XX. — Guérison par d'autres maladies
Si la chorée devient quelquefois mortelle par une association malheureuse avec une autre maladie, il arrive, par contre aussi, qu'une maladie intercurrente joue quelquefois le rôle de médicament envers la chorée primitive. Nous avons vu nous-même chez un garçon de 14 ans, la chorée disparaître à la suite d'un zoster, qui, lui-mémf", ne tarda pas à parcourir ses phases et à s'effacer.
Le premier qui, à notre connaissance, ait signalé de semblables faits est J. Mmjs, le célèbre chirurgien hollandais. Son observation présente cette particularité qu'elle porle encore le titre : De molibus epilepticis continuis. Elle a été publiée en 1695, à l'époque où Sydenham a introduit dans la médecine le nom de chorée pour désigner la musculation involontaire, et où cette dénomination n'était pas encore généralement admise.
Depuis ce temps jusqu'à nos jours, on rencontre plusieurs observations de la môme nature.
De y. Muys (1). — Un petit garçon de 12 ans est affecté de
(1) Praxis medico-chirurgica rationalis, Decad. XII, Âmstelod, 1695. Decs 7, Obs. 2, p. 265.
222 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ nOMOEOPATHIQUE.
mouvements con'iauels, mais légers, daps le bras droit, eem- Llables à des gesticulai ions. Le mal fait des progrès de jour en jour. Il y avait deux ans que la même maladie avait commencé
de la même manière, et elle avait tellement augmenté que les majns et les pieds étalent, malgré lui, agités de mouvements étonnants, et que le malade avait fini par perdre l'usage de la pai'o'e. S'il voulait saisir un objet, il tendait la main d'un autre côté,, et bien loin du but. Un grand nombre de médicaments avaient été inutilement employés par plusieurs médecins j l'enfant avait fini par guérir tout seul, et il s'était mis à l'étude avec assez de succès.
Les parents craignaient que la maladie n'atteignît le môme degré d'intensité que la première fois. Appelé, je fis appliquer sur la nuque un grand vésicatoire de caolharides, et je conservai pendant h iit jours la plaie en suppuration. Dans l'inlcrvallc, le '.r^al ne s'exacerba pas ; mais bientôt après l'enfant fut attaqué de la variole sur tout le corps. Ce fut beureux. Cette affectif>n guérie, le malade fut complétomant délivré des mouvements épileptique?, qui n'ont [.aî reparu jusqu'ici, et qui, je l'espère, ne reparaîtront pas.
Cette maladie ne nae parait pas différer de cel'e qu'on nomme danse do Saint-Guy, et dont un exemple est relaté par Félix Plater.
60e OBSERVATION.
De E. Darvin (1). — Une fi.lle de 18 ans, qui portait une ceinlure mercurielle pour se guérir de la gale, fut attaquée de la danse de Saint-Vit d'une manière si générale que la parole en
(0 Zoonomie ou Lois de la vie organique. Traduction par J.-F. Kluyskens. Gand, 1811, vol. IV, p. 334.
FOLIE MESCULAIRE. 223
fut alîoctée, aussi bien que les extrémités. II y avait évidemment une désunion des séries ordinaires des idées. Comme les autres enfants de la famille étaient encore atteints de la gale, on lui conseilla de coucher avec sa sœur. Elle contracta ainsi la gale, et la danse de Saint-Vit se passa graduellement.
61 e OBSERVATION.
De M. Piet (1). — Une ûUe de 9 ans 1 /2 est pribC, trois semaines avant son entrée à l'hôpital, d'une chorée du bras et de la jambe gauches, qui gagne le cou et le visage. Elle prend pendant quatre jours des bains frais de cinq minutes. Pas d'amélioration. Puis survient une variole dont les prodrômes sont accouipagnéa dune agitation extrême, avec humeur chagrine, pleurs pour la moindre cause. L'éruption se fait; elle est confluente., mais remarquable par la petitesse des pustules ; plusieurs sont pleines de sang. L'agitation persiste encore pendant quatre jours. Puis, l'éruption une fois établie, la chorée diminue d'une manière sensible et disparaît rapidement avec l'exanthème.
