OBSERVATION 46.) DE SALTIMBANQUE
exécutait. Sa souplesse était plus qu'humaine, c'était la souplesse d'un singe, par exemple.
L'examen le plus attentif ne procura aucune lumière sur l'origine de la maladie que les habitants du village, dans leur ignorance bien excusable, attribuaient à la sorcellerie. Le rapport de causalité entre le mal et le développement de la puberté n'était nullement évident. Nous n'avons pas besoin de dire que plusieurs fois nous avons essayé d'en découvrir la cause dans l'onanisme, les vers, des exanthèmes répercutés, etc.
Les médicaments recommandés contre la danse de saint Guy et les maladies analogues ne produisirent non plus aucun effet, quoiqu'ils eussent tous été successivement employés. On finit par laisser de côté toute médication, et le malade, après avoir supporté cet état pendant plus de trois mois, fut guéri, à ce que nous apprîmes, par la seule nature, ou, comme le crurent les paysans, par l'action magique d'un exorciste que l'on consulta. Praclica est multiplex.
L'affection que nous venons de décrire se montre rarement seule. Elle coïncide toujours avec les autres espèces de musculation irrésistible, et très souvent elle est compliquée d'autres affections nerveuses. Outre l'observation de M. Jahn , la littérature médicale n'offre, à notre connaissance , que trois exemples de musculation irrésistible de saltimbanque sans complication avec hystérie, somnambulisme ou idiotisme. Nous avons eu l'occasion d'observer un cas analogue chez un garçon de huit ans, à la clinique de Vienne, pendant le cours de nos études médicales. Mais nous croyons peu utile de rapporter cette observation, qui ne diffère pas essentiellement de celles qui ont été publiées par d'autres médecins,
J-^O MUSCULATION lURÉSISTlULE (oiisbuvat. ^7et 48.)
d'autant moins que n'y attachant pas d'abord toute l'importance qu'elle mériiait, nous avons malheureusement négligé de prendre note de toutes les phases de la maladie.
La dernière de ces quatre observations, celle de M. Schlegel, mérite une attention particulière, eu égard h la cause qui lui était assignée. Nous n'affirmerons point qu'on ne se trompait point sur son origine; mais nous ferons observer qu'il n'existe pas non plus de raisons suffisantes pour la contester.
Cette observation est la plus ancienne que nous connaissions, elle date de 1700 et appartient à J. Monradus Vorwaltner (1).
Un garçon de dix ans est pris de convulsions, o His remitentibus in fortissimum risum incidit et mille nugas admiranda garuliiate fabulatur, etc. Slupendas' praîtcrea et vix à gesticulatione videndas actioneset saltus mirifica volubilitate et corporis agilitate in lecto exercet, hancque comœdiam septem dies continuavit. »
De J.-F. Henkelius (2). Un garçon de neuf ans, pâle, taciturne, était affecté d'accès d'une nature particulière. « Vibrât brachia, jactitat pedes, conglomérat et in gyrum agitât corpus, distorquet os, colium, manus, digitos, pedes, ejusque plantas ; brcvi agit praestidigitatorum morum et violcntum, etc. Animus semper praesens, extasis nulla. n
(1) EphemeriJ. natur. curiosor., decuria 3, annus 5 elG, 1700, p. 1^7
(2) Acla pliysico-medica nalurœ curies., vol. lu, p. 347.
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Cette observation est remarquable en ce que le malade conservait la conscience pendant l'accès, ce qui n'est pas très fréquent dans les affections de musculation irrésistible.
De M. Schlegel (de Meiningen) (1). Une fille de douze ans était sujette aux accès les plus bizarres. Elle se jeta tout-àconp à terre, s'arracha les cheveux, et se mit à chanter des mélodies. Huit jours après, cet accès se renouvela ; mais alors elle commença à faire des culbutes la tête en haut, la tête en bas, frappa des pieds et des mains autour d'elle, fit de grands gestes, les mains tordues et en se rejetant fortement en arrière; quelquefois elle sautait extraordinairement haut, ou bien se jetait à terre, tantôt sur un côté, tantôt sur l'autre; puis elle agita la tête pendant une demi-heure, poussa des cris en renversant les yeux : Je sens dans le ventre comme un chien ou un chat qui me mord, criait-elle, ça me ronge le cœur, ça me remonte en fourmillant; enfin son cou et sa gorge se tuméfièrent.
