OBSERVATION 2.) DE PROPULSION
Dans les derniers mois de sa vie, le malade eut des accès beaucoup plus fréquents, même en se promenant dans la chambre, et il raconta, ce que ses parents confirmèrent, que si au moment oii il perdait l'équilibre il voulait saisir un objet pour se retenir, comme par exemple un arbre, il devait encore tourner involontairement deux ou trois fois autour après l'avoir saisi. 11 mourut le 24 mars 1837.
Autopsie. — A l'examen du cerveau fait par M. Henle, on trouva la substance cérébrale solide, compacte, gorgée de sang, et dans le ventricule latéral gauche un épanchement assez considérable d'un sang noir, coagulé, qui avaitpénétré de l'hémisphère voisin par une déchirure pratiquée entre les couches optiques et les corps striés. Le corps strié droit présentait une excavation longitudinale étroite, revêtue d'une membrane brun foncé et entourée de substance cérébrale un peu dure. Le réseau vasculaire à la base du cerveau était en grande partie incrusté (1).
A ce sujet, M. Romberg raconte qu'on conserve au musée anatomique de Berlin (N" 5763), le cerveau d'une femme qui, dans ses accès spasraodiques tombait toujours en avant. Une tumeur stéatomateuse avait son siège au milieu du pont de Varole,
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Un homme étant à travailler se plaint tout-à-coup d'un bourdonnement d'oreilles. Quelques instants après une douleur vive lui arrache des cris, il se met à courir comme pour échapper au danger qui le menace , tombe bientôt, et pré- Ci) Romberg. Nervenkrankheiten des Meusclien. Berlin, 1843. Ersten Randes, Zweite Ablheilnng, p. M^-MG.
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sente les symptômes qui suivent : perte complète de connaissance; immobilité sans dilatation des pupilles, qui sont égales en diamètre; immobilité du globe de l'œil; bouche entr'ouverte, et sans torsion apparente ; quelques mouvements dans la langue sans déviation permanente de sa pointe. Mouvements respiratoires fréquents , irréguliers , par moments stertoreux. Les ailes du nez se contractent convulsivement avec les muscles de la respiration. Deux fois il y a eu éternuement violent, pendant lequel le malade, qui était couché sur le dos, s'est courbé en avant. Les membres sont dans un état de roideur qu'on peut surmonter assez facilement. Cette contraction pendant laquelle les bras sont contournés dans la rotation en dedans, et les pouces fortementfléchis n'est pas entièrement permanente. La contraction des muscles du cou n'est pas non plus assez énergique pour empêcher la tête d'obéir aux lois de la pesanteur. Les seuls signes de la sensibilité générale furent un mouvement convulsif du bras droit au moment où l'on pinça la peau de ce membre, et un mouvement semblable au moment oii l'on incisa les téguments en pratiquant une saignée.
Le malade succomba cinq heures après l'invasion des premiers accidents , et ne fut pas observé pendant les deux dernières heures. A l'examen du cadavre, on trouva la protubérance cérébrale changée en une poche remplie de sang en partie coagulé, et mêlé à quelques débris de substance nerveuse ramollie et colorée par ce liquide (1).
(1) M. Bérard aîné, cité parOIlIvîer d'Angers. Traité des maladies de la moelle épinière, vol. u, page 143. Paris, 1847.
(observation 3.)
OBSBRTATION III.
Selon M. Serres (1), un phénomène assez remarquable S6 manifesta sur deux hommes. Au moment de l'attaque, ils ressentirent une douleur des plus vives, jetèrent des cris et coururent devant eux comme pour éviter un grand danger. Ils tombèrent au bout de cent pas environ.
Chez tous les deux, la tendance à se porter en avant avait été spontanée. La protubérance avait été détruite dans toute sa profondeur.
Réflexions. Nous ne connaissons que ces trois cas oii les sujets atteints pendant leur vie d'une propulsion irrésistible aient été soumis à l'autopsie. Ces trois observations offrent déjà de grandes différences, MM. Bérardet Serres ont trouvé la protubérance annulaire ramollie, tandis que dans le sujet de M. Henle c'étaient les corps striés qui étaient plus particulièrement intéressés. Les deux partis des physiologistes modernes, dont les uns, M. Magendie à leur tête, placent le siège de la propulsion dans les corps striés, et dont les autres, avec M. Flourens, le mettent dans les pédoncules cérébraux, pourront s'appuyer également sur les observations relatées pour défendre leur opinion. Avant de discuter cette question, nous rapporterons un cas remarquable où la cause d'une propulsion de très longue durée résidait dans une lésion matérielle de parties autres que celles qui sont signalées par nos physiologistes connus comme le siège de la propulsion, et fut enlevée par une opération chirurgicale.