De M. Legendre (2). — Un garçon de 14 ans, atteint depuis deux mois environ d'une chorée médiocrement intense, mais générale, était traité sans succès par des bains frais depuis 22 jours. Il n'était point survenu le moindre changement dans son état. A partir du jour où se développent les prodrômes d'une rougeole (fièvre, vomissements, éternuments), les mouvements
(1) Uilliet et Barthez. Maladies des enfants, vol. II, p. 303.
(2) Ibi(l.,p. .304.
choréiques sont presque entièrement suspendus. Au commencement du quatrième jour, l'éruption rubéolique paraît 5 elle parcourt ses périodes sans complications; le sixième, elle a presque entièrement disparu; les mouvements choréiques sont nuls. Vingt jours plus tard, l'enfant quitte l'hôpital. Pendant toute cette période la chorée n'a pas reparu.
63e OBSERVATION.
De M. Legendre (1).— Un garçon de 10 ans était depuis moins de trois semaines atteint de chorée générale intense; la parole était très-embarrassée. A l'hôpital, il lut traité par cinq bains frais sans succès; puis par de-ux bains sulfureux, qui furent suivis d'une légère amélioration de courte durée. Les mouvements choréiques reparurent ensuite avec une nouvelle intensité. La maladie durait depuis un mois, lorsque les prodrômea d'une scarlatine se développèrent. Dès ce moment, les mouvements choréiques commencèrent à diminuer. L'exanthème fut très-léger, mais bien caractérisé. L'amélioration persista et fut de plus en plus prononcée. Six jours plus tard, l'enfant parlait beaucoup mieux et avec moins de lenteur. Dans son lit, ou même levé, il remuait à peine; il pouvait porter aisément les aliments à sa bouche et marcher avec assez de facilité. L'amélioration se soutint, et la guérison était complète vingt jours après l'apparition de la fièvre éruptive.
64e OBSERTATION.
De Nûckel, de Cologne (2). — Un apprenti serrurier, âgé de 21 ans, avait eu, plusieurs années auparavant, une gonorrhée, et
(1) ibid.
(2) Medizin. Zeitung Preusseus. n° 50. 1846.
FOLIE MUSCULAIRli. 225
il y avait deux ans, une fièvre nerveuse. Dès lors, il avait toujours été abattu, brisé; il avait souvent des accès de mauvaise humeur et de somnolence. Comme il se sentait quelquefois faible jusqu'à la défaillance, il entra dans un hôpital au commencement de 1842. On reconnut que la maladie avait pour cause une dilatation du cœur, sans symptôme concomitant d'hypertrophie. Après un léger traitement antiphlogistique et purgatif, il put quitter l'hôpital au milieu de mars et se remettre à l'ouvrage. Mais dès le 27 mars, il revint à l'hôpital affecté d'une chorée complète, qui s'était déclarée avec des tressaillements dans les extrémités; sans cause connue. Les fréquents changements de température auxquels il était exposé en travaillant devant un feu ardent par un temps très-fruid, furent regardés comme la cause du mal. Les tressaillements agitaient les muscles des extrémités supérieures et des inférieures, à un moindre degré ceux de la face; ils étaient plus forts dans le côté gauche. L'investigation avec une éponge chaude signala une douleur intense dans la dernière vertèbre cervicale et la première vertèbre dorsale. En outre, constipation.
