La mort est la règle ; la guérison, l'exception
Note de M. Tatti.
Selon l'auteur, la maladie attaque de préférence Ics jeunes gens de 7 à 20 ans ; elle ne se manifeste pas chez un individu affecté de pellagre ou qui y est disposé; ce nest pas un mal héréditaire; la peur en est la cause ordinaire. La maladie est précédée d'insomnie, d'inappétence, de disposition à la tristesse. Les tressaillements musculaires se déclarent ensuite subitement, se renouvellent à des intervalles plus ou moins longs et avec un certain rhythme, comme s'ils étaient produits par des décharges électriques répétées. Ces tressaillements ont toujours lieu de la même manière et dans les mêmes muscles. Peu à ptu tous les muscles d'un côté du corps en sont affectés; il se manifeste aussi alternativement avec les accès des symptômes de paralysie des muscles aÏÏectés. Les tressaillements cessent dans le sommeil.
<94 nULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HOMfJi: OPATHIQUt.
L'appétit disparaît entièrement peu à peu ; il y a une constipation constante; le sang tiré est normal Les accès se répètent plusieurs fois par jour et durent de 4 à 10 minutes, avec pouls accéléré, peau brûlante et inondée de sueur, A la fin des accès le malade est en proie à l'insomnie, à do tristes pressentiments; ses forces baissent, sa face pâlit. La partie correspondante de la langue et du gosier participe à la paralysie des muscles, et le malade meurt d'apoplexie. La durée de la maladie varie de un à six mois. La méthode antiphlogistique, employée énergiquement,ne sert qu'à hâter la mort.
VIL — • Chorée rheumo-cardique.
Nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion d'émettre l'opinion que la chorée n'est qu'un symptôme commun à plusieurs maladies différentes. Convertir ce symptôme en signe serait certainement la plus belle conquête dont un médecin pût s'enorgueillir. Loin de nous la pensée d'aspirer à de si hautes destinées-, toutefois nous essaierons d'esquisser quelques formes de maladies dont les mouvements choréiques involontaires nous paraissent constituer une partie essentielle.
Quiconque lira avec un peu d'attention les cinquante-quatre faits d'anatomie pathologique relatés, ne pourra manquer d'observer que dans quatorze de ces observations, les affections du cœur et de ses enveloppes se sont montrées constantes. Ces 14 observations portent les nûs l, 2, 9, 10, 29, 30, 31, 34, 35, 37, 38, 47, 51, 52. Nous croyons donc avoir quelque raison d'engager les praticiens à ne jamais négliger chez les malades affectés de chorée l'investigation scrupuleuse de cet organe, à l'exemple des médecins anglais, parmi lesquels nous
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nous plaisons à signaler MM. Babinglon, Bright et Ilughes.
S'il est certain que, dans un grand nombre de cas, celte investigation donne un résultat négatif, il est également avéré que, dans beaucoup d'autres, l'affection du cœur ou de ses enveloppes ne fera pas défaut 5 et c'est alors qu'on pourra, avec quelque raison, classer les mouvements involontaires parmi les signes des lésions du cœur.
Dans l'observation 41 , des troubles du cœur sont constatés chez le malade en vie, et cependant à l'autopsie, aucune mention n'est faite d'une affection pareille. A cette objection trèsgrave, nous pouvons répondre que l'auteur, tout occupé de chercher le siège de la maladie dans le centre céphalo-rachidien, parait avoir négligé l'inspection du cœur, puisqu'il n'est pas même question de cet organe.
C'est à dessein que nous nous servons de l'express; on d'affection cardiqne, et que nous évitons de préciser le siège du mal, de le fixer dans le péricarde, dans l'endocarde, etc., car le peu de précision apporté à la rédaction de la plupart de ces observations rend toute dénomination exacte presque impossible. Du reste, nous ne pouvons et ne voulons présenter au lecteur qn'une esquisse, et non un tableau fini.
Nous devons encore ajouter que, dans la plupart de ces seize observations, la chorée ayant été ou précédée ou accompagnée d'une affection rhumatismale, c'est à bon droit que nous avons cru pouvoir appeler ces formes de chorée, des chorées rheumocardiques.
La littérature médicale fournit plusieurs exemples de guérison des chorées rheumo-cardiques. Ils nous paraissent trouver naturellement ici leur place.
De R. Bright (1). — Il y a environ douze ans, je vis en consultation une jeune personne menstruée irrégulièrement, qui souffrait de rhumatisme articulaire; plusieurs jointures étaient gonflées et douloureuses; elle venait d'être prise en même temps de mouvements choréiques- le cœur était tumultueux, et la malade y rapportait une sensation pénible; le pouls était précipité, irrégulier; on percevait à la région précordiale un frottement distinct. Je suis persuadé qu'il y avait péricardile. Uu traitement local et général fut prescrit et amena une guérison complète.
