XVIII. — Degré de l'intensité de la maladie
La violence de la maladie est quelquefois portée à un tel degré que les malades ne peuvent plus se servir de leurs mains ni de leurs pieds, en sorte qu'on est obligé de leur donner à manger et de les porter lorsqu'ils désirent changer de place. Quelquefois les muscles du tronc sont si violemment secoués que les pauvres malades sont à chaque instant en danger d'être je'és hors de leur lit. Dans ces cas graves, on est obligé de' les faire tenir et quelquefois même de leur mettre la camisole de force pour prévenir des contusions et des blessures. Mai?, lorsqu'on est contraint de recourir à ces moyens coërcitifs, on s'aperçoit la plupart du temps que, loin de soulager le nîalade, on ne fait qu'augmenter l'intensité et l'étendue des secousses. Une grande inquiétude, des angoisses s'emparent du malade, et la crainte d'une suffocation force bientôt de renoncer à ces moyens.
Les mouvements involontaires, qui, dans les cas ordinaires, font, pendant le sommeil, une rémission complète, troublent le repos de la nuit dans ces cas intenses, et même l'enlèvent complètement, en sorte que les infortunés choréiques ne goûtent pas un seul instant de sommeil. Heureusement^ ce haut degré de la maladie doit être compté parmi les cas exceptionnels et rares.
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HOMOliOPATHiQUE.
XTX. — Epîphénomènes.
Nous n'avons pas cru nécessaire de donner une description détaillée de tous les muscles qui éprouvent une agitation involontaire dans la chorée; ce serait une répétition inutile, puisqu'aucun des muscles volontaires n'est à l'abri de l'affection.
Il en est autrement des phénomènes qui accompagnent cette maladie. En les passant ici en revue, nous nous réservons toutefois de dresser plus tard le relevé numérique de ces épiphénomènes, afin de pouvoir décider lesquels d'entre eux sont constants, lesquels se montrent plus fréquemment et lesquels doivent être rangés parmi les exceptions rares.
La conscience de soi-même n'est jamais abolie 5 mais on remar(iue quelquefois un affaiblissement des forces intellectuelles voisin de l'idiotisme. La mémoire, la conception et même le jugement éprouvent quelquefois de graves atteintes.
Le moral participe à ces changements. Les choréiques deviennent tristes, maussades, colériques, impatients, entêtés, emportés, méchanis, peureux; ils cherchent la solitude, soupirent, crient, pleurent.
La caenesthésie tantôt augmente, tantôt elle est déprimée 5 ils se plaignent d'angoisses, d'étourdissements, de malaise et de douleurs dans différentes parties du corps, surtout dans la tète. Malgré le mouvement continuel des muscles, la fatigue se fait très-rarement sentir.
Le goût est émoussé ou perverti, l'ouïe plus dure, la vue affaiblie, les pupilles dilatées, la face pâle, bouffie, les yeux cernés. Des congestions passagères rougissent par instant les joues décolorées.
La caloriûcation est augmentée ordinairement.
La digestion est troublée ; anorexie, boulimie, très-rarement polydipsie. Langue chargée, pyrose, pesrinteur de l'estomac, ventre tendu, proéminent; le plus souvent constipation, rarement diarrhée. Les urines pâles, dites spasmodiques, s'observent rarement. On rencontre des exemples d'incontinences d'urine. La menstruation, si elle n'est pas déjà précédemment troublée, n'éprouve pas d'atteintes par la maladie. Lorsque l'agitation musculaire en permet l'investigation, le pouls se montre accéléré, petit et tendu.