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ses voyages, l'occasion de jouer en public, non sans succès, à Paris et en Italie. Le roi, en lui conférant Tordre national, consacra son mérite. De tels encouragements, assez peu communs, ailleurs, avant notre époque, n*ont jamais manqué aux artistes danois, selon les tendances généralement libérales d'un gouvernement porté, en tout, à favoriser les talents.
La harpe est devenue, de notre temps, un des organes intégrants de Torchestre. Jadis elle n'apparaissait ■guère que comme instrument solo de concert ou de salon. Ce que sa facture dut, dans les dernières années du siècle, aux Krumpholz et aux Sébastien Erard, nous Tavons expliqué dans un de nos précédents livres. Sur la harpe antérieurement en usage, d'un maniement plus difficile et d'une moindre richesse de ressources, un
virtuose allemand, Kirchhoff, avait acquis une extrême habileté. Il se fixa à Copenhague, y fut attaché à la florissante Chapelle du Roi, et y fit un fort long séjour, coupé seulement par une excursion artistique, couronnée de succès, en Russie, où Saint- Pétersbourg commençait à devenir une des cités les plus musicales de l'Europe. — Kirchhoff a composé pour son instrument des morceaux non dépourvus de mérite.
Plus riche encore qu'au siècle précédent est, en Suède, en Danemark et en Norvège, la littérature spéciale se rapportant à la musique, à son histoire, à sa théorie et à son ensei* gnement. Parmi les ouvrages ou opuscules purement historiques, nous
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trouvons tout d'abord le livre élémentaire, en suédois, d'Orostander. — Niedt, qui était né en Allemagne et qui avait d*abord rempli, à léna, les fonctions de notaire, fit ensuite, à Copenhague, une vraie carrière de compositeur et surtout d'écrivain didactique. D'un esprit caustique et agressif, il s'attira d'ailleurs plus d'estime par ses connaissances que de sympathie par son caractère. Il y a de Tadresse et du talent dans ses pièces pour hautbois ou violon, mais la réputation lui vint plutôt de ses écrits, bien que son ABC muskal, à l'usage des instituteurs et des étudiants, dénote une certaine incohérence. Les trois parties de son traité d'harmonie et de composition constituent une exposition intégrale de la science. La troisième partie, où les chapitres sur le contre-point et les
canons sont remarquables, est posthume, et fut mise au jour par Mattheson.
Les idées de Rameau sur la basse fondamentale se répandirent assez vite par toute TEurope. Un Suédois, Lœfgrœn, les exposa en latin dans une thèse, une Disputatio academîca, soutenue à l'Université d'Upsal sous ce titre : De basso fundamtntalu
C'est un peu à Tordre des amateurs qu'appartient David Kellner, qui fut officier dans les armées suédoises, qui composa un traité de droit public, et qui dirigea la partie musicale des offices à l'église allemande de Stockholm. Ses traités de basse continue et d'harmonie ne dépassent guère les bornes d'une médiocrité honnête.
Il en est tout autrement de Chrétien-Frédéric Breitendich, qui, au
palais de Christianborg, fut organiste de la Chapelle du Roi, et qui, compositeur laborieux et habile, a de plus laisse deux livres excellents :
VEssai abrégé pour acquérir soi-même en peu de temps la pratique du chant choral, etc., et VInstruction sur la manière d'apprendre soi-même l'harmonie, etc. On voit par ces intitulés, où il est question de s'assimiler « soimême » la science, que ce n'est pas de notre temps que datent, dans les titres, les promesses illusoires et fallacieuses sur les connaissances à acquérir « avec ou sans maître ».
Après nous être borné à citer le traité du chant de Hansen, nous passerons à une autre branche d'écrits, à ceux da'ns lesquels la théorie de la musique est envisagée par les points où elle confine à celle de l'acoustique, à la physique générale, à ce que les
Allemands du temps de Schelling et de Fichte appelaient la philosophie naturelle. En cet ordre de productions les travaux d'Eric Burman valent qu'on s'y arrête un moment.
