II. — Médecins grecs, romains, et aralies
Laissons pour le moment cette controverse de côté ; nous aurons l'occasion d'y revenir en étudiant les épidémies de danse de saint Guy qui ont régné , dit-on , dans le moyen âge. Ouvrons l'histoire de la médecine et voyons si dans les livres des grands maîtres de l'antiquité, il ne se trouve pas décrite quelque maladie analogue à la danse de saint Guy actuelle. Nos recherches ont été fartes avec soin, mais malheureusement couronnées de peu de succès.
Malgré toute notre vénération pour Uippocrdl^^^), nous ne pouvons partager l'opinion des auteui'S;qui/â^'quelques passages isolés, veulent conclure que ce^'and^édécin a connu la danse de saint Guy. Les passages sur lesquels ils s'appuient ne présentent pas autre chose que la description d'une paraplégie ordinaire, avec perte totale du sentiment et du mouvement, phénomème qui ne s'observe jamais dans la danse de saint Guy. Voici le texte d'ÎIippocrate :
« At vero si spinalis medulla aut et casu, aut aliqua quapiam externa causa, aut sua sponte laborat, et crurum irapotentiam facit, ut netactum quidempercipiat aeger, et ventris et vesicae, adeo ut ne primis quidem diebus stercus aut
(1) Prœdictorum liber u, edit. Kiibn , t. i, p, 211 ; edit. Linden , l. i , p. 506; edil. Fœsius, 1. 1 , p. 101 ; edit. Charlerius, t. viu, p. 820.
urina nisi coacie reddatur, Quodsi morbus inveteraverit, et stercus et urina aegro inscio prodit, landeinque non longo post intervalle périt.»
Le passage de Galien (1) où il décrit, sous le nom de scélohjrbe, une espèce de paralysie des membres inférieurs, s'appliquerait déjà mieux , toutefois avec un peu de bonne volonté, à notre danse de Saint-Guy, si celte maladie n'attaquait que les extrémités inférieures; mais comme ce n'est pas le cas, nous devons repousser l'assertion que cette maladie était connuede Galien. Il s'exprime de la manière suivante :
«Scelotyrbe quasi cruris turbam vel perturbalionem dicas species est resolutionis, qua errectus ambulare homo non potest, et latus alias in rectum, quandoque sinistrum in dextrum, nonnunquam dextrum in sinistrum circumfert, interdura quoque pedem non attollit sed atrahit, veluti illi qui magnos clivos ascendant. »
On doit s'étonner d'autant plus de ce que des médecins ont pu confondre le scélotyrbe de Galien avec la danse de saint Guy, que Pline (2) a décrit cette espèce d'affection comme une stomacace ou un scorbut.
Les écrits de tous les autres médecins de la Grèce et de Rome ne nous offrent, pas plus que ceux d'Hippocrate et de Galien, le moindre indice d'où l'on puisse conclure qu'ils auraient eu connaissance d'une maladie semblable à la danse de saint Guy.
C'est dans les écrits d'un médecin de l'école arabe, Abul
(1) Definiliones medicœ Jona philologo interprète in Galeni opéra omnia. Basilecc, 1529, edil. Cratam, p. 546, D.
(2) Plinii secundi hisloriarum , lib. xxxvii. Parisiis, apud Joannein Petit, 1532, fol. lib. xxv, cap. m, p. 454.
jusqu'à sydenham. 5
Hasem Chalaf benahas Alzaharavi (1), vivant à Alzahra,près de Cordoue,l'au 500 de l'hégire (1,100 de l'ère chrétienne), que l'on rencontre pour la première fois une légère trace qui semble annoncer que cette maladie ne lui était pas inconnue. Dans le chapitre XXI de son livre AUasrif, il parle, en effet, de mouvements involontaires qui se produisent soit dans une ou plusieurs parties du corps, soit dans le corps tout entier. Dans le premier cas, il désigne ces mouvements sous le nom d'Alcazar; dans le second, sous celui d'Alsara.