‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 66 sur 89 · OBSERVATION LXXXVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXXXVIII

De M. Babington (1) . Anne Villes, âgée de 20 ans, admise le II mars 1841, jeune personne au teint fleuri et forte, quoique délicate. On lui amputa le bras gauche le 24 mars, h cause d'une tumeur à l'articulation du coude. Le moignon guérit parfaitement, et elle quitta l'hôpital en bonne santé au milieu de mai.

Vers la fin de juin, le moignon éprouva pendant la nuit de violents tressaillements, à la suite desquels elle observa qu'il commençait à s'agiter en tous sens. Après une intermission d'un jour, le mouvement devint constant, et depuis il continuait sans interruption, tant qu'elle était éveillée. Dans le sommeil, on ne remarquait qu'un léger tremblement. Le mouvement du moignon consistait en une rapide alternative d'adduction et d'abduction. Aucune autre partie du corps ne paraissait affectée de la chorée. Pouls à 70, mou et régulier; action du cœur normale, pas de bruit' langue nette; selle régulière. La malade avait eu ses règles peu de jours avant l'opération, et elles avaient reparu quelques jours après; depuis ce temps, elles avaient continué de reve-

(1) Guyshospital reports. 1841. p. 423.

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ilir à des inlervalles de six jours, sauf une seule fois où l'inlervalle avait élé de quinze jours. Dans i'abi ence de la mens Iruation, elle se senlail plus mal. Elle fut admise de nouveau à l'hôpital le 18 août. Aucune espèce de changement ne s'est encore opéré dans son état, malgré l'application d'un cautère au moignon et l'emploi de fortes doses de sesqui-oxyde de fer.

On peut à peine douter que, dans ce cas, la cause de ce mouvement spasmodique incessant ne réside dans ce moignon lui-même, d'oij quelque nerf blessé ou comprimé communique l'irritation au centre commun dans la moelle épinière.

Ce cas intéressant se rattache à la chorée. Je ne crains pas de le regarder comme un exemple de celte affection pure. Les contractions sont plus violentes, incessantes et spasmodiques, en sorte qu'en employant toute ma force, je ne puis pas les empêcher; je puis seulement les diminuer à peine. Dans la partie supérieure le moignon n'est pas absolument tranquille, même pendantle sommeil. Si l'on admet cette affection comme une chorée véritable, on peut à peine refuser de qualifier de même les tressaillements spasraodiques si fréquents après les fractures des membres.

De M. Babington (1). S. M., âgée de 20 ans, vint me consulter le 30 novembre ISZiO. Elle était grande et bien portante en apparence ; pouls régulier. Depuis trois mois elle soignait une sœur qui mourut dans le courant du mois sui-

(1) Guys hospilal reports, p. 434,

(onsunTATlON 90.) DES EXTRÉMITÉS SUPliUIEURES. 209

vant, d'une attaque d'épilepsic , lorsque sa mère remarqua un spasme dans son bras gauche. Ce spasme devint de plus en plus fréquent et finit par se répéter toutes les trois ou quatre minutes. Lorsque je la vis , les accès ressemblaient justement à des chocs galvaniques , depuis l'épaule jusqu'à la main. Elle avait un peu de céphalalgie et de la constipation. Action du cœur normale. Du reste elle se portait bien. Un médicament apéritif suivi du sesquioxyde de fer à doses croissantes jusqu'à deux drachmes trois fois par jour, suffit pour la guérir entièrement en un mois.

De M. Babington (1). Sara Sandfort, âgée de l7 ans, malade depuis neuf mois, d'une constitution faible, a la fièvre depuis neuf mois. Un jour qu'on l'avait laissée seule, elle eut un accès violent de convulsions qui l'effraya beaucoup; cependant elle alla bien ensuite, et environ trois mois après, elle eut trente-cinq accès successivement en un jour.

Trois jours après, elle tomba dans la rue et perdit l'usage du côté droit; sa main et son bras restèrent tout-à-fait engourdis. Dès lors, son bras droit et la nuque sont agités de convulsions. Elle éprouve quelques difficultés à avaler. Peau moite, transpiration abondante, bon appétit, jamais de selle sans remède, et depuis trois semaines, pas d'émission d'urine sans l'emploi du cathétère. Les mouvements convulsifs de la nuque et du bras sont constants, excepté pendant le sommeiL

Malgré l'emploi du mercure, de l'acide hydrocyanique, du fer, de vésicatoires, du zinc, de la coloquinte, etc. , le plus

(i) Guys hospilal reports, p. 434.

TiCS (OBSERVAT. 91 ET 92,)

léger cliangeiiieul ne s'est pas encore fait remarquer depuis l'admission. Le irailemenl coniinue.

