant son talent. (1). »
(1) Duhalde, Deseript. de la Chine^ t. II, p. 581.
Dans une ordonnance qu'il publia pour récompenser ceux qui montreraient le plus de piété filiale, il dit : « L'empereur mon père m'a chargé du gouvernement; il a fallu obéir; comme j'en sens toute l'importance je m'en occupe de toutes mes forces. Je suis dans l'intérieur de mon palais comme dans un vallon glacé ; je passe souvent des nuits entières sans dormir; je me lève avant le jour ; toutes mes pensées et toutes mes paroles tendent à me conformer aux bontés du ciel et aux intentions de mon père... Mon grand désir serait que tout fût dans l'ordre, que tous mes sujets suivissent la raison et fussent solidement vertueux. Aussi, quand je vois quelque chose hors de sa place et quelqu'un de mes sujets vicieux, je m'en prends d'abord à moi-même et au peu de talent que j'ai pour le corriger suffisamment ?... Mes expéditions militaires m'ont fait parcourir une grande partie des provinces. A chaque village que je trouvais je soupirais en me frappant la poitrine sur la misère du pauvre peuple... Je travaille de mon mieux à mettre à l'aise tous mes sujets afin que les parents soient plus en état de bien élever leurs enfants et que les enfants, à leur tour, s'acquittent mieux de tous leurs devoirs à l'égard de leurs parents. »
Il ordonna à ses officiers de rechercher les bons et les mauvais employés subalternes, les personnes remarquables par leur talent ou leurs vertus, et celles qui, après s'être livrées au vin, s'étaient corrigées.
Il diminua les impôts, retrancha plus de la moitié des taxes annuelles qui faisaient son revenu. Cinq cents articles du code civil formèrent le code civil, et vingt formèrent le code criminel. Les pei-
nés furent adoucies et les récompenses multipliées. 11 porta plusieurs édits pour assurer Texistence des infirmes, des vieillards et des indigents. Enfin, il assigna une mesure de riz à toutes les femmes qui deviendraient mères d'un garçon, comme pour leur dire qu'il s'en déclarait le père. C'était là commettre une énorme injustice, trop conforme, du reste, aux mœurs chinoises, et capable d'encourager l'infanticide des filles ; si encore ce peuple avait possédé le secret d'engendrer des garçons plutôt que des filles, on aurait compris cet encouragement ; mais récompenser le hasard de la naissance d'un fils, c'était présenter celui de la naissance d'une fille comme une calamité, et porter des parents dénaturés à s'en défaire clandestinement.
Malgré ses bons exemples et ses vertus, cet empereur avait pour héritier présomptif un fils livré au désordre ; ce fils indigne, craignant d'être exclu du trône à cause de son inconduite, se mit à la tête de plusieurs mécontents et voulut attenter aux jours de son père. Il échoua dans son complot ; l'empereur lui laissa la vie, se contentant de le dégrader de tous les droits de sa naissance, et de le faire enfermer pour le reste de ses jours.
Sur le point de mourir, Taï-tsoung fit venir celui de ses fils qu'il désignait pour lui succéder et lui donna des conseils rapportés par la tradition, et dont voici quelques extraits les plus remarquables :
« Mon fils, soyez juste, mais soyez bon. Régnez sur vous-même ; ayez un empire absolu sur vos passions et vous régnerez sans peine sur le cœur de vos sujets. Votre bon exemple, mieux que les ordres les plus rigoureux, leur fera remplir avec exactitude tous leurs devoirs. Punissez rarement et
avec modération, mais répandez les bienfaits à pleines mains... Gardez-vous de vouloir m'imiter... La réputation dont je jouis ne doit pas vous faire illusion. J'ai mis l'empire dans notre famille, j'ai dompté les rebelles, j'ai mis les Tartares sous le joug, j'ai rendu à l'Etat tout son lustre : c'est en, faveur de tout cela qu'on a bien voulu ne pas faire attention à mes défauts ; il n'en serait pas de même à votre égard -, ne pouvant pas vous rendre recommandable par les mômes actions, vous ne devez pas espérer la même indulgence. »
Taï-soung mourut après vingt-trois ans de règne, en 649 ; sa mort jeta la consternation dans tout l'empire. De hauts dignitaires coupèrent leurs cheveux, se mutilèrent la figure, et répandirent de leur sang autour de son cercueil ; deux princes tartares demandèrent à s'immoler sur son tombeau ; mais le nouvel empereur s'y opposa : c'eût été démentir les principes d'humanité professés par le défunt.
