IX. — Chorée odontoïdienne
Le premier qui ait signalé la tuméfaction ou l'hypertrophie de l'apophyse odontoïdienne comme une cause de compression de la partie antérieure de la moelle allongée, est M. Froriep.
Ce fait nous parait être d'une très-haute importance, cl nous nous ne serions pas étonné que l'observation 16 servit de point de départ à de nouvelles et intéressantes découvertes touchant le siège d'une nouvelle forme de chorée. L'histoire de l'ossification et du développement des vertèbres et de l'apopbyse mastoïdienne ne nous est pas assez familière pour que nous nous permettions d'émettre une opinion quelconque à cet égard 5 notre rôle se borne à signaler un fait intéressant à l'attention des praticiens, qui, le cas échéant, ne devront plus négliger l'inspection de l'apophyse odontoïdienne dans les autopsies cadavériques.
Un bon nombre des altérations anatomiques dont on trouve l'histoire, sont certainement les produits d'autres affections intercurrentes, et nullement de la chorée. Dans les observations 15, 32,49, nous trouvons des altérations analogues à celles qu'on rencontre journellement dans les méningites. Les observations 21 et 22 racontent l'histoire d'une rougeole intercurrente -, celles qui sont notées 25 et 27, d'une varioloïde. Si, pour localiser la chorée, on voulait s'appuyer sur ce qu'une partie du centre céphalo-rachidien était atrophiée, on trouverait à côté un autre cas où une hypertrophie se fit remarquer. Veut-on rapporter la chorée à un ramollissement de la moelle, cette opinion sera contredite par un exemple où cet organe a été trouvé beau-
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coup plus ferme qu'à l'état ordinaire. Et ainsi de suite. En un mot, sans parler des affections du cœur et de ses enveloppes, de l'utérus et peut-être de l'apophyse odontoïdienne, le siège du plus grand nombre des différentes formes dechorée a jusqu'à présent échappé aux recherches des plus habiles anatomistes. Cependant, dirons-nous avec le savant professeur Rostan, observation 14, si on ne voit ri<in, cela n'empêche pas qu'il ne doive y avoir quelque chose.
Afin de bien caractériser la différence des opinions à ce sujet, nous traduirons ici, pour la plus grande édificalijn du lecteur, le procès-verbal d'une séance de la Société médico-chirurgicale de Londres (8 décembre 1840) où cette question a été discutée (1).
Le docteur Webster communique ce qui suit : La chorée se présente de préférence dans les villes manufacturières de l'Angleterre et chez de pauvres gensj la classe moyenne et la haute classe en sont presque entièrement exemptes. Sur 21 malades, 16 étaient des femmes et 5 seulement des hommes; ainsi le rapport est de 3 : 1. Le siège du mal parait être surtout dans la moelle épinière, et le traitement le plus efficaca consiste en purgatifs par l'aloès, le jalap, etc., suivis dos moyens toniques, comme le quinquina et le fer. Contre les affections de la tête concomittantes, il faut employer Its sangsues et les vésicatoires, et si les fonctions utérines sont troublées, il faut commencer par les régulariser.
Le docteur Wilks croit que le siège de la chorée est dans le cervelet, et il s'appuie sur les expériences de M. Magendie, ainsi que sur quelques-unes de ses propres observations. A la suite
(1) Hufelands Journal. Juin IS41. p. 95.
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d'une chute sur l'occiput, une chorée se déclara chez une jeune fille. Tant que des vcsicatoires sur la nuque, pour produire une action dérivante, étaient entretenus en suppuration, les mouvements involontaires n'avaient pas lieu ; mais ils reparaissaient dès qu'on les laissait sécher. M. Andral aussi cite plus de 90 cas où des affections du cervelet ont eu pour suite des symptômes de chorée.
Le docteur Adisson avoue que dans la chorée suivie de mort, il n'a jamais observé une altération évidente dans l'organe cérébro-spinal, tandis que, au contraire, il a remarqué souvent des troubles organiques dans cette partie, sans que pendant la vie il se soit manifesté aucun symptôme de chorée. Il n'a jamais rencontré non plus dans la moelle épinière d'altérations que l'on pût regarder comme la cause matérielle de la maladie. H trouva plutôt cette partie toujours dans un état de santé parfaite , tandis que les enveloppes de la moelle épinière lui ont Fouvent offert des altérations organiques. Si la substance de la moelle épinière est attaquée, ce ne sont pas des spasmes, c'est la paralysie qui en est la suite immanquable.
M. Davies a vu un homme qui, frappé »le la foudre, souffrit toute sa vie de la chorée,
M. Copland fait observer que la chorée est fréquente surtout chez les personnes sujettes à des affections rhumatismales, et, par suite, à des maladies du cœur primitives. Le mal dépend d'une irritation du canal intestinal, qui se transporte d'abord Bur la moelle épinière, puis sur les muscles volontaires. Dans quelques cas, il a trouvé après la mort des épanchements sur les membranes de la moelle épinière, mais la moelle ellemême dans un état normal. Il ne regarde pas la chorée comme
une irritation inflammatoire. Des purgatifs enlèvent l'irritatioi des intestins, et le fer procure une guérison complète.
M. Brodie tient la chorée pour une maladie principalement du système nerveux, mais nullement restreinte à certaines parties de ce système. Ainsi, cliez une jeune fille morte de la chorée, il a trouvé une tumeur de la grosseur d'une noisette qui était adhérente à la glande pinéale.
Nous ajouterons icil'opinion émi^e par le professeur Bouillaud dans son dernier ouvrage (1) : « Ce n'est qu'à la chorée spéciale des membres inférieurs qu'il faut appliquer ce que nous avons dit précédemment du siège de la lésion productrice de la chorée dans le cervelet. » Or, ferons-nous observer, comme la chorée spéciale des membres inférieurs est une des formes les plus rares de la chorée, il s'ensuit que la majeure partie des chorées normales n'ont pas leur cause dans une affection cérébelleuse.