Peu de temps après, je soignai à l'hôpital un homme de peine affecté de douleurs rhumatismales. Il fut pris également de péricardile et de chorée, et il se rétablit lentement.
Je traitai en 1837 une jeune femme pour un rhumatisme aigu. Au moment de la convalescence, je remarquai dans les mains quelques mouvements particuliers qui me firent soupçonner le début d'une chorôe. J'examinai le cœur, et j'y constatai des symptômes qui, rattachés au rhumatisme antécédent, ne me laissèrent pas de doute sur la péricardile. J'administrai le calomel, l'opium et l'antimoine. La chorée acquit en peu de jours son développement complet,mais elle diminua par degrés en même temps que la péricardite, et la malade sortit guérie de l'hôpital.
Consulté presque à la même époque pour le fils d'un médecin âgé de 7 ans, je trouvai, outre les signes les plus évidents d'une maladie de cœur, la respiration très-courte, haletante, et
(I) Metlico-chiruigicae transactions, vol, IV. 1839. — Archives générales 1 840, p. 242.
l'œdème commençant aux pieds; dans les deux dernières années, cet enfant essuya deux atteintes très-graves de rhumatisme, compliqués de péricardite; les deux fois il fut pris d'une chorée si forte qu'il se jetait d'un côlé du lit -à l'autre, et qu'on était obligé de le surveiller continuellement pour qu'il ne se blessât point. On parvint à amender simultanément tous les symptômes.
En ce moment même, je donne des soins à un jeune garçon qui a présenté une succession pareille de ces maladies j- il est encore rhumatisant, bien que la chorée ait disparu.
54e OBSERVATION.
De Bahinyion (1). — Anne Clay, âgée de 15 ans, ayant toujours joui auparavant d'une bonne santé, fut, le 16 noyembre dernier, exposée à la pluie, et ne put pendant quelques heures changer de vêtements. Le lendemain matin elle fut prise de maux de tète, avec vertige et frissons, et, au bout d'un ou deux jours, un rhumatisme aigu attaqua les membres. D'abord le genou et l'articulation du pied gauche, puis l'articulation du pied droit, et successivement toutes les jointures devinrent enflammées et douloureuses. Elle resta neuf jours dans cet état, jusqu'au 25 novembre, où elle entra à l'hôpital, présentant tous les symptômes ordinaires d'une fièvre rhumatismale. On percevait un fort bruit au premier coup du cœur, ce qu'on regarda comme un symptôme d'un état morbide et probablement inflammatoire des valvules de l'aorte. On employa le calomel jusqu'à la saUvation, l'antimoine, l'opium, le colchique et les bains de vapeur. Les douleurs et l'enflure diminuèrent, mais les symptômes d'inflammation rhumatismale du cœur et du péricarde persistèrent obstinément.
(1) Guys hospital reports. 1841 p. 420.
'ISS BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HOMCEOl'ATHIQUE.
Le rapport du 8 décembre servira à montrer les progrès de la maladie. Ce jour-là la malade ne fut pas aussi bien, les membres étaient très-douloureux, et une douleur aiguô, à l'inspiration, se faisait sentir sous la mamelle gauche. La langue était cependant nette, la peau fraîche et disposée à la transpiration, le pouls à 124; un bruit de craquement à la partie affectée se faisait entendre dans l'inspiration, bruit qu'on attribua à une pleurésie, à cause de l'acuité de la douleur et de l'absence de toux et d'expectoration. On adopta un traitement actif contre cette attaque inflammatoire.
Le 10, la poitrine ne causait plus aucune douleur, mais les membres étaient plus douloureux qu auparavant. Ce jour-là, on remarqua pour la première fois des mouvements involontaires dans la main gauche et la langue, avec contraction spasmodique de la bouche.
Le 12, la maladefut fort mal à son aise; selle; pouls à 136. Frottement du péricarde moins fort ; mais action du cœur plus tumultueuse. A deux heures après-midi, le mouvement de la main gauche et du bras devint beaucoup plus violent, en sorte que la malade demanda elle-même qu'on lui liât les bras. Face par moment tordue par les contractions.
Le 16, ces mouvements avaient entièrement cessé, et une quinzaine de jours après, Anne Blay quitta l'hôpital en état de convalescence.
Dans ce cas, je regarde comme douteux si la chorée était l'effet de quelque inflammation rhumatismale de la membrane du cœur ou de celle du péricarde, inflammation qui, ayant été enlevée, n'aurait exercé que temporairement son effet.
FOLIE MUSCULAIUE.
56e OBSERVATION.
De Hughes (1).— Jeune fille de 15 ans, qui depuis quatre mois était atteinte de chorée, et qui était déjà entrée à l'hôpital pour en être traitée.
