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O HISTOIRE

famille, à figurer dans un travail tel que le nôtre. Douée d'un instinct musical peu commun, elle avait bien profité des leçons de ses maîtres, Porpora pour l'enseignement vocal, Haydn pour la technique instrumentale et la composition. Métastase Pavait en grande affection. Il la vante pour « ses mœurs pures^ ses honnêtes et louables études » dans son testament où il lui assurait un legs pécuniaire important, auquel il. joignit le don de son clavecin, de ses épinettes et de sa riche bibliothèque musicale. Les « samedis » de Marianne Martinez furent un moment célèbres à Vienne. Burney, qui fut son hôte^ admira la beauté de son organe, ses talents de professeur, l'agré^ment sérieux de ses œuvres, sonates de piano, morceaux religieux à quatre et à huit voix, avec orgue et orchestre.

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Cette femme de mérite fut reçue comme académicienne au nombre des Philharmoniques de Bologne.

Nous n'avons plus, pour achever ce chapitre, qu'à envisager ce que fut en Espagne, au xviii^ siècle, la littérature musicale. Elle est digne de la plus sérieuse attention. Le franciscain Martin y Coll publia successivement deux traités de plain-chant.

— Nous avons eu déjà l'occasion de nommer le bénédictin Feyjoo y Monténégro, esprit avancé, polygraphe de valeur. Il a comparé la musique antique à la musique moderne dans un des discours qui composent les -seize in-octavo de son Teatro Critico univcrsal, dont d'Hermilly fit paraître à Paris, en 1742, une traduction française. Dans ses discours sur la musique, Feyjoo blâme les italianisants, et se montre le par-

tisan de la tradition dans sa rectitude et dans sa pureté. Il condamne l'introduction à l'église du style trop orné et efféminé. Il oppose Literes à Duron, et adresse à ce dernier un reproche (auquel du reste il mérite d'échapper en partie) pour avoir fait entendre les violons à l'église. Ces pages de Feyjoo sont ce que la critique a produit, en Espagne, de plus brillant dans la première partie du XVIII® siècle. Sa supériorité de vues lui valut les attaques de tous les rétrogrades et de tous les routiniers.

— C'est parmi ces détracteurs malencontreux qu'il convient de placer Cerbellon de la Vera, auteur du Dialogue harmonique, — Nous avons, à propos du cardinal Ximénès, fait allusion au rite mozarabique usité à Tolède. Une étude sur cette forme curieuse de la tradition fut insérée par

Florez dans un des vingt-neuf volumes de'son Espagne sacrée, ou théâtre géographico historique de l'église d'Espagne, Romero de Aviia, auteur d'un livre didactique intitulé Art du plain-chant et orgue, etc., traita également du chant mozarabique appelé aussi chant eugénien, dans un travail adjoint auBreviariumgothicum secun»dum regulam Beatissimi Isidori, etc., ad usum sacelli Mozarahum. Malgré des incertitudes, ces pages sont intéressantes, dit Fétis « pour l'histoire de la formation du chant mozarabe par le mélange de l'ancien chant gothique d'Espagne avec le goût des mélodies mauresques » .

L'Espagne est, indirectement, pour quelque chose dans l'opuscule par lequel Alexandre Scarlatti montra des qualités d'écrivain, car son travail eut pour point de départ la discussion.

mentionnée précédemment, qui s^était élevée, au sujet de l'emploi, dans une messe de Valls, d'une double dissonance de seconde et de neu-^ vième. Scarlatti, en ce petit ouvrage, fit preuve non seulement de savoir, mais encore de diplomatie, car il trouva moyen de louer les deux adversaires, sans se prononcer décidémenten faveur de l'un ou de l'autre.

Nous avons dit quelle est l'importance, comme compositeur drama* tique, de Rodriguez de Hita, qui fit preuve également d'un véritable mérite comme compositeur religieux; il y a lieu de le replacer ici, entre les écrivains didactiques, pour son Dmpason instructivo, recueil des lettres adressées à ses élèves, dont nous avons parlé, et où l'on doit signaler, relativement au contre-point et à la composition, une excellente tentative

pour unir le sens de la tradition à l'esprit d'innovation. L'auteur y apparaît comme le continuateur moderne des grands théoriciens d'autrefois, Santa Maria et autres. Quant aux Dialectes musicaux, de Fuentes, oeuvre rétrograde, ils ne méritent qu'une mention^

Il est une question, qui touche aux sujets musicaux proprement dits, et qui au xviii* siècle a été étudiée dans tous les pays de l'Europe : celle des effets thérapeutiques de la musique sur les personnes qui ont été piquées de la tarentule. Traité par des Italiens^ des Anglais, des Allemands, ce sujet, qui nous paraît excentrique^ trouva aussi, pour l'examiner, un Espagnol, Serao, médecin qui était né à Anvers de parents venus d'Espagne.