Sans quitter le territoire de la Suède, il y avait fait, en diverses localités savantes, des études fort complètes, joignant les humanités à la culture des sciences exactes. Les beaux-arts ne lui étaient point demeurés étrangers. Musicalement il avait profité des excellents enseignements de Zellinger, maître de chapelle distingué de la cathédrale d*Upsal. Par la suite, il professa les mathématiques. Ses travaux d'astronomie lui firent un nom et le conduisirent à la Société Royale des Sciences. S'intéressant à la musique dans les rapports qu'elle peut offrir avec les hautes connaissances dont il s'était fait une spécia-
lité, il écrivit en latin une dissertation sur la Proportion harmoniqut.
Mentionnons également son Delaude musîccs. Ce fut lui qui donna le sujet et détermina les « positions » d'une thèse universitaire soutenue par un certain Tobie Westenbladt et publiée sous ce litre : Spccimen aca4tmicum de Triade harmonica. Signalons encore un autre DcTriade harmonica, qui fut l'œuvre d'un Suédois, Westblad.
Ce qui est assez remarquable en Burman, et ce qui prouve une complexité d'aptitudes et de goûts dont il serait peu aisé de trouver beaucoup d'exemples, c'est que ce savant, investi de dignités pédagogiques, fut en même temps, comme directeur de la musique à la cathédrale d'Upsal, le successeur de son maître Zellinger.
Dans la série des écrits où la mu-
sique est plutôt considérée comme une science que comme un art, nous avons encore à citer la thèse latine d*un Danois, Jean Hansen, la Disputatio physica dt sonorum quorumdam in chordis conspiratione ad principia physicorum expUcata, On voit par ce titre assez peu clair qu'il s'agissait là delà question, si mystérieuse jusqu'à Helmholtz, du phénomène des harmoniques. Signalons encore le De horologiis musico'automatis du Suédois Asplind, ainsi que la thèse De sono soutenue par un étudiant d'Upsal, Biberg, sous la présidence du recteur Samuel Klingensljerna. — Un académicien de Stockholm, Scheffer, a inséré dans les mémoires de la compagnie une Comparaison maihéma" tique du rapport des sons entre eux, — Riese, qui eut le titre de valet de chambre du roi de Danemark, a pu-
blié un traité du tempérament musical, étudié au point de vue de Tacoustique plutôt que de la musique proprement dite. — Nordwall s'est occupé de la vitesse du son, dans l'une de ces nombreuses thèses, documentées et intéressantes, que produisit l'Université d'Upsal. — On doit quelques savants opuscules au Danois Kratzenstein, à qui une invention mécanique assez curieuse valut un prix de l'Académie des Sciences de Pétersbourg. — Tout à la fin du siècle, nous rencontrons l'écrit plein de savoir, la Dissertatio de imagint soni seu écho que composa le professeur Nordmark. Nous comprendrons enfin dans cette section l'essai de Straehle sur le tempérament et l'accord des instruments de musique.