Elle en était sortie au milieu de décembre 1843, dans un état beaucoup plus satisfaisant. Elle y rentra le 16 janvier suivant, atteinte, depuis sept jours, d'un rhumatisme articulaire aigu. A cette époque, les mouvements choréiques étaient des plus prononcés, et ils prenaient surtout une grande intensité lorsqu'on adressait la parole à la jeune malade. Douleur à la pression, à la région précordiale ; bruit de souffle systolique au cœur ; le rhumatisme occupait principalement le genou droit. Les jours suivants, les autres articulations se prirent, et le 20, la malade était dans un état très-grave; le pouls à 120 , la face rouge , la peau chaude, le bruit de soufflet très-intense. Sous l'influence de l'opium, du calomel et du vin de colchique, son état s'améliora , bien qu'elle n'eût éprouvé ni salivation, ni diurèse. Le 30, le rhumatisme avait complètement disparu, mais la chorée et le bruit de soufflet persistaient encore. Alors on lui administra des préparations de zinc à la dose de 3 grammes par jour, qu'on porta graduellement jusqu'à 12. A partir du 13 février, les mouvements choréiques perdirent de leur intensité, et lorsque la malade sortit de l'hôpital le 30, elle était parfaitement débarrassée de sa chorée et de son endocardite.
VIIL — Chorée utérine.
Dans deux cas, n°s 12 et 15, l'autopsie cadavérique a fait découvrir des altérations de l'utérus et de ses annexes. Nous nous
(1) Jbid. 146. p.
croyons d'autant plus autorisé à admettre une forme de chorée utérine, qu'il n'est pas rare de voir des femmes enceintes affectées de mouvements choréiques qui, le plus souvent, cessent d'eux-mêmes lorsque le terme de la délivrance approche. Nous avons observé un cas pareil chez une jeune personne de 31 ans qui avait le plus grand intérêt à détourner l'attention de son médecin de tout ce qui aurait pu lui faire soupçonner une grossesse. L'intensité de la chorée décida le médecin, après d'inutiles essais d'autres médicaments, à administrer la strychnine . Le mal semblait plutôt augmenter lorsqu'un avortement survenu tout-à-coup mit un terme à la chorée au grand ébahissement du médecin et de la famille.
C'est M. Lisfranc qui le premier, à notre connaissance, a dirigé, dans sa clinique chirurgicale de la Pitié (1), l'attention des praticiens sur la corrélation de la chorée avec les aifections de la matrice. Voici son observation.
Une jeune personne âgée de 18 ans, d'une constitution nerveuse et sanguine, était affectée de chorée depuis trois années. Les moyens ordinaires avaient été mis en usage presque sans succès -, les amendements obtenus par leur emploi ne s'étaient pas soutenus.
La danse de Saint-Guy siégeait sur la face, sur la langue et sur les membres thoraciquesj elle était très-développée. La menstruation offrait beaucoup d'irrégularité. Les règles manquaient souvent, et souvent aussi elles coulaient incomplètement. On avait essayé en vain de les régulariser et de les rendre plus abondantes. Les médicaments mis en usage pour rendre la
(1) Journal des Connaissances médico-chirurg. Nov. 1842. p. 179.
menstruation normale avaient constamment aggravé l'état de la malade.
J'eus recours à la méthode de M. Serres. Je fis appliquer à quatre reprises et à huit ou dix jours d intervalle, tantôt quinze, tantôt vingt, et môme vingt-cinq sangsues sur les parties latérales et postérieures du cou, le long de la raciue des cheveuxj'administrai à l'intérieur des narcotiques qui, employés seuls, n'avaient pas réussi. J'obtins un léger amendement; il ne fut pas de longue duréej mais, frappé et parle peu d'abondance delà menstruation et par laccroissement des symptômes morbides lorsqu'on avait mis en usage les médications propres à produire dcs règles ou à les augmenter, je dirigeai mon attention sur l'utérus; j'appris qu'il existait quelquefois des douleurs dans le bassin, et que les reins de la jeune personne étaient faibles ; je pensais alors que tous les accidents pouvaient tenir à une affection morbide de la matrice: je proposai de pratiquer le toucher par le rectum. Je reconnus ua engorgement de l'utérus; cet organe avait au moins doublé de volume; sa sensibiliié était normale; la matrice n'offrait pas trop de consistance, je n'y sentis aucune Inégalité. J'employai le traitement destiné à combattre l'affection morbide que je venais de découvrir.
Pendant le premier mois je n'obtins aucun amendement ; durant le second, l'engorgement de l'utérus diminua, les symptômes de la chorée fléchirent.
Troisième mois, la maladie de la matrice et la danse de St- Guy diminuent encore; la menstruation est régulière, les règles sont abondantes.
Le quatrième mois suffit pour obtenir une entière guérison. Elle s'est mariée et est devenue mère.
FOLIE MUSCULAlltE.