OBSERVATION 54.) ET VENTRILOQUIE INVOLONTAIRE
Les observations des auteurs postérieurs, comme Gesner, Lentilius , Haïmes, etc. , n'offrent rien d'assez neuf pour que nous jugions nécessaire de les rapporter.
B. Imitation de sons inanimés.
La première observation de ce genre fut publiée par le docteur Marc, en 17^2; mais elle resta dans l'oubli jusqu'en 183/i, où une observation analogue de M. le docteur Plath vint exciter l'incrédulité de beaucoup de médecins. A cette occasion , le docteur Marc rappela le fait publié par lui A2 ans auparavant , en le reproduisant dans la Gazelle médicale de Paris.
De M. Plath (1). F. C. , âgée delhans, avait eu quelquesunes des maladies ordinaires de l'enfance, et s'était développée d'une manière tout-à-fait normale sous le rapport physique et sous le rapport intellectuel : toutefois il n'était pas possible de méconnaître une certaine prédominance des facultés intellectuelles. Mal portante pendant l'hiver et le printemps, elle fut attaquée , au mois de mai , d'une maladie inflammatoire du cerveau ; au moins lui prescrivit-on des sangsues à la tête, des vésicatoires à la nuque, et vraisemblablement aussi le calomel. Dans le cours de la maladie , il se manifesta peu à peu des mouvements involontaires dans les extrémités, revenant le soir, à la même heure. Ces mouvements ne se produisirent d'abord que dans une main ; plus tard ils se propagèrent et durèrent plus longtemps. Ce
(1) Heckers Annalleiider ges. Heilkundc, 1831, len., p. 19i.
1^2 "MUSCtJLATION IRRÉSISTIBLE (oBSEnvATiON 5A.)
fut au commencement de décembre 1831 que j'entrepris le traitement.
La malade paraissait avoir beaucoup maigri , et était petite pour son âge. A une première visite je la trouvai en proie aux mouvements convulsifs, qui , depuis six mois environ , avaient atteint le plus haut degré , en sorte qu'ils duraient alors sans interruption depuis sept heures du malin jusqu'à onze heures du soir, c'est-à-dire pendant seize heures. Les mains et les bras étaient incessamment agités de tressaillements brefs , mais violents, les doigts si fortement serrés sur les pouces incarcérés que l'on ne pouvait ouvrir les mains de la malade qu'avec de grands efforts. Le dos et les extréiriités inférieures étaient allongés ; ces dernières attaquées la plupart du temps de spasmes toniques; les doigts des pieds fortement fléchis sur la plante; la tête et le cou dans un mouvement perpétuel, tantôt de rotation , tantôt de balancement soit en avant et en arrière, soit de côté et d'autre. Les paupières étaient fortement dilatées, les globes fixes et un peu tournés vers le haut , les pupilles paresseuses, un peu . insensibles à l'irritation de la lumière. La bouche n'était pas fermée, ni les muscles de la face affectés ; lapoitrine se soulevait et s'ataissai tirés irrégulièrement ; des inspirations et des expirations longues et brèves, avec des soupirs, des gémissements et une toux sèche spasmodique ; pouls également petit et tendu aux artères des deux bras , modérément fréquent, isochrone avec les battements du cœur, qui n'offrait rien d'anormal sous aucun rapport. La région du cœur jusqu'à la rate, et particulièrement cette dernière , semblaient assez sensibles , la malade tressaillant à une pression même légère sur cette partie , et contractant douloureusement sa face.