Les règnes suivants n'offrent lien de renîSiiquable pour notre sujet. Vient ensuite une période assez extraordinaire pour la Chine, pendant laquelle les femmes possèdent le pouvoir souverain. Le désordre social avait atteint un tel degré que les Chinois se départirent de leurs préventions jusqu'à les laisser s'emparer du gouvernement.
Ainsi, l'empereur Tchoung-tsoung, jeune encore, à peine monté sur le trône en 684, en fut précipité par sa mère, l'impératrice Whou-héou, qui régna jusqu'en 705. Cette femme avait un caractère aventureux qui lui fit concevoir et accomplir de grandes choses, souvent contraires aux habitudes du pays -, elle fit donner des grades de littérature à
ceux qu'on examinait sur la doctrine de Lao-tseu, comme sur les King. Son projet de placer sa famille sur le trône impérial au préjudice de la dynastie des Thang échoua, et une révolution de palais ayant éclaté ramena son fils ; peu de temps après elle mourut avec le chagrin d'une ambition trompée.
Tchoung-tsoung, incapable de gouverner, laissa sa femme, l'impératrice Weï, prendre les rênes du pouvoir; mais moins habile que la précédente, quoique aussi ambitieuse, Weï abandonna les emplois publics aux plus offrants ; enfin, pour devenir maltresse en titre de l'empire, elle empoisonna son mari, mais elle fut tuée avant d'avoir pu se faire déclarer régente.
Après quelques régnes d'empereurs qui parurent et disparurent aussitôt arriva Hiouan-tsoung en 713 , qui résolut de reformer le gouvernement. Il commença par envoyer des inspecteurs dans toutes les provinces, afin d'aviser aux moyens de réparer les nombreux désordres qui s'y étaient introduits. Le bruit s'étant répandu qu'on allait, comme sous les précédents empereurs, faire choix d*un grand nombre de belles et jeunes filles pour le palais de l'empereur, celui-ci le démentit en renvoyant dans leurs familles la plupart de celles qu'il avait déjà, et ne retint que les femmes qui n'étaient plus en âge d'être mariées, ou qui étaient sans ressource.
Il fit des lois pour réprimer le luxe des métaux, des ameublements, des équipages, et distribua beaucoup d'argent aux nécessiteux. Tolérant en matière de religion, il laissa toutes les doctriups se faire jour^et so propager.
Malheureusement son goût passionné pour la musique le perdit, car il lui suggéra l'idée d'établir une académie de musique dont il se fit le chef ; il se mit à donner des leçons de chant à plus de cent jeunes filles choisies ; sa sagesse ne tint pas longtemps contre cette épreuve ; peu à peu il négligea le gouvernement, et bientôt les femmes et les eunuques prirent la direction des affaires. Enfin, il abdiqua en faveur de son fils Sou-tsoung, en 758 ; celui-ci, à son tour, laissa le gouvernement aux femmes et aux eunuques.
Plusieurs empereurs se succèdent sans laisser d'éclat après eux. A cette époque, les deux poètes célèbres de la Chine, Thou-fou et Li-taï-pe, vinrent opérer une réforme importante dans la poésie. Je ne parlerai que de Li-taï-pe, dont quelques œuvres ont été traduites, et dont le caractère est assez fidèlement dépeint dans une Nouvelle (1) qui n'est autre que sa biographie mêléo d'incidents extraordinaires et merveilleux ; d'après cette Nouvelle, ce poète offre plus d'un trait de ressemblance avec le poète français Villon ; c'est la même insouciance, les mêmes goûts de dissipation cosmopolite et d'ivrognerie, mêlés à un véritable talent de poète.
