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LES LETTRES

Toutes les fonctions publiques étant accordées au mérite, c'est-à-dire obtenues à lasuite deconcop.rs littéraires, les lettrés forment une vaste et imposante corporation recrutée dans toutes les classes delà société chinoise à la suite d'examens passés d'une manière satisfaisante devant des juges spéciaux. C'est une sorte de noblesse personnelle et

ascendante puisqu'elle est reportée aux ancêtres de celui qui s'est distingué.

L'empereur choisit parmi les lettrés ses agents administratifs, et les élève conformément aux classifications établies par les concours, et c'est à la classe des mandarins qu'appartient le droit de lui adresser des remontrances, de le rappeler à ses devoirs et au respect des lois. Ces adresses sont insérées dans la gazette officielle avec la réponse de l'empereur. Mais depuis la domination des Tarta^ res, elles sont devenues à peu près nulles et quelquefois dangereuses.

Il y a trois grades littéraires à obtenir avant de pouvoir entrer dans l'administration supérieure.

La fonction la plus importante et la plus répandue est celle de mandarin , aussi est-elle le but convoité par tous les candidats. Un mandarin est ou préfet, ou juge, ou chef miUlaire, et dans chacune de ces charges, il a des attributions nombreuses et d'impérieux devoirs. S'il les remplit consciencieusement, il peut rendre de grands services à la localité dont on lui a donné la direction ; il a tout pouvoir pour faire le bien, et aussi pour faire le mal. Dans un empire aussi vaste que la Chine, et avec des moyens très-imparfaits de communication, le pouvoir central est obligé de laisser carte blanche aux administrateurs des provinces lointaines ; de là les nombreux abus d'influence ; la corruption et la vénalité, surtout depuis le gouvernement des Tartares, ont dégradé le mandarinat.

Les Tartares Mantchoux se sont réservé la milice de terre et de mer, laissant aux Chinois toute la partie civile de Tempire : ceux-ci, désarmés depuis longtemps, ont fini par perdre le goût et le§

aptitudes militaires, ce qui les livre pieds et poings liés à un joug dont une révolution générale pourra S>eule les affranchir.

La carrière administrative est donc Tunique champ d'activité où les Chinois peuvent exercer leur ambition ; il est encore assez vaste pour Tintrigue. La ruse plus que le talent y fait obtenir l'avancement et la richesse.

Les examens eux-mêmes ont dégénéré de leur importance primitive. Maigre la sévérité des lois contre les tentatives de corruption, avec l'argent on parvient à gagner ses grades sans les avoir mérités. Il y a même des gradués qui, moyennant une somme, prennent la place et le nom du candidat et lui font obtenir sou diplôme.

Cependant, à part ces abus, le système des concours pour les fonctions publiques, est le système le plus libéral qui ait jamais existé chez un peuple ; il étabUt une émulation de travail et de savoir-faire dont le résultat est d'attribuer à chacun l'état le mieux approprié à ses aptitudes et de lui en permettre l'exercice sans aucune espèce d'entraves, sans patente, sans droits à payer.

La cireulation en Chine est également libre; on peut paicouiir tout l'empire sans avoir rien à démêler avec la police , sans être muni d'un passe-pori, ce certificat d'honnêteté présumée, qui, en Europe, a eu pour inconvénient de supprimer l'hospitalité eu la rendant suspecte ou dangereuse. Il en est de même de l'enseignement, chacun peut s'y livrer sans autorisation. Lorsqu'il s'agit de fonder une école dans un village, les chefs se réunissent, ^'entendent sur les dépenses à faire et sur le choix du maître. Celui-ci est révocable;

s'il vient à démériter, ceux qui l'ont choisi peuvent le destituer.

Cette facilité d'ouvrir école contribue beaucoup à répandre Tiuslruction dans le peuple ; malheureu sèment le bénéfico n'en étant pas accordé aux filles, l'influence de cette instruction est réduite de moitié. •

Il y a encore ce qu'on peut appeler l'éducation ; savoir : l'enseignement de la politesse, du cérémonial, des rites. On apprend aux enfants la bonne tenue et les salutations diverses, suivant qu'il s'agisse d'un parent, d'un supérieur ou d'un égal.

Le premier livre donné à l'enfant est le Sandze-king, qui est divisé en petits distiques dont chaque vers est composé de trois caractères. 11 contient cent soixante dix-huit vers qui forment une sorte d'Encyclopédie ou résumé de toutes les connaissances.

Puis viennent les Sse-chou, ou les quatre livres classiques, qui, avec les livres sacrés, sont la bast de toute instruction.

Mais en dehors de la littérature et de la morale, les connaissances religieuses, philosophiques^ scientifiques et professionnelles se bornent à ce que chacun en particulier cherche à savoir ou peut apprendre ; les arts et l'industrie sont pratiqués plutôt par routine que par habileté, ce qui explique l'état stationnaire où demeure ce peuple, et il semble que son génie inventif, pour s'êtr.? révélé avant celui des autres peuples, ait épuisé en peu de siècles toute sa puissance, au point de se trouver aujourd'hui bien au-dessous du niveau de la civilisalion européenne.

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