O HISTOIRE
orgues, où s'est fait aussi très favorablement connaître De Volder,
C'est à une place d'honneur qu'ont incontestablement droit les deuxSax, Charles-Joseph et son fils Adolphe.
Ils furent, l'un et l'autre, de perspi« caces et ingénieux inventeurs. Charles- Joseph avait approfondi le métier jusqu'au point d'apprendre, en ouvrier, la menuiserie et l'ébénisterie.
Il monta une manufacture d'instruments à vent d'où sortirent des flûtes, des clarinettes, des bassons de la meilleure structure. Il s'occupa aussi des instruments de cuivre et réalisa quelques importantes découvertes acoustiques. Adolphe Sax, encouragé par Berlioz, plus tard par .Mejerbeer (qui s'intéressait à ses expériences et avait, dit-pn, écrit pour ses instruments nouveaux une version spéciale de certaines parties
de r Africaine), eut à soutenir bien des persécutions, bien des luttes. Il fut, en son genre , un de ces artistes comme Bernard Palissy, capables des sacrifices les plus pénibles en vue d*assurer le triomphe d'une idée fixe.
On lui doit l'amélioration décisive des voix les plus puissantes, les plus formidables de Torchestre, où ont aujourd'hui droit de cité le saxhorn, le saxotromba et surtout le saxo« phone.
Véritable savant dans Tordre des études acoustiques, Mahillon s'est distingué par ses travaux pratiques de constructeur et par ses monographies excellentes sur des questions techniques du plus vif intérêt. Il avait formé, dans sa maison, un riche musée instrumental, rempli des plus curieux et des plus précieux spécimens, et incorporé depuis à la
collection du Conservatoire Royal de Bruxelles. A des dates récentes, il a publié un excellent catalogue descriptif et analytique du Musée instrumental de ce Conservatoire (3 vol.
1887-1900). — Nous citerons encore, comme facteur de pianos réputé, Berden.
II n'est point de pays d'Europe où, au dix-neuvième siècle, la littérature spéciale que l'on peut désigner sous le nom de musicographie ait été cultivée avec plus de science et d'éclat qu'en Belgique. Quelle reconnaissance ceux qui ise vouent à ce genre, si attachant, d'études ne doivent-ils pas à un Fétis et à un Gevaert, tous deux, en des sens différents, des initiateurs, pourvus des vastes ressources de la
culture générale et de l'érudition méthodique? Il est de mode aujourd'hui, en certains milieux irrespectueux, de railler Féiis et de lui reprocher, non sans amertume, quelquesuns de ces ridicules légers dont sont rarement exempts les hommes d'une tournure d'esprit originale et caractérisée. Pour apprécier sainement l'encyclopédique labeur de ce travailleur inflexible, il est nécessaire de se rappeler que la science à laquelle il se voua, organisée depuis longtemps en Allemagne, héritière déjà, en ces régions, de beaucoup de fructueux efforts et d'une tradition, très longue, était encore, dans les pays de langue française, à l'état embryonnaire. Il s'agissait, en réalité, de créer un ordre nouveau de connaissances. On ne pouvait y réussir que grâce à d'énormes tra-
vaux préparatoires, en se guidant d'après Tintuition et Tinstinct à travers un dédale pour lequel il n'existait point de fil d'Ariane. Il fallait donc une hardiesse peu commune pour entreprendre une œuvre comme la Biographie universelle des Musiciens.