De Smilh (1). Sara Wheeler, âgée de 12 ans, admise le 5 novembre 1839, ayant été sujette à une chorée pendant cinq semaines. L'affection est restreinte au bras droit el à l'épaule, qui sont dans un mouvement perpétuel. Elle attribue les attaques à une peur causée par les menaces de sa maîtresse d'école. Elle prit pendant quelque temps le sulfate de zinc et le scsquioxyde de fer; puis on eut recours à l'électricité. Des étincelles furent tirées trois fois de l'épine dorsale avec un résultat très satisfaisant, lorsqu'elle quitta l'hôpital.

Le 20 décembre, elle revint à l'hôpital; les mouvements involontaires des membres avaient recommencé comme auparavant. On prescrivit une poudre de rhubarbe pour essai, et on tira des étincelles de l'épine dorsale trois fois par semaine.

14 janvier 18/iO. Elle a suivi le traitement régulièrement, son état s'améliorant de jour en jour. Ce jour-là elle sortit parfaitement bien portante.

DeJ. E. Wichmann (2). Une femme se frappait quelquefois la poitrine à coups de poings pendant un quart d'heure, avec la plus grande violence. Pour qu'elle ne se meurtrît pas

(1) Guys hospital reports, p. 93.

(2) Ideen /ur Diagnoslik. Hannoyer. 1794, p. 140.

(Obsehvation 93.) DES EXTRÉMITÉS SUPÉRIEURES. 211

le sein, on lui mil en travers de la poitrine quelques mains de papier. En peu de temps les feuilles furent tontes battues et presque lacérées, comme aurait pu le faire un relieur en les battant de toute sa force.

D'Itard (1). Une jeune dame fut affectée, à la suite de chagrins, depuis un an , d'accès de convulsions qui débutaient par une raideur tétanique qui s'empara du tronc et des membres et se terminait par un cri perçant pareil à ceux qu'arrache une terreur soudaine. Alors, par un mouvement involontaire imprimé à ses deux bras , la malade se frappait le creux de l'estomac à coups de poings redoublés, très vigoureusement assenés et qu'on pouvait entendre de la pièce voisine, et cela sans délire, sans perte de connaissance, sans aucun trouble de sens interne. Seulement , comme cet état de spasme était partagé par les muscles de la respiralion et du larynx, elle ne pouvait s'exprimer qu'à voix basse, par mots entrecoupés et faiblement articulés ; souvent ces mouvements convulsifs étaient suspendus pendant quelques minutes par le retour du spasme tonique, qui, comme au début de l'accès, se terminait par un cri, auquel succédait immédiatement leretour.des convulsions. L'accès durait ainsi depuis vingt-cinq minutes jusqu'à deux heures. Alors succédait un assoupissement comateux qui ne se dissipait complètement que le lendemain malin, laissant encore les facultés mentales dans cet état de torpeur qu'on observe à la suite de violents accès d'épilepsie. Elle guérit par des vésicatoires

(1) Loc. cit. p. 396.

■l'f^S (observât. 9i KT 95.)

appliqués ù la région gaslriqiiO;^ cl par l'usage des bains froids de rivière.

OBSEUVATION XCIV.

De Bird (J). Elisabeth Raven , âgé de 16 ans,' jouissan( auparavant d'une santé généralement bonne, réglée depuis trois mois. La menstruation ayant été supprimée, elle fut prise de mouvements involonlaires dans la •main cl le bras droils, lesquels augmentèrent d'inlensitéjusqu'ù l'époque actuelle. On eut recours à l'électricité au mois de juillet 1838. Des étincelles furent tirées de l'épine dorsale ; et l'on fit également des décharges sur le bassin. Après que l'électricité eut été appliquée cinq fois, les cataménies reparurent et la choréc cessa. La jeune fdle continua à se bien porter jusqu'au 19 novembre, oii les règles n'ayant point paru à l'époque , elle revint à l'hôpital. Quelques décharges électriques sur le bassin amenèrent la menstruation , et elle sortit parfaitement bien portante.

OBSERVATION XGV.

De Niese (2). Une dame de 21 ans, du reste bien portante, souffrait depuis deux ans de spasmes qui s'étaient manifestés subitement et avec une sensation de pesanteur particulière dans le bras droit, et y avaient laissé, outre cette sensation, une certaine raideur. Les accès avaient lieu à des intervalles plus ou moins longs. La malade perdait connaissance ; le plus souvent elle tombait tout-à-coup à terre et sa

(1) Guys hospilal reports, i84\, p. 92, cas. 3.

(2) P/((/7'/Praclisclie uml crilisclie Miuiie lungen. 1837. Ilefi U timl 10.