En tête de cette Nouvelle, il est dit : « Chanter les vers et remplir sa coupe de vin, ce furent là tour à tour les deux phases de sa vie. Les replis de son cœur ne renfermant rien que de pur et de noble, il sut se conserver intègre dans des temps de corruption. »
En effet il aima, toute sa vie, boire et chanter loin du monde qui l'admirait ; il ne rechercha ni
(1) Le Taï'Pe, traduit par Th. Pavie.
place ni grade littéraire, et voyagea dans tous les pays où il espérait trouver le meilleur vin.
Quelqu'un lui demandant pourquoi il ne se présentait pas au concours pour obtenir des grades, il répondit : « Je vois l'administration livrée à de grands désordres; il n y a plus d'équité. Pour obtenir une place dans les concours, il faut solliciter des faveurs. Si Ton gagne les juges par les présents, alors seulement on pourra usurper un grade et une réputation. »
Voilà un tableau peu flatteur de l'état des mœurs de son temps ; la corruption, le népotisme, la vénalité n'épargnaient pas même les hommes que leur instruction et leur rang auraient dû en préserver.
La légende raconte qu'il se laissa pourtant entraîner une fois à concourir, et se présenta au jugement de deux examinateurs, Yang-kouei et Kao-ly, sans leur offrir aucun présent. Il fut rejeté avec mépris, sans qu'on daignât même lire sa composition. Le premier examinateur dit : « Il serait bon tout au plus à broyer mon encre. » Et l'autre : « Dites plutôt qu'il serait bon à peine pour chausser mes bas et lacer mes bottines. » Le poète, ajoute la nouvelle, ayant entendu ces propos, en conçut une idée de vengeance, et l'occasion ne tarda pas à lui venir en aide.
L'empereur, ayant reçu d'un souverain étranger une lettre en caractères difficiles à déchiffrer, la présenta aux académiciens ; ceux-ci ne purent en venir à bout. Li-tai-pe se présente, fort de son savoir et désireux de se venger, parvient à déchiffrer la lettre et à l/i lirç en présence des ambassadeurs et des courtisans.
L'empereur enchanté le charge d'écrire la ré-
ponse, séance tenante. Le poèLo, voyant parmi les assistants ses deux examinateurs, lui dit que ses bottines étant sales, il le priait de lui en faire donner d'autres, et de charger Yang-koueï de broyer l'encre, tandis que Kao-ly lui attacherait ses chaussettes et lacerait ses bottines. Malgré l'étrangeté de cette demande, l'empereur ordonna qu'elle fût exécutée, et les deux examinateurs durent y satisfaire. Après quoi, Li-taï-pe écrivit la réponse ; et elle fut si satisfaisante qu'elle eut pour résultat la soumission du prince étranger qui avait envoyé les ambassadeurs.
L'empereur voulut combler le poète d'honneurs et de richesses; mais il les refusa, disant qu'il n'avait souci ni d'or, ni de jade ^ et que ce qui lui plairait serait le mieux de voyager avec la cour et de passer tout son temps à boire du bon vin.
La vérité de toute cette histoire, c'est qu'il resta à la cour et y vécut comme dans une taverne, toujours le verre en main. Cependant, malgré les désordres de sa vie privée, il n'était pas sans donner quelques bons conseils à l'empereur quand celui-ci voulait bien lui en demander.
Selon cette Nouvelle encore, Li-taï-pe ayant entendu dire que le gouverneur d'un district commettait des exactions et de l'arbitraire, monta sur un âne et se présenta à l'improviste chez lui. Il fut arrêté et mis en prison ; là il écrivit une requête dans laquelle il déclinait son nom, ses qualités, ses services et les privilèges dont l'empereur l'avait gratifié.
Les magistrats, effrayés, vinrent lui demander grâce. Il leur dit : « Vous recevez de l'empereur des emplois et des traitements, est-ce pour opprimer
220 LA MORALE CHEZ LES CHlNOtS
le peuple?... Changez de conduite, réparez vos torts et vous éviterez d'être punis. »
Cette anecdote, vraie ou fausse, devait avoir sa place ici, comme peinture de mœurs.