Prescription. 1.2 ventouses sur la place douloureuse. Décoc. tamar. cum sale Glauber et nitr,; plus tard, calomel, sangsues à la colonne vertébrale et solution de tartre stibié. Augmentation de la violence des palpitations et tressaillements si violents que le malade fut jeté plusieurs fois hors du lit, en sorte qu'il fallut le mettre dans un litaux bords très-élevés. Des antispasmodiques, comme le zinc, la valériane, l'assa fœtida, diminuèrent enfin les tressaillements après plus de quinze jours. En même temps se montrèrent sur différentes places du corps ^ à l'avant-bras droit, aux doigts, au métacarpe, aux aines, dans Vaisselle droite, des inflammations et des tuméfactims delà peau et des glandes lym-
226 BULLETIN DE LA SOCIÉTlf, IIOMCKOPATHIQUE.
phatiques, dont les unes finirent par se résoudre^ tandis que les autres vinrent à suppuration. Le 19 mai, le malade put quitter l'hôpital. L'affection organique du cœur était absolument le même dans état.
E ifui, nous croyons devoir encore mentionner une courte note de M. Carrère de Buzy(l), et, comme curiosité médicale, une observation publiée par Francus en 1724.
K Oq lit dans le Recueil de la Société de Médecine de Paris qu'une danse de Saint-Guy a été guérie par l inoculation de la petite vérole. »
65e OBSERVATION.
De J. Francus (2). — Au mois de septembre, j'allai voir une fille de 18 ans qui se plaignait souvent de convulsions. La menstruation était régulière, d'odeur et de couleur normales, et le paroxysme commençait chaque fois par un éclat de rire, suivi de jactitations étonnantes et de mouvements des mains et des pieds. Je lui fis prendre peu à peu trois doses d'une poudre de tal. lepor. ung. aie. cinnab. ant. alkoh. et carb. ligni tiliae, avec aqua mirabilis Langii, tous les quatre jours. Après avoir pris ce médicament, chose merveilleuse 1 la malade fit une dent , avi c grand soulagement et cessation totale des convulsions. Je n'ai pas encore rencontré ce symptôme dans ma pratique. La malade ne pouvait pas parler, mais elle comprenait tout ce qu'on disait autour d'elle.
XXL — Natura mcdicans.
Plusieurs écrivains, et dans le nombre nous prions de compter Tauteur de ce Mémoire, croient qu'aucun des moyens prceo-
(t) Essai sur la Choi'ée. Th^se de Montpellier, n" 26. 1822. p. 12. (2) Breslaucr Samiulungen. Sommcr-Quartal, l"2i, p. 323.
FOLIE MUSCULAIRF. ^-i '
nisés jusqu'à ce jour contre la chorée ne mérite la confiance
qu'où y accorde.
M. Dugès (1) s'exprime à cet égard de la manière suivante : Quand la chorée avait duré un mois, six semaines, ou deux mois, tout médicament un peu actif paraissait avoir alors une efficacité merveilleuse ; mais il ne me fut pas difficile de m'assurer que la maladie, abandonnée presque entièrement à la nature, disparaissait par degrés après une durée semblable. 11 ne faut donc regarder comme médicament réellement actif que celui qui arrête la chorée après huit ou quinze jours de durée. Or c'est ce que n'ont jamais fait ni les bains tièdes ni les douches d'eau froide, ni même les antispasmodiques ordinaires, comme le tilleul, l'oranger, l'éther, etc.
L'opium, l'assa-fœtida, la valériane en infusion et en poudre de 1 scrupule à demi-once, et surtout le vin dekina, ont cependant abrégé sensiblement certaines chorées, et j'en ai vu une céder du jour au lendemain à l'emploi du sirop antispasmodique de Rouaix, qui contient probablement beaucoup de substances stimulantes et surtout l'opium.
M. Opolzer (2) dans son rapport sur la clinique médicale de Prague de 1842- 1844 est du même avis.
La chorée, dit-il, a été traitée douze fois par le tartre stibié et deux fois par le carbonate de fer. Chez aucun de ces malades la colonne vertébrale ne se montra sensible. Les autres cas, soumis aux traitements les plus différents (tarte stibié, fleurs de zinc, cuivre ammoniacal, carbonate de fer, douches froides, bains de foie de soufre, etc.), eurent presque tous une égale durée, et même chez deux enfants qui n'avaient reçu absolu-
(1) Essai sur la nature de la fièvre, vol. II, p. 47i . 1823.
