‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 1 sur 89 · I. — Légende de saint Guy · texte numérisé non relu

I. — Légende de saint Guy

Désigner une maladie par le nom d'un saint n'avait rien d'extraordinaire dans le moyen âge. Ainsi l'épilepsie s'appelait morbus sancli Valentini, la syphilis morbus sancli Dyonisii , les ulcères des jambes et des pieds pœna sancii Qiiirîni, l'érésipèle ignis sancii Antonii, etc. Sans nous arrêter à ces dénominations si diverses , contentons-nous de rechercher ici l'origine de ce nom bizarre de danse de saint Guy.

Pour arriver à la solution du problème , il est nécessaire de nous enquérir d'abord de la vie de ce saint et des raisons pathologiques ou thérapeutiques qui ont pu lui mériter l'honneur de donner son nom à une maladie. Nos recherches , à ce sujet , ne nous ont fourni que ces renseignements peu satisfaisants.

Saint Vite ou Guy était né en Sicile. Il était jeune encore lorsque les persécutions le forcèrent à s'éloigner de son pays natal , en compagnie de Modeste et de Crescence. Ses prières délivrèrent la fille de Dioclétien du démon qui l'obsédait. L'empereur reconnaissant voulut le contraindre à abjurer le christianisme, et, sur son refus , il le lit jeter dans

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un cachot avec ses compagnons , puis livrer aux bêles du cirque ; mais au lieu de les déchirer, les lions se mirênl à leur lécher les pieds; ce que voyant , l'empereur ordonna de les étendre tous trois sur un gril ardent. Une dame du nom de Florentia recueillit leurs ossements et les conserva embaumés (1).^

Comment ces reliques arrivèrent-elles à Saint-Denis? Ce serait trop long à raconter, il suffira de dire qu'elles restèrent dans la célèbre abbaye jusqu'en 826 , et qu'à cette époque, elles commencèrent à acquérir de la réputation. Sous le règne de Louis-le-Débonnaire, elles furent transférées en grande pompe à Corbie , en Saxe , o£i elles doivent avoir fait de nombreux miracles et opéré une foule de guéri son s (2).

Dans la liste des malades qu'elles guérirent si miraculeusement, on trouve beaucoup de paralytiques, d'aveugles, de sourds, de muets ; mais on ne remarque aucune maladie qui se rapproche , même de loin , de celle que l'on désigne aujourd'hui sous le nom de danse de saint Guy. On ne peut donc admettre, comme quelques auteurs l'ont prétendu , que cette maladie a été ainsi nommée parce que saint Guy en avait été lui-même attaqué. D'autres pensent, sans plus de raison , que l'on invoquait ce saint parce qu'on le regardait comme la cause de cette maladie. C'est donc un point bien établi pour nous , dans l'histoire de cette maladie,

(1) Acta sancloriim. Junii , l. ii, p. 1013. ADtwerpisc. 1G98. Desanclis inarlyribus siculis Vilo , Crescenliâ el Modeslo. Bibliothèque nationale de Paris . II. 299.

(2) Witlichindi. Annalium libri très. I'>ancof. 1521, p. 140 -144— G.-H. Periz, Monumenta Germanorum hislorica scriploriim. llanov. 1829, l. 11, p. 580.

jusqu'à sydenham. â

que saint Guy est parfaitement innocent et du mal et de sa guérison , et que le nom lui-même de la maladie, nous le prouverons plus tard, est d'origine non pas chrétienne, mais mahoraétane.

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