(ousEUVATiON r./i.) £T VEN'IRILOQUIE INV&LONTAIRE. 123
Mciue dans les intcrmissions, elle se plaignait aussi d'une douleur dans celte région. Une place également sensible, très circonscrite , de la grosseur d'un schelling à peu près , existait au bord interne de l'épaule droite. La température du corps était tout-à-fait normale , la peau rigide et sèche , la tête un peu plus chaude, et la face pâle se couvrait souvent d'une légère rougeur. Les selles , qui avaient lieu tous les trois ou quatre jours , étaient très consistantes et de la couleur ordinaire. On n'avait remarqué aucune trace de vers. Les émissions d'urine étaient fréquentes et involontaires pendant les spasmes; l'urine elle-même semblait un peu plus claire que dans l'état de santé. Au dire des parents , depuis environ dix-huit mois, la malade n'avait pas pris d'aliments solides ; elle avait bu seulement, dans les interraissions nocturnes, beaucoup de boissons mucilagineuses , du lait, et rarement un peu de bouillon. Les spasmes, pendant lesquels la malade ne donnait aucun signe de connaissance , persistaient le plus souvent avec une égale intensité jusqu'à onze heures du soir, puis ils diminuaient peu à peu, et faisaient place à un sommeil paisible qui durait quelques heures. En s'éveillant, la malade se sentait très abattue et faible ; elle buvait souvent , dormait par intervalles quelques instants, et c'était vers le matin qu'elle avait les moments les plus lucides. Enfin , habituellement vers sept heures, souvent en venant encore de parler avec toute sa connaissance, elle était prise de quelques tressaillements de la tête et des extrémités ; la fixité de son regard et la rigidité de ses traits annonçaient l'approche d'un nouvel accès de spasmes qui atteignaient très promplemeut le degré d'intensité ordinaire. Au reste J'élat général était tel que l'on pou-
l^'l MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (obseuvation bà.)
vait douler au premier aspect que les forces suffissent pour le supporter encore huit jours.
La malade avait déjà usé de tous les antispasmodiques employés eu pareil cas , sans qu'aucun eût exercé d'influence sur la maladie. Dans ces circonstances, on se borna d'abord à administrer chaque jour un lavement de valériane et de camomille , à la suite duquel l'intestin fonctionnait régulièrement. Plus tard on fit un essai inutile avec aq. amygd. amar. concent. et digilalis; plus tard encore on donna sirychnin. à très faibles doses, médicament que la malade avait, déjà pris à doses considérables. Pour administrer les médicaments, il fallait profiter du peu d'heures où les spas-r mes cessaient dans la nuit.
Vers le milieu de janvier 1832, on entendit dans le voisinage de la malade un battement et un grattement plus ou moins fort , et à des intervalles différenls, absolument comme si l'on avait frappé du doigt sur le bord du lit et si l'on avait gratté avec l'ongle sur les planches. Les sons venaient si distinctement des environs du lit, que l'on ne douta pas qu'ils ne fussent produits par le frottement des pieds et des mains de l'enfant sur la couverture , erreur que fit promptement cesser l'enlèvement de cette couverture. On ne pouvait songer à une illusion de la part des parents de la malade. Celleci fut elle-même mise à différentes épreuves; le lit fut transporté à une autre place, défait , examiné partout avec soin , sans que les sons se modifiassent en rien, lorsqu'on recoucha la malade. On la transporta sur une chaise à l'extrémité opposée de la chambre , et bientôt après on entendit le battement et le grattement , avec cette seule variation qu'il semblait qu'on grattât cl qu'on frappât le bois de la chaise.
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Sans la prévenir, on transporta l'enfant dans une autre chambre et dans un autre lit; le même phénomène se reproduisit bientôt, et dès cet instant je pus exprimer la conviction que les sons semblaient tenir au voisinage immédiat de la malade; qu'ils ne provenaient , en outre, ni de sa bouche , ni des articulations de ses pieds et de ses mains ; qu'enfin ils n'étaient pas produits par quelque autre personne, soit à dessein , soit par hasard. Cette conviction fut partagée par beaucoup de médecins estimables et de laïques qui visitèrent la malade.
Ces bruits commencèrent du 42 au 13 janvier; ils augmentèrent de violence pendant quelque temps, puis ils diminuèrent et cessèrent peu à peu dans la seconde quinzaine de mars. Ils se faisaient entendre et pendant les accès de spasmes et dans les intermissions , mais jamais pendant le sommeil. Us étaient le plus forts vers le soir, et pouvaient évidemment être provoqués par des influences extérieures; il suffisait , par exemple, de frapper ou de gratter un corps dur; la réponse avait lieu immédiatement en un nombre de coups égal , dans la même mesure et avec la même force. Souvent l'appel d'une personne restait sans écho pendant plusieurs jours , tandis que celui d'une autre obtenait surle-champ une réponse. Plus tard, pour provoquer les sons, il suffisait d'en parler ou de fixer le nombre des coups. Chantait-on dans la chambre, ou faisait-on de la musique dans la rue , les sons marquaient souvent la mesure ; la nature des sons eux-mêmes variait, et les jeunes sœurs de la malade prenaient grand plaisir à provoquer des battements et des grattements plus ou moins rapides, plus ou moins sonores, des rongements , le bruit de la pluie , celui d'une goutte
^20 MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (observation 5i.)
