VI. — Chorée électrique
C'est en procédant par voie d'exclusion que nous avons commencé l'appréciation des faits pathologiques, et relégué hors du cadre de la véritable folie musculaire la fausse chorée ou hypercslhésie musculaire. En suivant la même méthode, nous trouvons, sous le n°s 49 et 50, deux observations intitulées chorées, mais tellement dillérentes de cette maladie , qu'oa y a ajouté i'épithète d'électriques, pour les distinguer de la chorée ordinaire. C'est le docteur Dubini qui, le premier, a dirigé l'attention des praticiens sur une maladie qui présente parmi ses phénomènes quelques mouvements choréiques, mais qui ne peut pas être classée dans la famille des véritables folies musculaires. M. Dubini a donné communication de cette maladie à la septième session du congrès des savants italiens qui s'est tenue à Naples en 1845. Un très-long Mémoire, contenmt le déveioppeineiit de ses expériences, a été publié dans les Annali univers, de Medicina. Milauo, 1846, p. 1. L'extrait suivant de ce Mémoire, en offrant la description de la maladie, suPlira pour faire ressortir la différence entre elle et la chorée. Les observations de M. Tattij de Crémone, relatées sous les 49 et 50. confirment les assertions de M. Dubini , et constituent tout ce qui, à notre connaissance, a été publié sur cette maladie étrange. Nous terminerons ce paragraphe par une note qui est également de M. Tatti.
Extrait du Mémoire de M. Dubini.
Cette maladie, encore peu connue et nulle part décrite, n'est pas rare. L'auteur en a observé 38 cas en neuf ans. Elle se caractérise par des secousses musculaires qui se succèdent à des
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intervalles différents et qui se ressemblent toujours comme s'ils étaient produits par des secousses électriques. Ils se produisent d'abord dans un doigt, dans une extrémité, le plus souvent dans le bras droit ou dans un côté de la face, surtout dans le droit, et, en quelques jours, ils s'étendent sur toute la partie du corps correspondante. Aces mouvements électriques, presque continuels, s'en joignent d'autres de nature spasmodique, au nombre de 2, 3, 4 et plus en vingt-quatre heures, pendant lesquels les contractions musculaires beaucoup plus violentes accélèrent tellement le pouls que l'on devine l'existence d'une fièvre réelle, d'autant plus que la peau est couverte de sueur. Dans l'apyrexié, le malade recouvre sa gaieté et son appétit. Quand la maladie dure longtemps, les membres finissent par se paralyser.
La cause de la maladie était le plus souvent une frayeur. Elle attaque principalement des individus sains et robustes de 7 à 20 ans; cependant elle se manifeste aussi chez des personnes plus âgées, de même que chez des femmes enceintes. Elle a toujours été sporadique et a été observée dans toute saison. Chez plusieurs individus, l'accès était précédé de douleurs dans la tête, la nuque, le long de la colonne vertébrale. Quand la maladie se déclare, les muscles moteurs de la paupière, de tout le côté de la face, de la langue, du bras, du tronc et de l'extrémité du même côté sont toujours agités de contractions violentes et très-fréquentes. Les contractions par secousses, qui se distinguent de celle de la chorée ordinaire en ce qu'elles sont tout à fait identiques, font que les yeux, la bouche, la langue, la tête, inclinent de plus en plus vers le côté malade, et que toutes les parties des extrémités supérieures et des inférieures se contractent subitement par secousses. Cet état persiste jusqu'à l'amen-
FOLIE MUSCULAIRE. IGI
dément de la maladie, et quelquefois il ne laisse aucun repos au malade, même dans le sommeil. On a vu les contractions se circonscrire à une main, à quelques doigts, et seulement au bout de 30 à 40 jours, s'étendre à tout un côté du corps. Après l'accès, le côté du corps affecté est paralysé en partie. Si la maladie fait des progrès, les contractions musculaires deviennent de plus en plus fréquentes, et s'étendent sur tout l'autre côté du corps 5 mais elles diminuent de plus en plus d'intensité jusqu'à ce qu'elles finissent par cesser. Le malade tombe alors dans un coma; la face devient livide, la respiration gémissante, le globe de l'œil se renverse, la conjonctive s'injecte, la cornée s'e\ulcère quelquefois, le pouls devient pauvre, et la mort arrive souvent après une agonie de 24 à 48 heures.
La maladie peut durer un , deux , trois mois et même plus longtemps.
A l'autopsie, on n'a remarqué le plus souvent qu'une faible congestion veineuse des méninges. Ni la forme, ni la substance, ni la couleur du cerveau n'était changée ; quelquefois seulement on a trouvé la substance blanche un peu injectée. Dans trois cas seulement, on a observé un ramollissement dans le thalamus gauche des nerfs optiques.
La maladie défie tous les médicaments 5 on peut dire que la mort est la règle, et la guérison l'exceplion. Les antiphlogistiques les plus énergiques n'ont servi qu'à accélérer la mort. La belladone a provoqué un délire , les drastiques et les vermifuges n'ont rien produit. On n'a pas retiré une grande utilité de l'extrait spiritueux de la noix vomique, non plus que de strychynine, de quinine, d'opium, du fer hydrocyanique. Les seuls médicaments qui aient paru exercer un effet salutaire sont les fleurs de zinc avec la valériane et l'extrait de jusquiame. Dans
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les deux seuls cas où le traitement a réussi, on a employé la médication suivante :
1. Un garçon de 14 ans fut attaqué, à la suite d'une indigestion, des premiers mouvements convulsifs de la chorée électrique. Les maux de tête déterminèrent à appliquer d'abord des sangsues aux tempes, puis on donnai electuaire de Bremser. Les spasmes augmentèrent de violence. On eut alors recours à un mélange d'un grain de fleurs de zinc et d'un scrupule de valériane six fois par jour. La première dose sembla exacerber l'accès et provoquer des troubles du canal intestinal; mais ensuite les accès diminuèrent de violence et de fréquence, et ils cessèrent bientôt entièrement.
2. Une jeune fille de 16 ans fut affactée d'accès fréquents et très-violents de chorée électrique ; ils s'étendirent bientôt sur tout le corps. On prescrivit une saignée, les drastiques, les sangsues au cou, une infusion de valériane et d'arnica, puis enfin, la malade se trouvant dans le plus grand danger, on lui coupa les cheveux, on lui appliqua un vésicatoire sur la tête, et on lui fit des frictions d'onguent mercuriel sur le cou. Au bout de quelques heures, elle se plaignit du vésicatoire, et les accès ne revinrent qu'à de longs intervalles. Elle fut guérie au bout de huit jours. Les mêmes médicaments n'eurent pas le même succès en d'autres cas.
La chorée électrique se distingue de la chorée par les caractères suivants, d'après M. Dubini :
Chorée. Chorée électrique.
1. Mouvements irréguliers, 1. Ebranlements semblables partiels ou généraux, se modi- à des secousses électriques , fiant à chaque instant, et pro- surtout du côté droit. L'identité