En réalité, Li-taï-pe fut uû poète remarquable par son talent et méprisable par sa conduite ; il abusa des faveurs du roi pour se livrer à toutes sortes de débauches; il fut même, dit-on, exilé pour des faits scandaleux, et mourut en revenant de cet exil.
L'histoire morale de la Chine, à cette époque, est à peu près nulle jusqu'à Te-tsoung, en 779. Cet empereur commença par apporter quelques réformes dans son intérieur : il renvoya im grand nombre de ses femmes, puis dégreva le peuple d'impôts et établit des tribunaux pour recevoir les plaintes des opprimés.
Des troubles ayant éclaté au sujet d'un ministre qui avait abusé de sa confiance, plusieurs remontrances lui furent adressées par quelques mandarins. Te-tsoung en tint compte, renvoya son ministre et proclama une amnistie générale, dans laquelle il rejetait sur lui-même les maux dont le pays avait souffert par suite de son incurie. « Etre empereur, dit-il, c'est avoir reçu du ciel l'ordre de faire vivre les peuples. C'est pour cela qu un bon prince aime ses sujets, non-seulement comme ses enfants, mais encore comme sa propre personne. Il est attentif à secourir ceux qui ont faim, à vêtir ceux qui sont nus. Encore ne croit-il pas faire beaucoup, et sa bonté n'est point satisfaite. Les vieillards ne manquent de rien, les corvées sont rares
et faciles... L'union et la paix régnant dans TEtat, il lui est possible d'y faire régner la vertu. »
Conformément à ces paroles, il aboUt les corvées, ordonna de rechercher les gens de mérite, de secourir les vieillards et les lettrés malheureux. Il défendit aux mandarins d'employer dans leurs pétitions des mois élogieux pour le désigner, comme ceux de divin, de sage du premier ordre, à' esprit sublime, de héros, àliomme accompli, etc. « Ces titres, dit-il, ne conviennent pas à un prince qui a fait tant de fautes et qui mérite si peu la dignité impériale. «»
Son fils Chun-tsûung lui succéda en 805 ; il marcha sur les traces de son père : comme lui, il pubha une amnistie et aboht des impôts ; mais son règne fut de courte durée ; ses infirmités l'obhgèrent à remettre l'empire à Hian-tsoung, qui heureusement se montra digne de ce choix, en continuant l'œuvre d'amélioration commencée par ses deux prédécesseurs.
Une grande famine étant survenue dans des provinces Hiang-tsouug, leur envoya des secours, et recommanda à ses agents de ne pas reculer devant les dépenses nécessitées par ces désastres.
A cette époque eut lieu un fait caractéristique de l'administration de la justice en Chine. Un individu, pour venger son père assassiné, tua le meurtrier et se livra à la justice. On consulta le livre des rites sur la vengeance, et le code pénal sur le meurtre ; après examen, on décida qu'un homme ne devait pas, de sa propre autorité, commettre un meurtre sous prétexte de venger même son père, mais que dans le cas actuel, le coupable n'avait qu'à faire une déclaration sincère aux juges et s'en
rapporler à leur décision. En conséquence, le meurtrier fui jugé et condamné à recevoir un certain nombre de coups de bambou, puis banni.
Malheureusement, la lin de ce règne fut indigne du commencement. Ilian-tsoung avait laissé prendre une trop grande influence aux eunuques du palais, et quand il voulut en arrêter les funestes effets, il était trop lard : un jour, on le trouva empoisonné, et Ton répandit lo bruit qu'il s'était empoisonné lui-même.
Mou-lsoung (en 821) ne se distingua que par ses passions pour la chasse et pour les coinodieniies. Aussi les eunuques continuèrent-ils d'accroître leur
puissance.
Un de ses successeurs, Wou-tsoung, s'efforça de mettre fm à tant de desordres ; il rétablit une ancienne loi, tombée en désuétude, par laquelle tous les cinq ou sept ans, chaque mandarin était tenu d'écrire un aveu sincère et détaillé de toutes les fautes où il était tombé, et d'en demander pardon à l'empereur. S'il arrivait qu'il cherchât à en pallier la gravité, on le destituait de sa charge.