(obseuvationOG.) des EXTIIÉMITÉS SUPÉRIEURES. 213

respiration était râlante. Lorsqu'elle sortait de cetOlal, elle avait l'air tronblé, délirait, et lorsqu'elle était enfin revenue à elle, elle se plaignait d'un grand abattement. Quoique les accès ne fussent pas toujours aussi violents, la malade éprouvait fréquemment des spasmes et des liraillemenls dans les 6ras, communômenl dans le droit, sans perdre toute fois connaissance. A l'exploration du dos, on trouva les dernières vertèbres cervicales et les premières dorsales sensibles à une légère pression. La maladie fut considérée comme une cliorée ayant son siège dans la moelle épinière. On employa les sangsues, les saignées, un onguent composé de campbre et de mercure , ainsi que le carbonate de fer. La malade fut guérie, mais elle eut une rechute après son mariage.

OBSERVATION XGVI.

De M. Babington (1). Lucy Ilooke, admise le 16 décembre 18A0, âgée de 17 ans, d'une constitution nerveuse, d'une complexion pâle, s'était fracturé le bras gauche dix ans auparavant ; mais elle n'avait jamais souffert des suites de celte fracture. Depuis ce temps, soumise à de rudes travaux, elle ressentait beaucoup de douleurs dans les muscles.

Il y avait cinq semaines qu'une chorée s'était déclarée dans ce bras, et elle persistait. A l'exploration, on sentit une tumeur de l'os à la partie antérieure du radius, près du pli tlu coude. — Menstruation régulière, action du cœur normale.

11 est inutile d'entrer dans des détails au sujet du traitement qui fut suivi dans ce cas ennuyeux. Apéritifs, toniques,

(1) Guys liospilal rCiiorls. 1841, p. 422.

(OBSEnVAÏION 97.)

ferrugineux, applicalion locale du niirale d'argent le long des nerfs furent employés, ainsi que divers liniments stimulants, mais sans beaucoup de succès. Les douleurs qu'elle éprouvait disparaissaient lorsque la cliorée commençait, et revenaient après l'application du nitrate d'argent. L'insuflisance de la menstruation engagea à employer les bains chauds, des scarifications furent faites contre les maux de tête et de reins ; l'électricité fut appli<iuée au bras; finalement, on eut recours à l'arséniate de potasse, mais sans résultat notable, jusqu'à la fin de mars où, après un intervalle de neuf semaines, lescataménies revinrent avec abondance. A la fin du même mois, la santé, en général, était beaucoup meilleure et la chorée avait entièrement disparu.

L'excroissance osseuse de V avant-bras, la douleur que la malade y éprouvait, la cause qu'elle y assignait, et l'apparition subséquente de la chorée, tout me porte à croire que le mouvement désordonné était dans ce cas la conséquence d'une irritation locale des nerfs du bras.

De Bird (1). James Spriggs, âgé de 45 ans, portier, 12, Compton-Slreel, entra dans le dispensaire de Finsbury, en novembre 18/iO. Il était atteint d'une dyspepsie gastrique folliculaire ; dans la journée, fréquents accès de vomissements d'un liquide muqueux. Mon attention fut attirée par l'étal remarquable des mains de ce malade. Elles étaient à moitié fléchies surl'avant-bras, comme les doigts l'étaient sur la main, et dans un mouvement continuel, alternativement

(I) Ibid., p. 96,

(observation 98.) DES EXTRÉMITÉS SUPÉRIEURES. 215

llécliies el étendues, par moments accomplissant des mouvements de rotation imparfaite, comme les bras d'un malade attaqué d'une chorée.

S'il pensait à ses doigts, ou s'il voulait essayer de les tenir tranquilles, les mouvements augmentaient rapidement. Les pouces s'agitaient beaucoup moins que les doigts. Il était presque impossible de distinguer les pulsations de l'artère radiale, à cause des tressaillements continuels des tendons. Après l'avoir guéri de sa dyspepsie, je lui prescrivis l'emploi de l'électricité. Les étincelles électriques devaient être tirées de la partie supérieure de l'épine dorsale. J'espérais le délivrer par ce moyen de ces mouvements involontaires pénibles. Effectivement, ils diminuèrent considérablement, après qu'il eut suivi ce traitement pendant une quinzaine de jours. Il était en état de saisir une carte mince entre les doigts el le pouce, et de la tenir pendant quelques instants. Un examen attentif me prouva que cette curieuse affection était congéniale ; elle avait continué presque sans changement depuis son enfance jusqu'à cette époque.

De Itard (1). Un homme qui avait passé la soixantaine, me consulta sur un mouvemeinent spasmodique qui s'emparait de sa main droite quand il l'avait exercée à un travail quelconque. Ce mouvement consistait dans un rapprochement subit du pouce, de l'index et du médius, lesquels ainsi réunis à leur extrémité, de manière à ne pouvoir être facilement séparés, se mettaient à exécuter de petits mouvements d'al-

(1) Loc. cil., p. 395.