Mentionnons ici le Père Andrès^,

savant jésuite, imbu d'un sentiment littéraire très élevé. Il avait enseigné avec éclat les belles-lettres grecques et latines quand l'abolition de son ordre le contraignit à sortir d'Espagne.

Il professa quelque temps la philosophie à Ferrare. Puis il fut bibliothécaire du duc de Parme. Il devait plus tard, à Naples, devenir préfet de la Bibliothèque Royale, sous le règne de Murât. Sans parler de son opuscule sur la musique des ArabcSy le Père Ândrès s'est fort préoccupé, avec goût et sagacité, de cet art, en son grand ouvrage italien sur les origines, les progrès et l'état présent de toutes les littératures. Ce livre intéressant comprenait sept volumes in-quarto dans l'édition originale.

Il a été plusieurs fois réimprimé, particulièrement à Pise, en vingt-trois volumes innsctavo. En somme, le

Père Juan Andrès doit être considéré comme un de ces esprits généralisateurs qui apparaissent de loin en loin pour faire l'inventaire des richesses intellectuelles de leur teipps, et qui jouent un rôle important pour la vulgarisation des jugements sains et des connaissances précises.

Au genre didactique, en ce qu'il a de plus aride, se réfère l'œuvre d'Adan, les Documents pour l'instruo tion des musiciens et des amateurs.

C'est une sèche et courte méthode, par demandes et réponses, où l'auteur traite du contre-point, de l'imitation, de la fugue^ des canons, des « fan* taisies à trois et à quatre différents sujets, avec la manière d'y répondre », etc. L'œuvre marque un esprit étroit et routinier.

Le bannissement des jésuites qui motiva le séjour du Père Andrès en

Italie, j conduisit aussi Arèvalo, connu par son Hymnodia Hispanica ad canîus latinitaiis métrique leges revocata et aucta. Un autre jésuite expulsé d'Espagne, Requeno y Vives, se fît par sa science une place dans le monde énidit de Rome. Il s'occupa d'archéologie musicale dans son Essai, assez aventureux, sur le rétablissement de l'art harmonique des chanteurs grecs et romains. On lui doit pareillement une brochure sur le tambour « instrument de première nécessité pour régler les mouvements des troupes ». Sa pensée était d'arriver à ce que l'on fît du tambour un instrument accordé à la façon des timbales, donnant une intonation vraiment musicale, et même une harmonie élémentaire comme celle de l'accord parfait.

Dans le groupe des travaux tech-

niques rentre le traité de plain-chant du moine Ramoneda. Au contraire, c'est à une branche purement littéraire que se rattache le poème déjà signalé d'Yriarte sur la musique, avec ses cinq chants écrits en vers sonores, d'un tour presque classique. Une traduction française en fut donnée par Grainville, à Paris, en 1799; elle était accompagnée de notes par le citoyen Langlé, membre et bibliothécaire du Conservatoire de Musique.

Cette traduction était dédiée au corps enseignant du Conservatoire. Cherubini, Lesueur, Martini, Ernest, Assmann, Lefèvre, Méhul et autres félicitèrent l'auteur d'avoir enrichi les lettres françaises de cette version d'une oeuvre intéressante.

Traduit en anglais et en italien, le poème d'Yriarte fut l'objet des éloges du Père Martini, le célèbre maître

de Bologne, de Mattei, de PlaDelli de Métastase.

Une place àparC, dansl'hisioireartisiique, doil être réservée à ExiineDO

el i Aîteaga, l'un et l'autre jésuilei rérugiés.commequelques-uns des précédents, et qui, eux aussi, se servirent, dans teursécrits, de lalangue italienne.

Eximeno avait fait de brillantes études à l'univeruté de Valence. II

avait, depuis, enseigné les mathématiques à Técole militaire de Ségovie.

