LES LOIS
La Chine a un Code de lois, le Tatsing^luli (lois et statuts de la dynastie des Tsing (i), qui dé-
(l) Traduit en anglais par Thomas Staunton* , et mis en français jar Renouard de Saintl-Croix ; 2 vol. in-8" ; 18 12.
termine les rapports civils et administratifs, et attache à chaque clause particulière une sanction pénale. La moindre irrégularité , la plus petite infraction qui, en Europe, serait passible d'une simple amende, entraine un certain nombre de coups de bambou, pour lesquels heureusement on a établi la faculté de rachat; le Gode renferme un tableau curieux des sommes correspondantes à payer.
La loi du talion est généralement suivie dans ce Code : ce n'est pas sur la gravité morale du déht qu on règle la peine, c'est sur l'importance du préjudice qu'il a pu causer.
Pour donner une idée de la sévérité de ce Code, je citerai les articles qui concernent la rébellion.
Section 254. Les personnes convaincues de haute trahison seront mises à mort par une exécution lente et douloureuse (I). Tous leurs parents mâles seront décapités, les enfants et les femmes réduits en esclavage au profit des officiers de l'Etat.
Section 255. Pour la violation du serment de fidélité et d'obéissance envers le souverain et envers les magistrats, les coupables seront décapités, leurs propriétés seront confisquées, leurs femmes et leurs enfants réduits en esclavage.
Sur cette loi monstrueuse de solidarité entre père et fils , et autres parents , M. Hue s'écrie : « Cet épouvantable principe de la solidarité répugne à notre intelligence et à notre conscience de chrétiens. »
(l) C'est le supplice des couteaux, consislant à couper ou mutiler suco*:ssivcment toi membre ou telle partie du corps, avec des couteaux pris au hasard dans une corbeille les uns •près les autres, et dont chacun porte le nom de cette partie.
Cette réflexion philosophique est étrange dans la bouche d'un missionnaire apostolique chargé d'enseigner aux Chinois rhérèditè de la faute d'Adam et la réversibilité de sa punition sur toute sa postérité.
La poursuite de la rébellion s'exerce jusque sur les enfants de moins de 7 ans et sur les vieillards de plus de 90 ans ; tandis que ces deux catégories de personnes ne sont poursuivies en aucune manière pour d'autres délits.
Le Code fait poursuivre même comme suspects de trahison ceux qui adressent à Tempereur le panégyrique de ses vertus et de ses talents.
Cet article doit gêner singulièrement l'esprit complimenteur des Chinois ; mais il ne s'applique sans doute pas aux courtisans, dont la position ne serait pas tenable.
Quelques-unes de ces rigueurs ont pu être introduites dans le Gode depuis la domination tartare. Un peuple immense réduit au joug de princes étrangers devait être sans cesse disposé à la révolte, et l'on a cherché à en prévenir l'explosion par la terreur des supplices.
Le meurtre et même le suicide sont l'objet de poursuites très-actives contre les personnes qu'on soupçonne d'en être la cause, surtout s'il a lieu dans 'leur domicile, circonstance qui entraine pour elles des perquisitions et des vexations de toutes sortes.
Lorsqu'il s'élève quelques soupçons sur la mort d'un individu, les mandarins font exhumer le corps et sont obligés de l'examiner avec soin, malgré le danger d'une pareille opération. Le livre de médecine légale, le si-yuen, porte : « 11 n'est pas
moins glorieux d'affronter la mort pour défendre ses concitoyens du fer des assassins que pour les sauver de celui des ennemis. Qui n'en a pas le courage n'est pas magistrat ; il doit renoncer à son emploi. »
Cette observation a son mérite, mais elle s'accorde peu avec l'ensemble de ce code, qui est généralement empreint d'arbitraire, comme on peut en juger par les détails.
Dans l'antiquité, si l'on s'en rapporte à Tcheou- /i, on ne punissait pas les fautes commises par ignorance ou par emportement, ou par surprise, ou par inadvertance, ou par méprise. On graciait les enfants, les vieillards, les insensés, et l'on mon- ' trait généralement assez d'indulgence.
Il y avait, en outre, des pardons généraux accordés par les empereurs : Kao-tsou, qui régnait dans le troisième siècle avant Jésus-Christ, en accorda neuf en dix-neuf ans.
Les lois devinrent plus sévères à mesure que les petits États feudataires disparurent pour faire place à une grande unité, exigeant une législation à la fois uniforme et absolue.
Le code actuel entre dans de si nombreux détails sur la conduite publique et privée des citoyens, que la liberté et le repos do ceux-ci seraient continuellement menacés, s'ils n'avaient mille moyens d'en éluder les clauses.
LA MORALE CHEZ LES CHmOIS