'■^^■^ (observation 99.)

longenienl et de raccourcissement absoliiineni pareils à ceux que nécessite l'action d'écrire. Ce petit accès convulsif durait souvent plus de deux heures, et s'accompagnait d'un malaise cérébral, qu'augmentait tout effort de la volonté pour réprimer ces mouvements désordonnés. Un mois après, il avait été emporté par une attaque d'apoplexie.

OBSEnVAïION XCIX.

De Gierl (1). Il y a environ neuf ans qu'un homme de 50 ans, d'ailleurs parfaitement bien portant, fut pris, sans cause, d'un tressaillement dans les doigts de la main droite, dont on se sert ordinairement pour écrire. Il pouvait faire tout autre mouvement avec cette main et avec les doigts, comme avec la gauche, sans en éprouver la moindre incommodité. Depuis cette époque, le mal avait beaucoup augmenté en intensité. Le tressaillement se déclare dès que le malade prend en main uo crayon ou une plume et se dispose à écrire. Il consiste d'abord en un mouvement un peu fort et rapide du pouce, de l'index et du médius, avec une sensation de pression particulière, comme d'un clou, sur le dos du métacarpe. Une demi-minute d'effort pour écrire suffit pour augmenter le tressaillement dans les tendons des fléchisseurs et des extenseurs du bras jusqu'au coude, à tel point que l'œil peut suivre le jeu des muscles. Outre ce tressaillement, le malade se plaint d'une sensation dépression au côté externe du bras, au point d'attache du deltoïde. S'il persiste à écrire, il se déclare aussi un tressaillement dans les muscles du bras. Cet état est or-

(1) OEiïmilUclie Consiiluuion ubereineigonlhumlichps Zillern derllaiid beym Sciiveiben. Lindau. 1832.

(oBS.lOOETlOl.) »ES EXTRÉMITÉS SUPÉUIEUIILS. 217

dinairement accompagné d'un malaise général, le malade est inondé de sueur et se trouve sur le point de tomber en syncope. Pose-t-il la plume, toute sensation désagréable disparaît et il se porte aussi bien que qui que ce soit. Il peut soulever de lourds fardeaux, exécuter avec les doigts les travaux les plus délicats; seulement, il lui est impossible d'écrire. Tous les médicaments administrés restèrent sans effet.

De Eitner (1). Ce médecin raconte qu'il a souffert, il y a quelque temps, d'une affection semblable, d'abord une fois seulement par jour, et plus fréquemment dans la suite. L'accès commençait par un engourdissement de la main, suivi d'un fourniillemeutdouloureux, etse terminait par quelques secousses électriques, qui faisaient mouvoir involontairement les pouces. Plus tard, le mal attaqua aussi le second et le troisième doigts, se réfléchissant au côté radial de l'avant-bras jusqu'au coude. Pour guérir promptement cette affection, il lui suffit de s'abstenir sévèrement de manger trop vite, de prendre des aliments trop chauds, de s'échauffer, de boire du café ou du thé, enjoignant à ce régime l'usage de acidum muriaticura camphoratum (intérieurement ou extérieurement ? ), et des bains froids.

De Ileyfelder (2). Un homme de 50 ans, qui souffrait quelquefois d'un prurit héraorrhoïdal au périnée, était affecté, de-

(1) Mediciniscli-cliiiurgisclie Zeituug. 1832. Vol. ii, u" 29.

(2) Mcdicinische Zeitung des Vereins l'ur lieilkunde in Preussen. '1835- IV 1.

218 TICS DES MUSCLES (obseov. 102et 103.)

puis ireize mois, d'un Ircssaillemenl loul pailiculier de la main droite , qui ne se déclarait que quand il posait la main sur le papier pour écrire. Aucune autre occupation ne provoquait cet accès ; il pouvait tailler sa plume, se raser , jouer du piano, maisà peine commençait-il àécrire que le tressaillement paraissait. Ce tressaillement était plus fort le matin que le soir. Il l'était aussi quand le malade avait pris du café ou du thé, ou après de violentes émotions. Le mal résista à tous les médicaments.

D'Albers(l). II a observé trois cas analogues chez des hommes. Chez deux, on ne remarquait aucun autre symptôme morbide; le troisième présentait, en outre, un mouvement traînant et fauchant des pieds. On employa inutilement toute sorte de médicaments à l'intérieur et à l'extérieur, l'électricité, les vésicatoires, les frictions de tartre stibié , la noiv vomique à fortes doses, les moxas, etc.

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