‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 13 sur 89 · XVI.— Anatomlc pathologique compar<^e · texte numérisé non relu

XVI.— Anatomlc pathologique compar<^e

Si, jusqu'ici, la localisation de la propulsion peut donner lieu à des objections [nombreuses, les faits fournis par l'anatomie pathologique comparée ne feront qu'y en ajouter de nouvelles. M. Toulmouche (1) raconte que dans plusieurs chevaux du deuxième régiment d'artillerie à Rennes, à l'autopsie cadavérique desquels il a assisté, et qui avaient offert pendant leur existence des mouvements impétueux en avant que rien ne pouvait arrêter (action de se précipiter la tête contre n'importe quel obstacle), ce qui avait obligé de les attacher au milieu de la cour de la caserne, il a rencontré un engorgement des sinus cérébraux, une rougeur intense avec épaisissement de la portion de l'arachnoïde qui recouvre le cervelet, et surtout de celle qui enveloppe la protubérance annulaire et le commencement de la moelle épinière, une injection prononcée du réseau vasculaire du cervelet, une rougeur de ce dernier organe plus intense que dans l'état naturel, le cerveau et le prolongement rachidien paraissant d'ailleursà l'état naturel.

xvii.— Expérimentation pliysiologique.

Selon M. Magendie (2), il existe chez les mammifèi-es et

(1) Mémoires de l'Académie royale de médecine, vol. ii, p. 370, 1833.

(2) Eléments de physiologie, t. i, page 407-409. Paris, 1836.— Leçons sur les fondions du système nerveux, 1. 1, p. 280. Paris, 1839.

chez l'homme une force intérieure qui les pousse à marcher en avant, une autre force qui les porte h reculer ; la preinière réside dans le cervelet, la seconde dans les corps striés. Dans l'état sain , ces deux forces sont dirigées par la volonté et se contrebalancent mutuellement ; mais si l'on enlève l'un ou l'autre des organes où siègent ces forces, l'antagoniste demeure sain et obtient tout son effet. De là la rétrocession irrésistible après l'ablation du cervelet, et la propulsion également irrésistible après la soustraction des corps striés. Pour obtenir celte propulsion chez les lapins, il ne suffit pas d'enlever la substance grise des corps striés ; ce phénomène ne se montre que lorsque la partie blanche est intéressée. L'animal s'agite, marque de l'inquiétude et cherche à s'échapper. Cependant, si un seul des corps striés est enlevé, il reste encore maître de ses mouvements, les dirige en divers sens, s'ariête quand il lui plaît; mais immédiatement après la section du second corps strié, l'animal se précipite en avant comme poussé par un pouvoir irrésistible.

Quoique fortement appuyée par l'observation du docteur Friedheim, n°XV, observ. 1, cette opinion a trouvé des contradicteurs dans MM. Longet, Lafargue, Valentin, Flourens, Purkinje et Rrausz.

M. Longet (1) a enlevé complètement à plus de vingt lapins vigoureux et âgés de trois à quatre mois les hémisphères cérébraux, puis les deux corps striés, en rasant les bords antérieurs et externes des couches optiques; mais, à l'exception d'une seule fois oij, la cinquième paire ayant été piquée, l'animal s'enfuit en criant, tous ces lapins deraeu-

(1) Ânalomie ei physiologie du système nerveux, l.i, p. 515. Paris,

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rèrent immobiles. Il a enlevé les corps striés seulement avec la portion des hémisphères oii ils s'irradient ; les effets ont été les mêmes.

Les expériences faites par M. Lafargue (1) ont également donné des résultats négatif. Il n'a vu que deux fois des lapins se précipiter en avant après une semblable mutilation. S'élant convaincu par l'autopsie que la section des corps striés est accompagnée le plus souvent de la lésion ou même de la division des nerfs optiques, il reconnaît pour causes de la propulsion la frayeur et la cécité réunies. Pour que ma présomption se changeât en certitude, dit-il, il fallait par un moyen quelconque troubler, effrayer profondément un lapin vigoureux en le privant de la vue sans nuire à ses mouvements ; il fallait que, malgré l'intégrité des corps striés, il présentât avec toutes ses circonstances le mouvement de propulsion. Or, deux fois, une mutilation des hémisphères qui avait entraîné la cécité a donné lieu à ce mouvement; la blessure des tubercules quadrijumeaux a causé deux fois une fuite rapide.

M. Valentin (2) partage l'opinion de M. Lafargue. Il a remarqué la précipitation en avant chez les lapins dont les nerfs optiques avaient été coupés. La cécité subite pousse ces animaux h cette fuite rapide en ligne droite. Dans leur hâte, ils se jettent contre les parois de la chambre avec un grand bruit. Quelquefois les lapins s'enfuient tout

(1) Essai sur la valeur des localisations encéphaliques, sensoriales et locomolrires, proposées pour l'iiomme et les animaux supérieurs. Thèses de Paris, 1838, n" H?).

(2) l^ehrbuch der Physiologie dos Menschen, i, ii, p. 807. Hrunschw-eig,

aussi rapidement h la suite d'une simple blessure de la peau ou des os du crâne.

