‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 20 sur 89 · XX. — Appréciation de ces faits · texte numérisé non relu

XX. — Appréciation de ces faits

En présen tant au lecteur une suite de tableaux numériques, nous devons nécessairement fixer le degré d'importance que nous leur accordons. Les nombres parlent, non-seulement comme expression d'une quanlilé, mais surtout comme expression d'une valeur. Les nombres parlent, sans doute ; mais il s'agit de savoir comment nous les faisons parler, comment ils ont été trouvés et quelle est l'importance des faits

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qu'ils repr«5sontein. Ces points approfondis, alors seulement nous sommes autorisés à admettre les chilTres comme des preuves valables des faits.

Les chiffres offrent en effet quelque chose de séduisant; mais tout convaincu que l'on est de suivre le meilleur mode d'argumentation, on peut se tromper beaucoup sur leur valeur, et construire, au moyen de séries de chiffres erronés, un magnifique édifice de sophismes. Les calculs sur la probabilité d'un événement, ne sont justes que dans de certaines limites, et ces limites deviennent plus précises, la vraisemblance plus grande, par conséquent, à mesure que le nombre des faits observés augmente. Cependant, la première condition est que, dans leurs caractères saillants, ces faits soient semblables et comparables. Enfin, on ne doit jamais oublier qu'un certain nombre de faits ne peuvent être comparés et ne sont semblables que sous un certain point de vue, tandis que considérés sous un autre, ils n'offrent plus aucune analogie.

Des vingt cas environ que nous possédons sur la musculation irrésistible de propulsion, nous pouvons déjà conclure avec beaucoup de vraisemblance que cette affection attaque les hommes plutôt que les femmes, parce que nous n'avons à lixer qu'une limite assez large.

Il est plus difficile de déterminer l'âge auquel cette maladie se présente le plus fréquemment; car il ne s'agit plus seulement d'une alternative entre l'homme et la femme ; nous avons à choisir entre l'enfance , la jeunesse , l'âge mûr, la vieillesse, et si, pour plus de précision, nous prenons une période de dix ans comme point de comparaison, il nous restera à déterminer entre huit périodes pareilles, jusqu'à 80 ans, celle où la maladie est le plus fréqucnle, Si donc,

d'après le tableau de la page 63, nous trouvons que la maladie est plus fréquente entre dix et vingt ans; ce fait, considéré numériquement, est exact, mais il ne l'est plus si l'on pèse les observations au lieu de les compter, car la plupart des cas que les observations nous ont fait connaître et qui concernent des individus âgés de 10 à 20 ans, tout en étant analogues aux autres par les symptômes carastéristiques de la propulsion involontaire, ressemblent peu sous d'autres rapports aux propulsions irrésistibles qui se sont manifestées dans un âge plus avancé.

Notre intention n'est pas d'écrire un traité sur la valeur de la statistique numérique, encore moins d'enseigner une méthode nouvelle pour comparer des expériences médicales. Celte digression n'a pour but que de prévenir toute méprise sur la valeur de ces conclusions, et d'empêcher qu'on ne nous attribue des erreurs qui tirent leur source de la nature des choses, du nombre insuffisant des observations, comme du manque de soin et d'exactitude chez la plupart des observateurs. Nous voulons éviter aussi que l'on nous classe parmi ces statisticiens routiniers qui ne font que compter et recompter pour arriver, en fin de compte, h un résultat qui, bien que pompeusement publié, pèse zéro à la balance du jugement.

Pour qu'on puisse se flatter de guider le lecteur et de le convaincre à l'aide de tableaux numériques, il ne suffit pas de lui mettre sous les yeux une addition quelconque, il faut encore que les raisons de chaque addition puissent être facilement appréciées par lui. Deux moyens seulement existent d'atteindre ce but : le premier consiste à analyser l'un après l'autre tous les faits signalés dans les observations sur lesquelles on fonde sa conclusion, méthode longue, fastidieuse,

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entraînant dans une foule de répétitions et de redites, et plus propre à fatiguer le lecteur économe de son temps qu'à le satisfaire; le second, plus simple, plus expéditif, le seul praticable, le seul qui mette le lecteur à l'abri d'une erreur de l'auteur, consiste à renvoyer, pour chaque question qu'on discute, à la page ou bien au numéro de l'observation où se trouve le document sur lequel on s'appuie, afin que le lecteur puisse vérifier et juger. C'est cette dernière méthode que nous adoptons, et nous la suivrons scrupuleusement.