Ce n'était pas un moyen d'encourager les aveux spontanés que d'interdire ainsi le droit de se jus-
tiiier.
Un autre empereur, Siouan-tsoung (en 846) eut à lutter contre le prosélytisme excessif des doctrines de Lao-tseu et de Bouddha, favorisé par la dissolution des mœurs. Chacun voulait être fiouze ou bonzessc ; car ce titre faisait obtenir tout ce dont on avait besoin pour son entrelien, puic-sant motif de rapide propagande.
Des guerres intestines remplissent les règnes suivants. Les empereurs, les eunuques, les généraux
LA MORALE CHEZ LES CHINûrS 223
se disputent le pouvoir, les uns pour le défendre, les autres pour l'usurper. Des pères sont tués par leurs fils, les frères par leurs frères, et quelquefois ces empereurs d'un jour se tuent eux-mêmes.
Le règne de Ming-tsoung (en 926) est signalé par les premiers essais d'impression au moyen de planches de bois gravé.
Sous la dynastie des Soung, l'empire fut un peu pacifié. Son fondateur, Taï-tsou, plein de fermeté, de clémence, de frugalité, s'appliqua aux affaires du gouvernement et réforma l'administration , tombée dans un grand désordre.
On cite de lui plusieurs traits d'humanité dignes d'être mentionnés :
Ayant appris que des soldats envoyés contre les Tartares souffraient du froid, il se dépouilla soudain de ses vêtements fourrés et les envoya au général ; mais l'histoire ne dit pas s'il en envoya d'autres pour les soldats.
La ville de Nan-king étant assiégée, réduite à la dernière extrémité et ses habitants prêts à être passés au fil de l'épée, il rassembla les principaux officiers qui conduisaient le siège et leur fit promettre de ne tuer aucun habitant. Cependant, au milieu du tumulte, il y eut des victimes. L'empereur s'écria : « Quelle triste nécessité que celle de la guerre, qui ne peut se faire sans qu'il en coûte la vie à des innocents !» Et il distribua cent mille mesures de riz aux assiégés.
11 remit en honneur l'étude des livres anciens et protégea les lettrés, avec lesquels il aimait à s'entretenir. Ayant demandé un jour à l'un d'eux d'où dépendait un bon gouvernement, celui-ci répondit
qu'il fallait aimer le peuple et réprimer ses propres passions. » Lieu commun de difficile pi'atique.
Grand admirateur de Khoung-tseu, il fit rendre de brillants honneurs à sa mémoire. Il assistait aux leçons des collèges qu'il avait fait ouvrir, et encourageait Tin struction publique : « Les lettres, disaitil, sont le fondement de tout, elles enseignent à chacun le moyen de vivre selon son état, au souverain celui de bien gouverner, au magistrat celui d'observer les lois, aux citoyens celui d'être dociles envers leurs chefs, aux militaires celui de bien combattre.
Il plaça les plus habiles lettrés dans le ministère, dans les tribunaux, dans tous les postes qui approchent du gouvernement et écouta toujours leurs avis.
Le P. Amiot, dans le portrait qu'il a tracé de cet empereur, le représente comme doué des cinq vertus capitales proclamées par Khoun g- tseu, savoir: l'humanité, la justice, Tamour de Tordre, des cérémonies et des usages, la droiture et la bonne foi. « La vie de l'homme, disait-il, est ce qu'il y a de plus précieux ; il ne faut l'ôter à personne sans y être contraint par la loi et par la nécessité. »
' Il défendit qu'on exécutât les sentences de mort avant d'avoir soumis la cause à un tribunal spécial, sorte de cour d'appel.
Une longue sécheresse étant survenue, il s'en déclara pubhquement la cause, publia une amnistie et fit mettre en liberté des prisonniers. Les historiens ajoutent qu'aussitôt après ces actes de clémence la pluie tomba.
Son successeur, Tchin-tsoung (en 998), parait avoir marché sur ses traces ; à l'occasion d'une co-
la MORALE CHEZ LES CHINOIS 225
mète, il proclama un édit par lequel il demandait qu'on l'avertît de ses fautes ; et conformant ses actes à ses paroles, il diminua les charges publiques et vida les prisons.