(2) Prager Vieiteljahrschrift. 1845, vol. I, p. 3G.
228 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ nOMOîOPATHIQUE.
mont aucun médicament, la guérison eut lieu chez l'un en six semaines, chez; l'autre en sept. Aussi l'auteur croit-il qu'un traitement efficace contre la chorée est encore à trouver.
M. Gintrac, de Bordeaux, croit pouvoir conclure des observations qui suivent, que dans un grand nombre de cas, et probablement dans presque tous, la chorée peut guérir sans traitement au bout de deux mois de durée; mais en regardant de près, on trouvera que sa médication n'était pas purement espectative.
L'auteur de ce Mémoire a obtenu un résultat bien plus satisfaisant. Sept fois il est parvenu à laisser la nature opérer la guérison sans administrer aucun médicament, et même sans rien changer au régime habituel, dans l'espace de 25 à 37 jours. Trois fois il a employé pour toute médication l'usage du vin de Madère pur, un petit verre à liqueur matin et soir. Un des malades a été guéri en 21 jours, l'autre en 4 jours, et le troisième en 39 jours.
Voici les observations de M. Gintrac:
De M. Gintrac (1). — Arnous, âgée de 9 ans et demi, est atteinte de chorée à la fin de septembre 1817. Pendant le mois d'octobre, M. Giu'rac la soumet au traitement alors recommandé par les auteurs, et surtout par B-juieille. II n'obtient aucun résultat et cesse de voir l'enfant. Environ deux mois après il apprend quelle est guérie. Il b'enquiert du genre de moyens auxquels cette guérison est due : on a donné quelques cuillerées d'une eau antispasmodique composée de chardon bénit, mélissp, menthe, cannelle et macis. Ce remède ne paraît à M. Gintrac
(1) .lournal de médecine de Bordeaux, 1845, page 298.
FOLIE MUSCULAIilE. 229
que bien faible comparativement à ceux qu'il avait employés précédemment, et notre confrère en tire l'induction que la maladie a cédé sans le secours de ce traitement très-peu énergique ; dès-lors il se propose de vérifier cette conjecture par des observalioas ultérieures. — La même enfant est reprise de chorée en février 1818. Aucun traitement n'est employé 5 elle guérit après le deuxième mois.
De M. Gintrac{\). — Caroline Bernard, âgée de 9 à 10 ans, ayant eu des engorgeraenl s sous-maxillaires et quelques accès de fièvre à la fin de l'année 1819, est atteinte en février et mars suivants, de la chorée, qui cède en avril après avoir usé d'in fusion légère de feuilles d'oranger et de quelques fractions de grains d'extrait de valériane.
De M. Gintrac (3). — L'enfant d'un batelier de la Bastide, petite fille âgée d'environ 6 ans, robuste, mais lymphatique, précédemment atteinte de croûte de lait, était depuis vingt jours atteinte de chorée, quand M. Gintrac l'observa. Quelques symptômes de congestion céphalique firent appliquer une sangsue derrière chaque oreille 5 on usa de bains et de boissons délayantes. La guérison eut lieu au terme prévu.
De M. Gintrac (4). — Une petite fille deMacau, âgée de 6 ans, forte, d'une constitution pléthorique , ayant eu la croûte de
(l)lbid. - (3)Ibid. — (4) Ibid.