A l'ordre des études de tour his-
torique se réfère toute une littérature latine, d'origine universitaire, dans laquelle nous ferons figurer la Dis" sertatio de primis musicx invcntoribus d'un professeur pourvu lui-même d'un nom à désinence latine, Arrhenius, qui occupa la chaire d'histoire à Upsal. Beaucoup d'autres travaux se rapportent à l'examen, poursuivi également en Allemagne avec tant de curiosité, de diverses ques* lions ayant trait à la musique des Hébreux de l'ancien Testament. C'est ainsi que le savant orientaliste des Universités d'Abo et d'Upsal, Daniel Lund, qui finit par devenir évêque de.Strengnaes, écrivit un De musica Hchrxorum antiqua. — Bartholin, mathématicien, qui fut membre du Consistoire de Copenhague, et à qui ses voyages dans la plupart des nations cultivées de l'Europe avaient
contribué à ouvrir i'esprit, a traité, avec une érudition qui nous paraît quelque peu oiseuse, des effets thérapeutiques de la musique sur le roi Saûl. -» Le Danois Sonne essaya de décrire les sonores et retentissantes exécutions musicales, qui, d'après le Livre des Rois et les Paralipomènes, avaient lieu dans le temple de Jérusalem. — Eilschow avait entrepris une oeuvre semblable, qu'il voulait faire très complète. Il avait annoncé une série de monographies relatives aux divers éléments de la musique religieuse, vocale et instrumentale, des Juifs. Mais il ne réalisa pas son projet. Il s'en tint à un essai préliminaire De choro antlquo a Davidc instituto ut templo inserviret. Des sujets d'un intérêt plus immédiat et plus aisément perceptible occupaient aussi les érudits du Nord. Par exemple,
toujours avec Temploi de la langue latine, nous trouvons, sur les destinées de la musique religieuse en Suède, la trace d*une lecture académique importante, dans les fastes de TUniversiié de Lunden. Ce travail consciencieux est plein de curieux renseignements. L*auteur y démontre que, dans l'église suédoise, les instruments ont été de tout temps usités pour soutenir les voix, même à Tépoque où étaient encore en honneur les hymnes en vieille langue gothique.
— Une autre dissertation en langue vulgaire et ayant pour sujet la question, si fréquemment effleurée ou approfondie, de rintroduction de Torgue dans Toffice chrétien, fut Tœuvre du théologien Rhyzelius qui, après avoir été l'aumônier de Charles XII, devint évêque de Linkœping. — C'est encore l'orgue qui tient la place prin-
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cipale dans le livre écrit en suédois par Hulphers, de Westeras, qui d'ailleurs iraite sommairement dans cet ouvrage de la musique en général et des différents instruments, et qui termine son œuvre par une rapide description des orgues les plus beaux et les mieux construits de la Suède.
Nous avons, dans nos études antérieures, rencontré un peu partout, même en Espagne, des ennemis de Tintervention de la musique dans Téglise. Â vrai dire, ce que les adversaires de l'art redoutaient, c'était moins son emploi que ses abus. C'est à ce point de vue, non exclusif, mais sagement restrictif, que se place Tévéque de Gothenburg, Wallin, dans son écrit : Deprudentia in cantionibus eccUsiasticis adhihtnda, — Un autre membre du clergé, de rang moins éminent, Lund, qui avait appris la
théologie à Wittenberg, la ville où Hamlet avait fait ses études, et qui devint diacre à Flensbourg, s*est, comme le précédent, servi du langage des humanistes pour composer, en style châtié, son élégante Oratio dt requîsitis bonx cantons.
Des considérations d^ordre moins étroit étaient aussi parfois l'œuvre des latinistes. £n ce sens, nous citerons la dissertation de Waldner sur les arts libéraux, parmi lesquels, tout naturellement, la musique est comprise. — Muchler qui, au moins comme traducteur, en donnant une version des traités de l'Anglais Harris, s'occupa également de l'art en général, était sujet suédois par sa naissance dans la partie de la Poméranie alors soumise à la Suède. Mais, en réalité, il était allemand par la race, par son long séjour à Berlin, et par
la langue dont il se servait en écrivant.
Gerstenberg, qui fut consul de Danemark à Lubeck, peut passer pour ce qu'on appelle un polygraphe.