A Rome, où il fut contraint de se rendre, il se lia avec les savants et entra dans plusieurs sociétés littéraires. Sous le nom d'Arisiodema Megareo il fut agrégé à celle des Arcadiens. Il se voua à Thistoire et à la théorie de la musique, fut pris à partie dans différentes feuilles périodiques, et répliqua avec autant de bonne grâce que d'esprit, non sans faire preuve d'un sens aiguisé de la polémique. C'est ce qu'on peut voir en particulier dans la réponse qu'il fit au Père Martini, qui avait réfuté un de ses ouvrages. £n cet opuscule, qu'il intitule plaisamment « Doute »

{Dubbio), Eximeno feint de se demander si la véritable intention de Martini a bien été de le confondre, et non, au contraire, de l'appujer.

L'œuvre à laquelle s'était attaqué le Père Martini était intitulée : De r origine de la musique, avec Vhistoire de ses progrès, de sa décadence et de son renouvdUment. Dans ce livre Eximeno détruit, avec une inflexible logique, les préjugés esthétiques consacrés par la pédagogie alors admise. Il porte un coup sensible aux théories d*£uler, de Tartini, de Burette et surtout du Père Martini. Une telle manière de procéder devait naturellement lui faire beaucoup d*ennemis. Mais il rencontra aussi des approbateurs illustres, en particulier Jomelli.

Après avoir fait table rase des systèmes antérieurement reçus, Eximeno édifie le sien, fondé tout entier sur ces principes : la musique procède de l'instinct, comme le langage ;-— la musique est une vraie langue ; — la musique et la prosodie ont une origine commune.

Eximeno fut le premier qui parla de l'importance du goût populaire dans l'art musical; il formula cet axiome que chaque peuple doit construire son système musical sur la basé du chant national.

A la fin de sa vie, les polémiques violentes qu'il avait suscitées lui inspirèrent un écrit original et piquant, un roman plein d'humour et d'esprit, Don Lazarillo Vizcardi, qui est un peu à la littérature musicale ce que le Don Quichotte est aux romans de chevalerie.

Les œuvres en langue italienne d'Eximeno ont été traduites en espagnol par Gutiérrez, chapelain du roi Charles IV.

On peut considérer comme un des livres marquants du siècle l'important écrit d'Ârteaga : le Kivoluzioni del teatro musicale italiano, dalla sua

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origine, fine al présente. C'est l'ouvrage le meilleur et le plus développé qui existe sur ce sujet. L'auteur a approfondi la matière en érudit ; il la traite en lettré, et son énorme bagage de savoir n'alourdit jamais chez lui le style. L'ouvrage, paru d'abord en deux volumes, s'enrichit, à sa seconde édition, bientôt suivie d'une troisième, d'un volume supplémentaire, non inférieur aux précédents pour la sûreté de l'information et la nouveauté des aperçus.

Comme l'ont très curieusement établi MM. Pedrell et Menendez Pelayo, Arteaga, dans sa conception du drame lyrique, se rapproche des idées et des vues qui, de nos jours, ont trouvé en Richard Wagner leur plus insigne représentant. D'autre part, dans ses Investigaciones filosO" ficas sobre la Belleza Idéal, il apparaît

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comme le devancier des Hanslîck, des Engel (auteur des Idées sur le geste et Caction au théâtre) et autres esthéticiens contemporains. Il est regrettable qu'un autre ouvrage en sept dissertations,sur le Rythme sonore et le Rythme muet des Anciens, demeuré manuscrit^ se soit, selon toute apparence, perdu.

Pour composer ses Révolutions, Ârteaga avait mis à profit, durant son séjour à Bologne dans la maison du cardinal Albergati , la magnifique bibliothèque privée du Père Martini.

Arteaga avait au reste été universellement bien accueilli par ses confrères d'Italie. L'Académie des sciences de Padoue l'admit au nombre de ses membres. Non moins apprécié à Rome, il s'y lia avec l'ambassadeur d'Espagne près la cour pontificale, le chevalier Azara, à la suite duquel il vint à Paris.

Sa HISTOIRE DE LA MUSIQUE

Les Kévolutions du théâtre musical italien eurent, dèsTorigine, un grand retentissement. Un abrégé français en fut donné à Londres, par un émigré, le baron de Rouvron. Le savant Forkel en publia une traduction allemande, qu*il augmenta de notes intéressantes. Actuellement Arteaga est mis à un rang très élevé en Espagne, où il est, avec le Père Ândrès et Eximeno, au nombre des écrivains d'autrefois les plus honorés par la nouvelle École.

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