Ces accès se répétaient chaque jour, entre trois ou quatre heures de l'après-midi. Si l'on maintenait fortement la malade, elle manifestait une grande anxiété, de l'agitation, et faisait rage plus qu'à l'ordinaire- Des lotions d'eau froide sur tout le corps augmentèrent la fureur et la violence des ^pasmes cloniques. Une émission de flatuosités et d'urine terminait le paroxysme.
Une année auparavant, la malade avait bu de l'eau d'une source dans une prairie. Le 26 juin, on prescrivit calomeL
(I) Allgeineine mcdicinische Zeiluiig, u' të, 1837.
lOo MUSCUfAïION IRRÉSISTinr-E (observation /i9,)
gr. ij, racine de jalap, olcosucre de lanaisie, aa, un scrupiile-1,25 grain. , une poudre toutes les quatre heures. Après quatre doses, il n'y eut plus que des émissions aqueuses ; elle prit donc une poudre entière toutes les deux heures. Le 27, dans l'après-midi, lorsque j'allai la voir, vers deux heures, je la trouvai les yeux fermés, couchée sur son lit. Je lui relevai les paupières supérieures; les globes se mouvaient assez rapidement, comme un pendule, d'un côté à l'autre. Le basventre maigre se tumélia et devint aussi gros que la tôle d'un homme; il resta dans cet état, plein, arrondi, environ quin'/e minutes; puis il retomba peu à peu ; mais l'anxiété augmenta visiblement, la respiration était difficile, la malade se mordit au bras. Alors un tétanos universel s'éienditsur tout le corps, en rendant les muscles du tronc et des membres raides, durs, immobiles. Puis la malade s'allongea sur sou oreiller et se renversa en demi-cercle par dessus le bord supérieur du lit jusqu'à terre. Recouchée sur le dos dans son lit, elle se jeta de côté et d'autre. Ce ne fut qu'après deux heures et demie de cette horrible scène que les yeux, convulsivement renversés et la face vultueuse, extraordinaireraent rouge, reprirent un aspect tranquille; bientôt après cependant, l'enfant se mit à rire et à pleurer alternativeraen:, criant: du lait ! du lait! et elle finit par se réveiller comme d'un songe, regardant autour d'elle avec des yeux sensibles à la lumière et un regard craintif. On lui donna alors une mixtion de semen contra, racine de valériane, feuilles de séné et assa fœtida. Lorsqu'elle en eut avalé les deux tiers , elle ressentit des tranchées douloureuses, avec fort ténesme, et elle demanda à sa mère, à dix heures du soir, de la porter dans la cour sur un baquet. Au lieu d'excréments, elle reu-
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dit par l'anus un animal vivant. L'enlant poussa des cris d'effroi, et bientôt après elle rendit une autre bêle qui n'avait que la moitié de la grosseur de la première. Lorsqu'elle se relevade dessus le baquet, deux grenouilles s'en élancèrent, et elles disparurent si vite qu'on ne put les saisir. Rapportée dans la chambre, elle se plaignit de rongeraents et de fouillements dans le ventre, elle fut prise de spasmes et se roula comme un peloton, en sorte que les plus grands efforts ne purent séparer ses membres. Au bout d'une heure, les spasmes cessèrent, la malade s'étendit, s'allongea; elle eut le délire, tantôt riant, tantôt pleurant, puis elle redevint tranquille et s'endormit. Au réveil, elle ne se rappela rien de ce qui s'était passé, ni de ce qu'elle avait dit. Dès ce moment, les spasmes reparurent, il est vrai, encore quelquefois, mais moins violents et sans tuméfaction du ventre. Ils finirent aussi par cesser, et cette fille jouit aujourd'hui d'une santé florissante.