Si l'ignorance a jamais pu être utile, on doit le dire de celle des Chinois en astronomie ; elle a entretenu chez eux jusqu'à nos jours ime superstition qui a obligé leurs souverains à faire par crainte ce qu'ils n'auraient pas fait par vertu.
Rien de remarquble jusqu'à Chin-tsoung (en 1608) sous lequel parut une nouvelle doctrine philosophique encouragée par l'empereur lui-même, et dont un des chefs, Wang-an-chi, était ministre. De nouveaux fléaux étant venus fondre sur l'empire, les censeurs invitèrent l'empereur à examiner sil n'y avait pas dans sa conduite quelque chose de repréhensible ; mais les nouveaux philosophes, qui • n'admettaient pas celte fatale intervention du ciel, consistant à punir tout un peuple des fautes de son souverain, lui dirent par la bouche du ministre : « Ces calamités ont des causes fixes et invariables ; les tremblements de terre, les sécheresses, les inondations n'ont aucune liaison avec les actions des hommes. » Mais d'autres opposèrent la nécessité de réprimer la puissance des souverains par la crainte du ciel : « S'ils peuvent tout faire impunément, disaient-ils, ils se livreront sans remords à tous les excès, et ceux qui leur sont véritablement attachés n'auront plus aucun moyen de les ramener au devoir (1). • L'observation était fort juste, mais ne pouvaient-ils s'en prendre à l'impuissance des institutions contre les abus du pouvoir, et en provoquer la révision ?
Amiot, Mémoires lur Ut Chinois^ t. X, p. Î4.
Le même ministre continua néanmoins d'exercer un grand empire sur lui, et de l'entourer de bons conseils; il lui disait que le premier devoir d'un souverain est d'aimer ses peuples et de leur procurer les avantages de la vie, c'est-à-dire le bienéire.
•Mais toutes ces exhortations restèrent, comme toujours, à l'état de théorie; il n'en sorlit aucune réforme importante.
Sous Tchi-tsoung (en 1086) un sage, Lin-Koung- Ichu, devenu ministre, composa un petit livre qu'il dédia à l'empereur, contenant dix préceptes en vingt caractères chinois : 1" Craignez le ciel ; 2» Aimez le peuple; 3" Travaillez à votre perfection ; 4® Appliquez-vous aux sciences ; 5« Elevez les sages aux emplois ; G^» Exécutez les avis qu'on vous donne; 7" Diminuez les impôts; 8» Modérez la rigueur des supplices; 9" Evitez la prodigalité; 10® Fuyez la débauche. On reconnaît là un élève de Klioungtseu.
L'empereur ayant répudié s;i fennne légitime, un de ses ministres lui eu lit des reinontrancr^s. L'empereur répondit qu'il avait en cela suivi l'exemple de quelques-ims de ses ancetn^s. « Vous auriez mieux fait, dit le ministre, d'imiter leurs vertus et non pas leurs défauts. »
Tchi-tsoung ne trouva j)as l'observation de son goiit; il avait bien voulu écouler dc^ conseils généraux de nio'ale et do poliliijue pari.' tin'il pouvait y afllun-er sans s'engager beaucoiip, mais il n'acceptait pas des reproche^ï piMsuuucls, et il i'(^nvoya'ion ministre co.ipnl)!t» d'avoir essaye de lui laire uni' application directe (Ii:s ina\inn*s juix- (juellesilîivaitappldtidi.C î fait déuionlivoucoi-e une
fois, le côté défectueux d'une morale n'ayant point de sanction obligatoire. Si la répudiation avait été prohibée parle code, cet empereur s'y serait sans doute conformé, pour donner au moins l'exemple du respect des lois, et les remontrances d'un ministre n'auraient pas été nécessaires.
Sous l'empereur Hiao-tsoung (1163-1189) parut un des]>lus célèbres commentateuis des livres classiques, Tchou-hi. Il remplit plusieurs magistratures et fut honore à sa mort du même litre qu'un disciple de Rhoung-lseu.