230 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ IlOMOEOPATHIQUK.
lait et des engorgements des ganglions cervicaux, était atteinte depuis les premiers jours de mars 1824, des symptômes de la chorée. Cette maladie étant devenue très-intense et inquiétant beaucoup les parents, on vint consulter M. Ginlrac. La déglutition elle-même était rendue très-difliclle par l'agitation extrême de l'enfant. Deux sangsues furent appliquées à l'anus. Le 5 avril suivant, M, Peyrau, chirurgien de Macau, qui soignait la malade, écrivit à M. Gintrac que l'état de cette petite fille était très -grave, qu'elle avait de la fièvre, avait rendu des vers après avoir pris de l'huile de ricin et de l'infusion d'absinthe ; néanmoins la chorée avait persisté, les membres sans cesse agités étaient sans force. Mais dans les premiers jours de mai, sans traitement spécial, l'agitation diminua et avait entièrement cessé vers le 15.
De M. Gintrac (1). — Mlle D., habitant Cubzac, âgée de seize ans, bien réglée, très-nerveuse, parfaitement constituée, fut atteinte, au printemps de l'année 1833, d'une chorée uni-latérale ; c'était le côté droit qui était agité. Elle ne prit que quelques pilules de thridace et d'extrait de valériane. Un retard de menstruation fit conseiller Tapplication de plusieurs sangsues à l'anus. Cette jeune personne était guérie à l'expiration du deuxième mois.
De M. Gintroc (2).— Mlle G., âgée de dix-sept ans, peu mens- (1) Ibid. — (2) Ibid.
tl'uée, atteinte d'incontinence nocturne d'urin?;, pour laquelle, vers l'càge de treize ans, elle avait pris, sans succè-, de l'extrait de noix vomîque, fut prise, en novembre 1833, de chorée à droite. La niiladie cessi en janvier suivant, sans traitement; mais elle reparut en avril, il est vrai à un faible degré, et alors elle atteignit exclusivement le côté gauche Sa durée fut en raison inverse de son intensité, car elle se prolongea jusqu'en septembre.
Il est à remarquer que, pendant ces deux attaques, l'incontinence d'urine avait été suspendue. Plus tard elle a complètement cessé.
72e OBSERVATION.
De M. Gintrac (1). — Mlle Sidonie de B., âgée de 13 ans, issue de parents très-nerveux, surtout du côté paternel, était d'une taille assez élevée, mais n'était pas encore réglée, lorsqu'à la fin de janvier 1835 débuta la chorée. M. Gintrac lui donna des soins du 11 au 28 février. Une application de huit sangsues à l'anus est jugée nécessaire, soit à cause des symptômes de congestion cérébrale qui accompagnent la chorée , soit afm d'appeler le sang vers les organes sexuels; mais la chorée n'en rontinue pas moins avec une grande intensité. La jeune malade ne pouvait quitter le lit, sur lequel elle s'agitait et se roulait avec les contorsions les plus variées, les plus brusques, les plus incessantes. Néanmoins on put la ramener chez ses parents. Par sa lettre en date du 19 mars le père annonçait que, selon les prévisions de M. Gintrac, la maladie avait considérablement diminué : bientôt on apprit son entière guérison. Aucun traitement spécial n'avait été employé.
A ces observations nous en joindrons quatre où des chorées
(i)Ibid.
232 BULLETIN BE L\ SOCIÉTÉ UOilOEOPATUlQUE.
rebelles ont cédé à l'action de la volonté, de la frayeur et de la superstition.