(1) Ànatomie comparée du cerveau, t. u, p. 633. Paris, 1826.
MUSCULATION IRRKSISTIBLE (obseovation 4.)
Elle est due au docteur Ilufeland (1 j, mais l'honneur de l'opération heureuse revient au docteur Unger.
Le malade était un garçon de 1 5 ans. Sur le vcrtexe, à une dislance d'un pouce de la réunion de la suture bipariétale avec la suture occipito- pariétale, une place de la grosseur d'un franc était très douloureuse au toucher, sans qu'on remarquât rien de particulier à l'extérieur.
Jusqu'à Fâge de 40 ans, cet enfant avait été bien portant ; contraint par son père, tisseur de soie, à un travail trop assidu, il souffrait d'accès fréquents d'ictère, de gastrodinie et d'asthme spasmodique. A douze ans, il dut quitter son métier, et entra comme apprenti chez un tailleur. Dans un moment de colère, son maître lui appliqua un jour un coup d'une aune triangulaire sur le sommet de la tête avec une telle violence que l'aune se brisa. L'enfant devint triste, incapable de tout travail, perdit tout-à-coup connaissance et tomba en syncope au milieu de la conversation. La place meurtrie ne causait que peu de douleurs.
On le mit chez un autre maître. Celui-ci s'imaginant que de fréquentes absences de mémoire et une propension parlicuUère de l'enfant à courir provenaient de mauvaise volonté de sa part, le maltraita également et le frappa, mais non pas sur la tête. Dès-lors le mal prit un grand développement. Souvent l'enfant, après avoir pris la ferme résolution de suivre une certaine direction, était forcé de courir sanss'arrêler dans la chambre ou dans la rue en ligne directe ou en cercle. Si on l'arrêtait, il restait debout tout rêveur, et aux
(I) Ilufelands Journal, vol.xxxii Junihefl, 1811, p. 46-71.
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questions qu'on lui adressait sur la cause d'une pareille conduite, il répondait qu'il cédait à un sentiment d'anxiété pé nible auquel il ne pouvait résister. Un torrent de larmes et des imprécations contre sa triste existence terminaientl'accès.
Au bout d'un an, les accès se multiplièrent, et dégénéraient souvent en catalepsie. Le malade s'interrompait subitement au milieu d'une phrase et restait immobiledans la position dans laquelle il se trouvait. Les téguments de la tête commencèrent aussi à se tuméfier sur la périphérie d'un pouce.
Deux ans après la contusion primitive, la chorée se mit à alterner avec des accès de catalepsie ou d'épilepsie ; ces accès se répétaient quatre ou cinq fois par jour. Des applications d'eau froide, la valériane, la ^mr de zinc, etc., aggravèrent le mal au lieu de l'amender. Il devint de plus en plus intense. Le point malade au vertex était plus douloureux au toucher qu'auparavant; le sommeil agité, des fantômes effrayants voltigeaient autour du malade ; réveillé en sursaut, il était pris d'un accès de chorée, qui dégénérait en catalepsie et en épilepsie.
Soumis à l'opération du trépan (opération dont la relation ne rentre pas dans notre cadre), le pauvre enfant fut pour toujours délivré de sa maladie.
Reflexions. Voilà un cas ou une pression mécanique sur les méninges et les hémisphères cérébraux engendre une propulsion irrésistible. A ceux qui prétendraient que la pression a agi d'une manière secondaire sur les corps striés ou sur la protubérance cérébrale et provoqué ainsi les accidents morbides qui ne se manifestèrent pas immédiatement, on pourrait bien demander d'enseigner la loi d'après laquelle la lésion à dû se borner à ces parties et ne pas s'étendre
3/i MUSCULATION IRRÉSISTJBLE
sur d'autres régions de la masse encéphalique. Remarquons aussi que dans ce cas la propulsion dévie souvent de la ligne droite et se transforme en ligne concentrique, comme dans le mouvement du manège dont il sera plus tard question,