Ajoutons que, malgré des erreurs, des lacunes, des partialités parfois bizarres dans le jugement, cette colossale besogne fut, en général, accomplie avec une entente, une compétence, une conscience audessus de reloge. Fétis est injuste pour certains maîtres, par exemple pour Mendelssohn. Encore doit-on remarquer que ses appréciations qui, dans leur nouveauté, parurent presque blasphématoires aux contemporains, se trouvent aujourd'hui d'accord, en plus d'iin point, avec le sentiment qui prévaut en Allemagne. Son style
est parfois déparé par des lourdeurs de rédaction, des aigreurs de polémiste, par Tafîectation intermittente d*un pédantisme un peu suranné. A d'autres égards, il se montre écrivain ; ii a fréquemment à son service la sobriété, la concision, le tour ferme et précis de la phrase, Ténergie caractéristique de l'expression. Principalement quand il s'agit de définir les maîtres de la haute époque, qu'il soit question d'un Palestrina, d'un Lassus, d'un Bach, on peut dire qu'il est en avance et qu'il fait preuve d'un sentiment critique bien rare au temps où il travaillait. Enfin, il ne néglige aucune portion secondaire, aucun détail accessoire dans l'immense sujet qu'il s'était imposé. Il en développe même, à l'occasion, le côté pittoresque, et les anecdotes nombreuses que, chemin faisant, il
relève, sont fréquemment significatives et bien contées.
Indépendamment de la Biographie, Fétis a beaucoup produit. Il est regrettable que son Histoire générale de la musique soit demeurée inachevée. Pour la mener à bien, selon les dimensions qu'il avait adoptées, il eût fallu atteindre un chiffre considérable de volumes. Nous ne pouvons songer à énumérer tous ses ouvrages. C'est véritablement « l'embarras des richesses ». Que de points particuliers, en des études spéciales, il éclaircit avec logique et perspicacité! Rappelons au moins sa Revue musicale, inaugurant un genre alors à peu près inconnu, sa collaboration au Temps, au National, Véritable bénédictin laïque, méditatif, obstiné, voué uniquement et invinciblement à la réflexion et à l'étude, il eut la
« large cervelle » dont un contem* porain faisait l'attribut des moines tenaces et opiniâtres à qui les sciences historiques sont si redevables.
Fétis était fort lettré ; il possédait en connaisseur plusieurs littératures.
Ses études d'artiste, il les avait faites à Paris, où il fut élève,. pour Tharmonie, de Rey, pour le piano, de Boteidieu et de Pradher. Il déploya plus tard de grandes aptitudes comme professeur de composition à notre Conservatoire. Ses œuvres didactiques, notamment son grand Traité du contre-point tt de la fugue, ont de l'importance. Il avait approfondi avec sagacité la théorie de l'harmonie, et il fut un de ceux qui, de notre temps, ont le plus contribué à coordonner, à fixer la doctrine, encore incohérente et incertaine.
L'activité pratique de Fétis fut mul«
tiple. Sa revision du chant de l'Eglise romaine ne doit pas être passée sous silence. Il fut de ceux qui virent clair dans les inextricables questions rela* tives au plain-chant, plus ou moins corrompu par l'effet des âges et de la transmission empirique. Quant à ses travaux de compositeur, bien que révélant l'habileté d*une main expérimentée, ils pâlissent un peu en regard des services signalés rendus par le savant.
Vénéré dans son pays, mis à son rang, Fétis fut maître de chapelle du Roi, et, à partir de i833, directeur du Conservatoire de Bruxelles, fondé par arrêté royal de 1 832, et où il déploya l'activité la plus soutenue, la plus féconde, dans un e*space de temps relativement très court, en résultats heureux. Ce qui peut démon« trer ce que valaient, dans Tordre
pratique, son expérience et son tact, c'est la désignation que fit de lui, pour présider, aprè^ sa mort, aux pénibles études de l' Africaine, Meyerbeer, juge si pénétrant, si subtil, surtout quand l'intérêt de sa propre gloire était en cause.
On ne saurait passer sous silence les grands concerts classiques, si utiles àl'éducatioR musicale du publicbelge, qu'organisa Fétis et qu'il dirigea pendant un très grand nombre d'années. Ces concerts remplacèrent les exercices d'élèves. L'exemple de Bruxelles fut suivi à Liège et à Gand.
Observons que, à Bruxelles, ces séances eurent lieu dans différentes salles, celles du Grand Concert, de la Loyauté, de la Grande Harmonie, puis l'ancienne salle de bal, appropriée à cet efft^t, du Palais Ducal. Le Conservatoire n'était pas alors installé