De^Zto(l).— Une fille, âgée de 10 à 12 ans a contracté une danse de Saint-Vit à la suite d'une fièvre intermittente, assoupie par une saignéedes purgatifs administrés sans beaucoup de régime et de circonspection. Elle était pâle, languissante, n'avait point d'appétit 5 elle avait l'air sombre, triste et comme égarée 5 le pouh était faible et irrégulier^ les yeux, les lèvres et tout le visage , les bras, les jambes et tout le corps étaient perpétuellement agités de mouvements irréguliers et ridicules; lajlangue était aussi affectée, car la malade parlait et articulait avec peine. Ce fut même cette difficulté d'énoncer qui fit observer l'état maladif de cette enfant. Il y avait déjà trois semaines qu'onavait commencé à remarquer ces symptômes. La mère consulta, à l'instigation de plusieurs commères, le c irâ de Celoville, qui ordonna pour tout médicament le sang de crête rfecog^ avalé tout chaud le matin à jeun, pur ou avec un peu de vin, à la dos de demi-once oud'une cuillerée pour commencer, en l'augmentant insensiblement jusqu'à deux onces environ. Il recommanda en outre de prendre toutes les précautions nécessaires pour faire suer la malade. Ce remède fut efficace et opéra radicalement la guérison désirée dans l'espace de vingt jours, sans être secondé d'aucun régime prescrit par le curé.
De Baron (2). — Une fille âgée de 10 ans, grand-^ pour son âge, d'un tempérament très-f rt et merveilleusement précoce par le développement de ses facultés morales, était atteinte de-
(1) Ancien Journal de Médecine. 1763, page 434.
(2) Ibid. Août 1778, page 109.
puisplusd'uamois d'un choreaSt-Viti le plus confirmé; les convulsions étaient continuelles et dans tous les membres, la physionomie altérée; la mémoire m?inquait, l'esprit était hébété; rire convulsif accompagné dp larmes. Sans fièvre, pouls réglé et fort, la respiration libre, appétit bon.
Le traitement de Sydenham fut d'abord celui que nous employâmes. Un mois se passa sans qup nous fussions plus avancés. Les convulsions étaient-elles un effet sympathique de l'orgasme naturel aux filles quand leurs règles s'établissent.? Elle n'avait à la vérité que 10 ans, mais quelquefois la nature s<i joue : l'idée était plausible En conséquence j'ordonnai les bains, les fomentations, les tisanes délayantes et incisives. Enfin, application de vésicatoires, pilules fétides et tous les antispasmodiques appropriés, hormis l'électricité, mais tout en vain.
Le traitement durait depuis trois mois. 11 nous restait à essayer de la valériane. Nous ordonnâmes le changement d'air. Deux mois se passèrent encore sans qu'il parût aucun changement dans son état.
Un magicien du pays fut demandé. Il opposa maléfice à maléfice. Ses tentatives sont d'abord Viines ; enfin après quinze jours d'épreuves la malade se trouve mieux. Il part en pronostiquant un rétablissement absolu sous peu de jours, et l'événement justifie le présage.
De Wolfring (1). — Une fille de 8 ans éprouva une telle frayeur à la vue d'une autre petite fille affectée de la chorée , qu'à peine de retour au logis, elle se mit à imiter exactement le jeu des muscles de la face et des extrémités chez la malade. On
(1) Med. corresp. Blat bayerischcr Acrzyte. 1842, n" 5.
la traita très-rudement, regardant sa maladie comme une mauvaise habitude, et on la menaça de lui brûlerie dos avec un ftr rouge. L'enfant se mit à pleurer, et bientôt après la chorce disparut.
De Loiveg (1). — Un garçon était affecté depiiis six semaines d'une chorée qui avait commencé par des douleurs dans le basventre et le do?, suivis bientôt d'accidents nerveux de toute espèce. Cet enfant, de doux et d'intelligent, était devenu méchant et mal élevé, au point de frapper souvent à coups de poing sa mère malade d'une hydropisie, sans qu'il en eût aucune espèce de motif. Depuis deux jours et deux nuits les paroxysmes spasmodiques avaient atteint le plus haut degré, et ils étaient accompagnés de tressaillements si violents, de cris si aigus que les habitants de la maison n'avaient pas pu dormir. Divers médicaments, ainsi que l'exorcisme, avaient été employés sans succès.