Selon M.Flourens (1), si l'on coupe les pédoncules cérébraux auxquels s'unissent les pédoncules antérieurs du cervelet, l'animal se précipite en avant avec force, et c'est aussi le résultat de la section du canal vertical supérieur ou antérieur.

Enfin, MM. Krauss et Purkinje (2) ont remarqué que les oiseaux à qui on coupait le pont de Varol laissaient tomber le bec en bas, l'appuyaient contre terre et volaient toujours en avant à une certaine distance.

Conclusion. De ces expériences contradictoires, il résulte donc que ni l'anatomie pathologique humaine ou comparée, ni l'expérimentation physiologique ne nous fournissent pas jusqu'ici des données assez certaines pour nous permettre de localiser la propulsion. Cette tâche échoit à de futurs observateurs.

xviii.— Piiyglologtc flu inouvemeut de uianége.

L'observation IV, relatée page 32, a montré qu'à la propulsion en ligne droite se joint souvent une propulsion en.cercle. Dans beaucoup de cas, celle-ci paraît seule, et elle ne doit pas être confondue avec le mouvement en pirouette dont il sera plus tard question.

La science ne possède pas un seul fait d'anatomie patho-

' (1) Recherches expérimenlales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés. 2" édit. Paris, 1842, p. 488.

(2) G. Krauss. De cerebri Isesi ad inolum voluntarium relatione. Vraiislavi;c, 1824, p, 43.

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logique qui puisse mettre sur la voie du siège de ce phénomène; adressons-nous à la physiologie expérimentale.

Mais cette dernière non plus ne donne pas de réponse satisfaisante; les uns croient devoir placer le siège de ce mouvement dans les corps pyramidaux, tandis que les autres en cherchent la cause dans une lésion des couches optiques.

Selon M. Magendie (1), le mouvement du manège se montre par la section de la moelle allongée, faite de manière à intéresser la portion de la moelle qui avoisine en dehors les pyramides antérieures. Pour cette expérience, le célèhre physiologiste se sert d'un lapin de trois h quatre mois, il met à découvert le quatrième ventricule, puis, soulevant le cervelet, il fait une section perpendiculaire à la surface du ventricule, et à trois ou quatre millimètres en dehors de la ligne médiane. Si l'on coupe à droite, l'animal tournera à droite, et à gauche, si l'on coupe de ce côté.

M. Longet ne s'accorde pas en tous points avec M. Magendie. Voici le résultat constant obtenu par cet expérimentateur. Plus de vingt fois, dit-il, nous avons lésé un pédoncule cérébral immédiatement an devant de la protubérance ou un peu au delà ; les lapins ont exécuté un mouvement circulaire ou de manège qui avait toujours lieu du côté opposé à la lésion. Le mouvement est donc analogue à celui que M. Magendie a déterminé par la section latérale de la moelle allongée qui avoisine en dehors les pyramides antérieures ; mais il n'a pas lieu du même côté.

La lésion des couches optiques produit le mCme effet (2).

(t) Loc. cit., p. 112.

(2) Longel, 1. c, p. 503.

En lésant directement une des couches optiques chez les lapins, sans ablation préalable des hémisphères, M. Longet a déterminé un mouvement circulaire ou de manège, comme à la suite de la lésion de l'un des pédoncules cérébraux.

M. Flourens (1) a également remarqué ce phénomène en retranchant sur une grenouille la couche optique droite; elle a tourné longtemps et irrésistiblement sur le côté droit.

M. Lafargue (2), ayant produit deux fois le même mouvement de manège, en coupant une des couches optiques, a observé qu'il s'opérait toujours du côté de la section vers le côté opposé. Le principe d'un pareil mouvement n'a donc pas son siège exclusivement dans la portion de la moelle allongée signalée par M. Magendie.

Longtemps avant M. Magendie, Alexandre de Humboldt (3) avait appelé rattention-.sur le mouvement de manège. Il s'exprime à ce sujet en ces termes : «Le tournoiement des animaux auxquels on a coupé la tête et dont la moelle épinière n'est pas encore détruite, est un des phénomènes vitaux les plus étonnants. J'ai remarqué que les grenouilles surtout au tronc desquelles reste attaché un peu de cervelet, qui, chez cette espèce d'animaux, est long et aplati , tournent en cercles très circonscrits. Il semble que le mouvement à droite ou à gauche soit déterminé par la plus ou moins grande quantité de substance médullaire du côté gauche ou du côté droit. Si on l'enlevait toute, le tournoiement cessait, mais il pou-

(1) Loc. cit., p. 51.

(2) Loc. cit., p. 17.

(3) Versuche ûber die gereizie Muskel und Nerven fascr. Berlin, 1797, vol. u, p. 352.

AO MUSCULATION inRÉSISTlBLE

vait eire quelquefois reproduit par une irritation chimique déterminée sur le nerf axillaire ou sympathique du côté droit ou du gauche. Le tournoiement annonce donc toujours un trouble de l'équilibre dans la substance médullaire du système nerveux. »

Un demi siècle s'est écoulé depuis que ces mots ont été écrits ; le temps fuit d'une aîle rapide, la science le suit en boitant.

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