Ainsi, en cherchant à nous rendre compte de l'iufluence du sexe sur la fréquence de la propulsion, nous trouvons :

Sexe masculin. Observations 1, 2, 3, li, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13 , 15, 16, 17, 18, 19, 20, 22. Total : 20 observations.

Sexe féminin. Observations lû,21. Total 2.

Nous pouvons affirmer, en conséquence, que cette espèce de musculation est beaucoup plus fréquente chez les hommes que chez les femmes.

En étudiant l'âge des sujets affectés de propulsion, nous

trouvons :

Age de 9 ans. Observation 21. Sexe féminin.

Sexe masculin.

— lA —

Total

Dans neuf autres observations, l'âge n'est pas indiqué par les auteurs.

Enfant. Observation 8. Sexe masculin. Adolescent. — 5, —

Adulte. — lA. Sexe féminin.

— — 2. Sexe masculin.

Total: 9.

En divisant l'âge en huit périodes décennales, on obtient

le tableau suivant :

De 1 à 10 ans.

1 cas. Observation 21.

- li,

— 30 à /iO —

— àO à 50 —

Total : 13.

D'après ce tableau , l'âge où cette maladie se montre le plus fréquemment serait entre 10 et 20 ans, période qui présente le nombre le plus élevé, 5 ; mais si l'on fait entrer en ligne de compte sept autres observations 2, 3, 6, lli, 15, 16, 22, 011 la maladie a été observée chez des personnes probablement d'un âge avancé, il n'est plus permis d'affirmer que la propulsion est plus commune chez les individus audessous de vingt ans, au contraire, celte maladie, ainsi jugée et non pas seulement comptée, est plutôt le triste apanage d'un

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âge avancé, bien qu'il soit impossible cependant de préciser la période décennale où elle est le plus commune.

C'est aussi cbez les adultes et les vieillards que la propulsion se rencontre le plus souvent seule, pure, substaniive; tandis qu'elle coïncide avec la folie musculaire chez les enfants et les adolescents. Ainsi, dans les observations h, 18, 19, 20, 21, la propulsion est, pour ainsi dire, enlée sur la folie musculaire. Nous nous croyons donc en droit de retrancher ces cinq cas du cadre de notre appréciation de la propulsion irrésistible, sauf à les reprendre plus tard en sous œuvre, lorsque nous traiterons de la folie musculaire.

Dans un cas, observation 17, la propulsion s'est changée en rotation. Dans un autre, observation 20, elle alterne avec ce mouvement de rotation horizontale.

Cinq de ces malades ont succombé à la paralysie; en sorte que la propulsion peut être regardée comme un précurseur de cette fatale terminaison.

Dans neuf autres cas, observations 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 13, 1/i, la terminaison n'est pas indiquée.

Que nous reste-t-il à apprendre par l'étude du reste des observations? Est-ce la durée de la maladie ? Elle n'a pas été consignée. Est-ce la cause du mal ? Elle n'a été mentionnée que par quatre auteurs. Les causes sont dans l'observation h un corps appliqué sur le crâne, observation 5 chute d'un lieu élevé , observation 9 disparition de douleurs rhumatismales, et dans l'observation 21 une frayeur. Est-ce la marche de la maladie? Elle ne se ressemble pas, et tracer le tableau des différences qu'on y remarque, serait reproduire sans utilité les observations. Du reste, les réflexions qui accompagnentla majeure partie des observations font assez net-

tement ressortir ces particularités. Devons-nous parler du traitement. Aucune guérison n'a été constatée, si ce n'est dans les cas oii la propulsion coïncidait avec la folie musculaire, phénomènequenousétudierons plus tard, conimenous l'avons déjà dit. II ne nous reste donc qu'à résumer en peu de mots ce que nous savons de positif sur cette espèce de musculation irrésistible.

Résumé.

Il existe une espèce de musculation irrésistible où le corps en masse est poussé involontairement en avant.

La direction de cette propulsion est tantôt en ligne droite, tantôt en ligne circulaire en formede mouvements de manège.

La propulsion est quelquefois normale, substantive, pure, d'autres fois, et surtout chez les enfants, elle coïncide avec la folie musculaire.

Le siège en est inconnu; les opinions des auteurs, à cet égard, n'offrent qu'une suite de contradictions.

Elle se change aussi en une autre forme de musculation irrésistible et se convertit en rotation.

Elle affecte de préférence les adultes et les vieillards.

Elle se manifeste sous forme d'accès non périodiques irréguliers.

Aucune guérison n'a été constatée jusqu'ici , lorsque la propulsion est pure, sans complication de folie musculaire. Les malades succombent ordinairement paralysés.

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