Paroxysme. L'enfant était lancé çà et là par les plus furieux tressaillements 5 tous les muscles étaient en activité 5 deux hommes robustes le tenaient l'un par les bras, l'autre ^.ar les jambes. J'adressai vivement la parole au malade pour le tirer de son paroxysme, mais en vain. Je le quittai donc. Après l'accès, je lui adressai des paroles caressantes, en lui promettant de le guérir le soir môme s'il voulait faire ce que je lui dirais. « Tu peux le représenter ta maladie comme si deux esprits habitaient dans ton corps, un esprit gentil qui domine maintenant, et un esprit mauvais qui te dominera dans quelques instants. Tu es le maître légitime de ton corps et tu ne dois y
(iJMed. Zeitung Prcussens. 1844, n. 43, page 200,
FOI.IE MISCULAIRE. 235
souiïrir personne: ainsi c'est ton devoir de faire triompher le bon «sprit du mauvai-'. » Cependant les prodromes d'un nouveau paroxysme s'aniioncèrent par des tressaillemeots dans lea muscles de la face. J'appelai encore une fois le malade à trèshaute voix, mais en vain, dans l'espoir de comprimer le paroxysme, et je le quittai de nouveau. Après l'accès je repris la leçon, et jerecommaudai à l'enfaut, lorsqu'il éprouveraitles prodromes, de se recueillir et de soumettre ses muscles à sa propre volonté. « Tu es un garçon de bon sens 5 si tu fais ce que je te dis, tu seras sauvé. » Lorsque l'enfant ressentit de nouveau les prodromes d'un paroxysme, je le pris par la main : « Saute! ici! là! A présent assieds-toi! Encore un tour tout seul! » Il marcha d'un pas délibéré dans la chambre, et l'accès fut dompté cette fois. Par précaution j'attendis un nouveau paroxysme et j'exhortai le malade à le surmonter encore parla force de sa volonté. C'est ce qui eut lieu. Au bout de deux jours, le père, ravi, m'apporta la nouvelle que son fils était parfaitement guéri et qu'on ne remarquait plus aucune trace de spasmes ou d'autres accidents nerveux. Quinze jours après, l'enfant, maigri par ses longues souffrances, avait repris ses couleurs, et maintenant il est rose et joufflu.
Il n'y a pas eu de rechute proprement dite ; cependant quelques sages du voisinage se crurent bltssés dans leur dignité et causèrent beaucoup de mal par leur caquet, sans toutefois provoquer un nouveau paroxysme. Pendaut quelques semaines après la guérison, l'enfant eut seulement quelques vertiges et tomba à terre sans tressaillements.
Lorsque je l'appris, j'allai le voir encore uuf fois. Depuis celle époque il est parfaitement bien portant.
f La suite à une prochaine occasion. )
ÛDELÛIES MOTS ÉCHANGÉS
Sur la menuorrliagle.
(Suite de la page 96.)
