‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 38 sur 89 · DE SALTIMBANQUE · texte numérisé non relu

DE SALTIMBANQUE

Un petit paysan de douze ans habitait dans une chambre qui pouvait avoir neuf pieds carrée. En face de la porte était placé le lit au pied duquel, à quelque distance, se trouvait le poêle, surmonté de plusieurs fortes perches supportées par des tiges de fer verticales qui descendaient du plafond, et destinées à faire sécher le linge ou à d'autres usages. Près de la porte était une grande table, à quatre pas environ du lit et à une distance plus considérable encore du poêle.

En entrant, je trouvai l'enfant au lit et plusieurs personnes autour de lui, qui ne le perdaient pas de vue. Il avait les yeux ouvei'ts, mais il ne semblait rien percevoir de ce qui se passait autour de lui; on ne pouvait exciter ou fixer son attention par aucun moyen, pas même en agissant sur le sens du toucher. Il cherchait constamment à échapper aux mains qui le retenaient et à grimper contre la muraille, faisant des mouvements comme une bête féroce dans sa cage. A l'exception de ces mouvements et de l'absence de la connaissance , il n'offrait pas le plus léger symptôme morbide.

Lorsque, sur mon ordre, les personnes qui l'entouraient lui laissèrent un peu de liberté, il se dressa tout-à-coup sur la tête et se mit à tournoyer comme une toupie ou une roue avec une rapidité inconcevable. Après cinq minutes environ de cet exercice, il s'échappa d'entre les mains de ses gardiens, sans que l'on pût s'y opposer, et grimpa sur les perches placées au-dessus du poêle , auxquelles un bon grimpeur n'aurait pu atteindre qu'avec peine et non sans effort. Ni écureuil sur la branche d'un arbre, ni équilibriste sur la corde ne peut se livrer à des mouvements plus bizarres que

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lui sur ces perches. 11 y prenait toutes les positions possibles, et des tours de force dont les danseurs, les jongleurs, les saltimbanques ne sont capables qu'à force d'exercice, ne lui coûtaient aucune peine; il les exécutait longtemps avec line si grande facilité qu'on aurait pu croire qu'il avait les inémbres luxés. Tout-à-coup, avec l'agilité d'un saltimbanque, il s'élança sur la table et y fit ce que les assistants appelaient ses tours de souplesse, jusqu'à ce qu'on le reportât de force au lit. Après y être resté encore une heure en proie à la plus grande agitation , il tomba dans un profond sommeil, dont il sortit inondé de sueur et parfaitement bien portant, à ce qu'il paraissait, sans pouvoir rien se rappeler de ce qui s'était passé.

De semblables accès revenaient plusieurs fois par jour, et à chacun, le malade exécutait de nouveaux mouvements tout aussi singuliers. Tantôt il gesticulait de la manière la plus étrange; tantôt il se mettait en boule comme un paillasse et faisait la culbute, d'autres fois il tournait en cercle comme uu derviche, ou il grimpait le long des murs comme un écureuil; quelquefois il se roulait comme une anguille et s'élançait avec la rapidité de la flèche. Il est impossible de décrire la nature de ces accès; si nous l'essayions, le lecteur croirait que ce sont des imaginations, mais c'était précisément l'inouï et le merveilleux des mouvements qui étaient le plus sûr indice qu'il n'y avait rien là de simulé. Les exercices les mieux entendus et les plus soutenus n'auraient pu donner au malade la force de corps nécessaire pour exécuter ces mouvements, et personne, quelque vigueur et quelque adresse qu'il possédât, quelque exercice qu'il eût pris, n'aurait été capable de faire ce que cet enfant

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