(l'eau qui lonibc. Un des sous les plus curieux fut l'imitalion du bruit d'une scie ; mais il ne dura que deux jours.
Le lieu d'où provenait le bruit, était diversement indiqué par les différentes personnes qui étaient assises autour du lit de la malade. La malade parut d'abord s'inquiéter de ces sons; elle s'en plaignait beaucoup dans les intervalles lucides; une fois même elle dit que Ton travaillait sans doute à son cercueil. Cependant il est hors de doute qu'il était en son pouvoir de produire les sons à volonté , puisqu'un jour elle menaça de ces bruits avant qu'ils se fissent entendre. Je crus aussi avoir remarqué plusieurs fois que, pendant les spasmes, la malade riait en elle-même lorsque les sons répondaient si juste et si promptement à l'appel. Cependant on ne put rien tirer d'elle dans les instants où elle était éveillée et délivrée des spasmes; elle ne répondait pas, ou bien elle rompait brusquement l'entretien , prétendant ne rien savoir de ce qu'on lui disait et priant qu'on ne la tourmentât pas de questions.
Vers la fin de février 1832 , dans un moment où les spasmes étaient encore dans toute leur intensité, le battement cessa tout-à-coup, et l'on n'entendit plus que le bruitde grattement contre le bois du lit. On en enleva toutes les planches qu'on remplaça par une espèce de hamac en grosse toile, et l'on coucha la malade sur un matelas fort mince, sans couverture. Bientôt le grattement se fit entendre, comme si l'on avait gratté la toile du hamac. Dès ce moment ce bruit diminua aussi considérablement; il ne se laissa plus provoquer comme auparavant, au contraire, il était continuel dès qu'une personne du sexe masculin , ne fût-ce quele jeune frère de la malade , enftmt de 6 ans, s'approchait du lit ou le
(OBSERVATION 5i.) ET YENTRILOQUIE INVOLONTAIRE. 127
touchait. L'approche ou le contact des individus de l'autre sexe n'affectait pas la malade. Le bruit était surtout fort, lorsqu'on dirigeait les bouts des doigts vers le creux de son estomac, même à quelque distance. Si, au contraire, on s'isolait delà malade, en se couvrant, par exemple, la main d'un mouchoir de soie, le bruit cessait à l'instant. Un jour qu'on employa un mouchoir de soie en annonçant un mouchoir de coton , le grattement continua.
Un autre phénomène singulier était raconté. Dans un accès de spasmes, la malade s'écria plusieurs fois d'une voix anxieuse « Bernard, ne tombe pas », et peu de temps après, Bernard rentra la figure tout en sang. Une autre fois , également pendant un accès de spasmes, elle prit tout-à-coup une broderie placée près d'elle, et sans l'examiner, elle indiqua promptement une place oii un léger défaut se trouvait dans le travail.
Vers le milieu de mars, après avoir presque entièrement cessé, le grattement augmenta de nouveau à plusieurs reprises, et cela à l'approche d'un homme que la malade ne connaissait pas, et en présence de qui elle se montrait toujours confuse et rougissait, sans que les tressaillements eussent cessé. Sa mère lui ayant demandé si elle avait déjà vu ce jeune homme , elle répondit : oui , je l'ai vu en songe. Le bruit , au reste , se faisait , dit-on , entendre avant que le jeune homme fût entré dans la chambre. L'époque oiî ces bruits énigmatiques diminuèrent et finirent par disparaître, se caractérisa en partie par un retour de la connaissance plus ou moins notable, même pendant les spasmes; en partie par une agitation et une mobilité particulière pendant l'accès , offrant un contraste frappant avec la grande faiblesse de la
12S MUSCULATION IRRIÎSISTIIÎLE (obsebvatioi, SiJ.)
malade clans les intervalles lucides, et exigeant une surveillance attentive. Lorsqu'elle croyait ne pas être vue, elle se dressait tout-à-coup sur son lit avec une rapidité incroyable , sautait avec une grande agilité et beaucoup d'assurance sur un ciel de lit assez élevé , s'élançait subitement au milieu de la chambre avec une égale rapidité. Tous ces mouvements s'exécutaient constamment presque sans bruit, tandis que les spasmes continuaient encore dans presque toute leur violence^ et au réveil, la malade était si faible, qu'elle pouvait à peine soulever la main , loin d'être en état de sortir du lit.