Il fut poète, philosophe, critique d'art. Il a composé une sorte de tragédie moderne, Minona ou Us Anglo- Saxons, pour laquelle un compositeur allemand a écrit de la musique. Gerstenberg avait complété à léna les études qu'il avait commencées à Altona. Il fut militaire, et fît la guerre contre les Russes. Il a donné, en langue allemande, quelques essais de critique musicale, insérés dans des revues germaniques telles que le Magasin des sciences el de la Uttéra^ tare de Gœttingen, et le Magasin de musique de Cramer. Parfois il s'attaquait à des sujets arides et techniques, par exemple en exposant une nou-
velle manière de chiffrer les accords dans la basse donnée. Parfois il abordait des questions moins sévères, notamment en ses considérations judicieuses sur le récitatif et l'air dans Topera italien, ou en son ingénieux morceau sur la poésie lyrique italienne.
L'art du Midi est généralement instinctif, spontané. L'art du Nord est volontiers réfléchi, et fondé sur une esthétique préalable. Aux pays septentrionaux, dont nous nous occupons. Ton a toujours beaucoup aimé raisonner, d'une façon générale, sur Tessencedela musique, surses applications, sur son influence, plus ou moins salutaire, dans l'évolution de l'individu et de l'espèce. Aces difTérents objets, également dignes de méditation, se rapportent des écrits tels que celui du Suédois Pape, De usa musices,
OU le De usu musicts morali du Finlandais Mechelin, ou encore l'opuscule du Danois Anchersen en deux parties connexes, le De medicatione per must" cam auquel répond symétriquement le Quomodo musica in corpore agit cl vires exercet» Le théologien Kofod, qui fut chapelain de la Cour, à Copenhague, et qui se fît une réputation de prédicateur, se plaça au double point de vue du philosophe et de l'historien en développant des considérations relatives à YJnfluence de la musique sur l'espèce humaine où sont examinés les effets, nobles et purifiants, ou troublants et lascifs, des modes, des mouvements, des rythmes dans l'appareil d'art musical des anciens et des modernes. — C'est à peu près la mênie question qui se trouve traitée avec plus d'ampleur, avec une finesse supérieure de
sentiment critique et historique, dans un ouvrage de Johannes Boye, qui fut Fauteur de livres intéressants sur des sujets fort divers, qui se mêla avec compétence de science politique et d'économie sociale, qui donna, ni plus ni moins que Lucien, un De la manière d* écrire l'histoire , et qui, contemporain de Kant, aiguisa contre la doctrine du maître de Kœnigsberg les armes de la polémique. L*œuvre spéciale, à laquelle nous faisions tout à rheure allusion, porte ce titre: De Vinfluence de la musique et du chant sur l'amélioration de l'homme, Boye s'y montre à la fois moderne, puisqu'il y joint la traduction de Todede Dryden sur le pouvoir et les prestiges de Tart des sons, — et classique, puisqu'il y interprète et y commente le passage où Cicéron, d*accord avec Platon, soutient « nihil tam facile in
anlmos teneros atqut molles influere quam varias cantndi sonos », ajoutant que la musique, par sa vertu « et incitât languentes et languefacit excitatos, et tum remittit animas, tum contrahit » .
CicéroQ insiste, dans le même passage, sur Timportance qu'il y eut, pour plusieurs cités de la Grèce, à conserver scrupuleusement, dans sa pureté, leur ancien mode national, à le maintenir exempt d'altérations qui auraient pu le rendre apte à inspirer, non plus la vigueur et l'énergie, mais la mollesse et la sensualité. — Boye, en regard des effets merveilleux attribués par la tradition à la musique antique, évoque les impressions, selon lui peut-être non moindres, que peut causer sur les âmes la musique de certains artistes de son époque. — Mais si Tauteur, par la plus grande partie de sa carrière, par ses origines
et ses analogies intellectuelles, appartient à l'âge antérieur au nôtre, il n*a publié Touvrage dont nous parlons qu'en 1824, c'est-à-dire dans une péiiode dont l'étude' ne fait pas l'objet du présent travail. Bientôt, d'ailleurs, nous aurons l'occasion d'exposer ce qu'au dix-neuvième siècle ont produit de saillant et de caractéristique, p^r ra^pport à la musique, la pensée et l'art des trois pays Scandinaves.
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