« Je ne saurais douter, en pareil cas, du caractère syphilitique de l'afTection rhumatismale D'ailleurs, il arrive fréquemment, dans les cas où la suppression de la gonorrhée est récente, que sous l'influence de la médication, d'une dose de pulsatille, par exemple, le retour de l'écoulement est bientôt suivi d'une diminution sensible des douleurs rhumatismales. C'est dans les cas de cette nature que la clématite, l'acide nitrique ou le mercure occupent presque toujours une place importante dans le traitement, w
M. Roth : a J'ai connu un homme qui avait infailliblement un accès de goutte quand il avait une gonorrhée. »
M. Petroz : « Un homme, sujet à des accès de goutte, avait une gonorrhée très-rebelle. Je lui prédis qu'au premier accès de goutte, l'écoulement disparaîtrait; cela arriva en effet. Pour en revenir aux injections, je ne les ai jamais employées, tant je redoute la rétrocession d'un écoulement blennorrhagique. »
M. Braud : « J'avoue avoir été obligé d'y recourir dans un petit nombre de cas, lorsque je croyais avoir détruit la diathèse. »
M. Molin : « Certains écoulements anciens, résistant à tous les traitements internes les mieux dirigés, disparaîtront par l'emploi du nitrate d'argent à dose très faible et en injections. Je crois que, dans l'état actuel de nos connaissances, on est obhgé d'avoir recours à ce moyen. Il est d'observation que de trèsvieux écoulements supprimés par cet agent ne laissent aucune trace dans l'organisme. Ce gnnt, comme l'ont dit certains pra-
. DE LA BLENNORRIIAGIE. 237
ticicns, une habitude vicieuse de sécrétion de la muqueuse urétrale. »
M. Petroz : « Je n'aurais recours aux injections que si je pouvais avoir la certitude d'avoir détruit la diathèse. Je puis ajouter un exemple à celui que j'ai cité en premier lieu. Un homme avait des excoriations dans les interstices des orteils, qui disparurent après un voyage; mais elles furent remplacées par des excoriations et des callosités sur la langue. Je demandai au malade s'il avait eu précédemment quelque affection vénérienne; il répondit négativement. Cependant, en recueillant ses souvenirs, il se rappela avoir eu, dix-sept ans auparavant, un écoulement qui fut guéri par les injections. Plus tard, je fus consulté par cet homme pour lui et pour sa femme. Il avait des exostoses au tibia, elle en avait au coronal. Un traitement antisyphilitique guérit lo mari et la fnmme; un enfant qu'ils avaient mourut tuberculeux. Ainsi, lorsqu'on a guéri un écoulement par les injections, on n'est jamais assuré que, derrière ce simulacre de guérison, il ne se cache pas un reste d'affection syphilitique. »
M. Molin : « Notre honorable président semblerait insinuer dans cette observation que des accidents secondaires ont pu communiquer directement à une autre personne des accidents du même ordre. Je partage et je soutiens (jusqu'à preuve évidente du contraire) l'opinion généralement admise, que les accidents primitifs seuls sont transmissibles par la cohabitation; que ces accidents ont pu passer inaperçus, mais qu'ils ont existé à l'état primitif avant de revêtir la forme secondaire. »
M. Gueyrard: « J'ai vu une gale secondaire communiquée par un mari à sa femme ; ne pourrait-il pas en être de même de la syphilis? »
238 DE L\ BLKNNOnR!I\GIE.
M. Molin : « Vos arguments, puisés à une source elle-même sujette à tant de controverses, ne peuvent servir qu'à embrouiller la question en discussion. »
M. Gueyrard : « Aussi n'ai -je fait ce rapprochement et cité cet exemple que pour appuyer ce fait : qu'il est bon de se tenir en garde contre la transmission des accidents secondaires, bien que la possibilité en soit niée par un grand nombre de médecins; car en cela, l'opinion dominante est loin d'être une preuve pour moi. »
M. Braud : « Un homme avait eu autrefois une affection syphilitique de laquelle il ne restait aucune trace, sinon un mal de gorge qui se faisait sentir assez fréquemment. Dans cet état de choses, cet homme eut un premier enfant, qui mourut couvert d'ulcérations; il en fut de même d'un second, qui mourut aussi quelques jours après sa naissance. Le père alors me consulta. Après un traitement bomœopathique convenable, 11 eut un troisième enfant, qui se porte très-bien. »
M. Molin : « L'aflection syphilitique en question ne prouve pas que des accidents secondaires seuls se soient transmis, par voie de cohabitation, comme dans l'observation citée par M. Pctroz; il y a simplement développement, pendant la vie intrautérine, d'une diathèse syphiUlique par infection du père ou de la mère. »
M. Arnaud : « Il n'y a rien d'irrationnel à admettre que le sperme qui renferme un germe d'infection transmissible à l'enfant ne puisse, par son incubation dans l'utérus, Influer sur la santé de la mère. »
(Extrait d'un compte-rendu des séances de la Société de médecine homœo'p ithique.J