La mère , femme bien pprtante de moyen âge s'étant un jour couchée aux côtés de sa lille, remarqua que les tressaillements diminuaient de violence. L'emploi régulier de ce moyen si simple amena peu à peu , dans le courant de l'été dernier, tous les jours à midi, une intermission d'une heure et demie pendant laquelle la malade dormit d'un sommeil paisible. Il était aisé aussi de s'apercevoir que les spasmes diminuaient d'intensité , quoiqu'ils recommençassent encore régulièrement à sept heures du malin et ne finissent complètement qu'à neuf heures du soir. Vers ce temps, la malade ne prenait que des aliments liquides; elle ne voulait rien de solide. Au mois d'août, une salivation spontanée, très abondante, se déclara et elle dura deux mois environ , après quoi elle fit place à une diarrhée séreuse , fréquente et d'assez longue durée , sans que la malade s'en trouvât affaiblie d'une manière notable. Depuis longtemps déjà les émissions involontaires de l'urine avaient cessé ; la malade possédait aussi sa connaissance à un bien plus haut degré , même pendant les spasmes. Dans l'automne dernier , elle commença à s'entretenir avec ses proches; jusqu'en février,
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elle continua de montrer beaucoup de réserve avec les étrangers. Elle comnîença, à celte époque, à s'occuper par moments dans la journée de travaux d'aiguille; elle se plaignait fréquemment de douleurs tiraillantes dans les reins et le ventre. Les seins ayant vers ce même temps commencé à se gonfler, le corps ayant pris de l'embonpoint d'une manière remarquable , la taille s'étant développée , ces douleurs pouvaient être regardées comme les prodromes de la puberlé , et la malade , qui ne prenait plus de médicaments depuis longtemps , reçut de légers ferrugineux , et de la teinture d'ellébore noir, mais sans résultat. La mère continuait à partager son lit, sans en éprouver une diminution des forces ni aucune incommodité. L'effet évidemment favorable de ce moyen donna l'idée, au commencement de l'été de cette année, de faire un [fessai avec un jeune chien, qui fut couché aux pieds de la malade. L'animal maigrit, fut pris de convulsions, et mourut enfin , tandis que l'état de la malade s'améliora sensiblement. Dans l'été , la malade fut envoyée à la campagne oij elle séjourna longtemps, et le grand air, joint à desbains de marc d'eau-de-vie, enleva lesderniers restes delà maladie. Aujourd'hui elle offre l'image de la plus parfaite santé.
Au mois de novembre 1833, les règles parurent. Les bruits ont été considérés comme une ventriloquie.
De M. Marc (1). J'ai eu, il y a quarante-deux ans, l'occasion d'observer un fait presque semblable, et il a fait le sujet de ma thèse inaugurale, publiée sons le titre de :
(1) Gazeue médicale, t. ii, n" 46, p. 726. 1834.
MUSCULATION IRKÉSISTinLF. (observation 55.)
Disserlalio inauguralis medica sislens hisloriam morbi rarioris spasmodici, cum brevi epicrisi; Erlangai 1792.
II s'agissait d'une fille de 11 ans, d'une constitution lâche, sujette à des affections vermineuses et muqueuses, qu'on avait combattues par une médication conforme à ces circonstances.
Vers la fin de février de 1791, elle fut prise, après un écart de régime, d'un vomissement muqueux et sanguinolent qui fut calmé par l'huile de momordica. A ce vomissement succéda l'excrétion menstruelle ; car malgré le jeune âge de l'enfant, elle était déjà réglée depuis quelque temps.
Huit jours après cet accident , on commença à observer chez elle, presque toujours vers onze heures de la nuit, de l'anxiété précordiale , de l'étouffement et des symptômes convulsifs qui souvent changeaient de forme et offraient un assemblage insolite de spasmes accompagné d'un état de somnambulisme. Ce somnambulisme, qui précédait ou suivait les accès, se manifestait assez souvent aussi pendant le jour , et lors de sa durée la malade se livrait , sans pourtant en avoir la conscience, à divers actes qu'elle avait l'habitude d'exécuter lorsqu'elle était dans l'état de veille,
La marche des accès était à peu près la suivante :
Immédiatement avant chaque accès, augmentation prodigieuse des forces musculaires; pouls accéléré, presque fébrile; hilarité accompagnée d'éclats d'un rire convulsif; bientôt rire sardonique; mouvements spasmodiques des yeux suivis de l'immobilité du globe de chaque œil ; refroidissement des extrémités inférieures; pâleur de la face; pouls petit, serré, tantôt intermittent , tantôt plus ou moins accéléré. Le sang paraît quitter la périphérie ; il se concentre vers l'in-
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térieur. Respiration petite et pénible ; bas-ventre dur, tendu bouffi. Surviennent ensuite des mouvements convulsifs des membres. Ces mouvements sont tantôt toniques, tantôt cloniques; parmi eux le trismus prédomine. Ils durent avec plus ou moins de violence pendant un quart d'heure, même une demi-heure, et se terminent presque toujours par quelques sauts précipités ou par plusieurs culbutes. Ces culbutes se répétaient quelquefois d'une manière étonnante. Un jour où la malade fut surprise à la promenade par son accès, je lui en ai vu faire une cinquantaine. Pendant que tout ceci se passait, elle conservait quelquefois sa connaissance , d'autrefois elle la perdait. Il survenait alors l'opisthotonos , le pleurotonos, l'angine spasmodique, rarement le tétanos universel, qui ne durait que très peu de temps. Peu à peu ces mouvements violents devenaient plus doux ; les membres se contractaient alternativement, c'est-à-dire que le membre supérieur droit était convulsionné en même temps que le membre inférieur gauche , et le membre supérieur gauche en même temps que le membre inférieur droit. Il survenait une sueur copieuse suivie quelquefois de sommeil. Après l'accès, la malade disait souvent avoir bien dormi, né* ressentait même quelquefois aucune fatigue , embrassait ses compagnes et se livrait avec elles à des jeux enfantins.
Ces accès arrivaient ordinairement le soir, après dix heures. On les faisait cesser quelquefois par des frictions aux pieds; mais presque toujours ils reparaissaient bientôt avec plus de violence.
Ils se comportèrent de la manière qui vient d'être dite, depuis la fin de février jusqu'au 14 avril. A cette époque se manifesta un phénomène des plus extraordinaires. Je le rappor-
132 MUSCULATION IRRÉSISTIBLt (obsedvatio.n 55.)
tei ai tel que je l'ai consigné dans ma tlièse, aliii qu'on puisse mieux juger sa similitude avec celui que le docleur Platli à fait connaître.
a Sic se habebat insultuum decursus , inde à fine februarii usque addiem IZiaprilis. Nunc vero novo quodam augebantur phaenomcno, difficillime explicando ! Strepitu scilicet in articulationibus, illi simili, quem mura rodendo in parietibus excitare soient, vel qui auditur, diim unguibus asseres transverse radimus. Hic strepitus in quamcumquo supellectilem , ab aegrola tactam, transire videbalur, ac si ex illa proveniret, non ex hujus corpore ; et supellectiles iugenio respondebatetindole,etvi;ita ut,exerapli causa, acgra sella imposita, strepitus in sellœ ligno quasi perciperetur. »
Le 16 et 17 avril, le même bruit fut observé, quoiqu'à un degré moindre. Le 17, on fit faire à la malade une promenade en voiture , et depuis ce moment elle n'éprouva aucun accès pendant huit jours; mais le 21 , après s'être bien portée pendant toute la journée , elle éprouva un accès vers dix heures du soir, et le somnambulisme se prolongea jusqu'à trois heures.
Jefle suivrai pas plus loin le journal de la maladie. 11 suffira de dire qu'une saignée fut pratiquée le 2 mai après un accès des plus violents ; qu'à dater de cette époque les paroxysmes devinrent de plus en plus faibles, et qu'ils cessèrent complètement vers la fin du mois.
Je n'entrerai dans aucune explication sur cette singulière maladie, bien que dans ma thèse j'aie cherché à en donner une. Toutefois je ne suis pas éloigné aujourd'hui de lui assigner une origine semblable à celle du cas dont parle le docteur Plath.
ET lUlYTUMlQUE. 133
Mon but principal était de coiilinner la vérité de l'observation de ce médecin , et je le puis avec d'autant plus d'assurance que non-seulement j'ai rendu les plus célèbres professeurs de l'université témoins du phénomène extraordinaire qui s'est offert à mon observation ; mais que je me suis méfié et garanti de toute déception en faisant mettre la malade dans un état complet de nudité, et en la portant ainsi , au moment où l'on ne s'y attendait pas, dans un appartement, sans que le bruit de grattement inexplicable ait cessé pour cela de se reproduire.