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LA LITTÉRATURE MUSICALE ET LA CULTURE ARTISTIQUE

Une grande activité, une application soutenue n'ont cessé, durant ce siècle, de régner, en Espagne, dans la littérature spéciale à la musique. Ainsi a été perpétué et accusé encore ce caractère déjà si fortement marqué, comme on l'a vu, dans les époques précédentes. — Ne parlons, que pour mémoire, de Bocons, envoyé en surveillance à Dijon, sous le règne de Napoléon, et qui a collais

boré, pour certaines notices musicales, à la Biographie universelle de Michaud. Ce littérateur obscur qui, à la fin de sa malencontreuse existence, ne vécut que des secours d'une dévouée servante, digne du prix Montyon, avait annoncé un ouvrage en quatre volumes, qui n'a point paru, et qui devait être la rédaction des longs souvenirs anecdotiques de M""* Catalani. — Puisque nous en sommes aux livres qui n'ont pas vu le jour, mentionnons les œuvres manuscrites du chanoine Secanillas, nommé plus haut comme compositeur religieux de quelque valeur, et qui a écrit, mais non fait imprimer, une Théorie générale de la formation de l'harmonie, un Tableau des accords, etc.

Nous signalerons en hâte le traité élémentaire de musique de Roca y

Bisbal, la Grammaire raisonnée muiicale composée en forme de dialogues, de Moretti, amateur qui avait servi et atteint le grade de général.

On doit quelques publications relatives à la musique au colonel Amorôs, Virués y Spinola, titulaire de dignités importantes et de grades militaires élevés, s'intéressa à la théorie de la musique, considérée scientifiquement. Un de ses opuscules a été traduit en français.

Nous nommerons le Père Rius, parce qu'à une époque déjà ancienne, en 1841, il joignit à un de ses livres une étude sur la nécessité d'un Opéra national espagnol. — Indiquons enfin, comme dignes de mention à des points de vue divers, la Nouvelle Méthode de plain-chant réformé, de Rementeria ; le Nuevo sistema musical, de Regart; la Equi-

notacton musical, de Asis Gil et Frontera de Valdemosa, et, plus récemment, la TachygraphU musicale, de Guasch.

Nous indiquerons encore, dans la section de la littératuredidactique, les a éléments «, systèmes ou méthodes de plain-chant de Garcia y CastaiTer (1827), d'Iîîiguez, Santisteban, Roman Jimeno, Marcosy Navas, Masramôn y Godô (i858j. Pour l'orgue, nous rencontrons les traités de deux des mêmes, Iniguez, organiste à Séville, et Ildephonse Jimeno, — auxquels il faut joindre les ouvrages de Goberna (de Barcelone), d'Ubeda, et de Calvo (traité du pédalier). Lôpez Almagro a donné une méthode d'harmonium. Des méthodes de piano ont été publiées par Compta, Aranguren, Pujol. On doit des méthodes de guitare à Salvador Gil (1814) et à

Damas (guitare et bandurria). Comme auteurs de méthodes de solfège, nous trouvons Jimeno, Torramorell, Pinilla, Lladô, Pardâs,Eslava, LIanos, Benito. — Cordero)' Fernandez, Yela de la Torre, Justo Blasco ont écrit des méthodes de chant. De bons manuels d'harmonie portent les signatures de Pinilla, Galiana, Arin. Nous terminerons cette liste par des livres de théorie générale, \eSistema musical dt la Ungua castellana, de Sinibaido Mas (i83i), et la Geneuphonia de Virués y Spinola. Nous n'omettrons pas non plus les traités de déclamation de Julian Romea, de Barroso, de Bastus {Curso de declamacièn), et de Manuel Mila (ce dernier ouvrage d'un mérite rare). Nous avons précédemment signalé les excellentes E/udirs de musique religieuse de M. Jimeno de Lerma.

Un rôle d'initiateur, en un sens, fut celui d'Eslava, maître de chapelle de la reine Isabelle II, compositeur religieux très fécond et de réel talent, auteur applaudi de quelques opéras,

EsLAVA

mais qui a surtout marqué sa place comme érudit et comme écrivain.

L'un des premiers, il s'est préoccupé de restaurer l'art musical, jadis si noble et si original, de sa patrie. A cet égard, sa grande publication.

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la Lira sacro-hispana , colIectioQ d'œuvres religieuses des maîtres les plus fameux, bien que témoignant d'une insuffisante vigueur d'esprit, et donnant prise à beaucoup d'objections de détail, est une tentative des plus méritoires et des plus utiles. Les mêmes observations favorables et restrictives s'appliqueraient à son Musco orgânico espanol, recueil de pièces des meilleurs organistes. Les ouvrages didactiques d'Eslava ont de la valeur, et sa Gaceta musical de Madrid, dont, par suite de l'indifférence des lecteurs, il ne put pousser la publication au delà de la seconde année, fut une entreprise utile, qui, nonobstant son insuccès final, concourut au progrès en faisant, comme disait Herder, sur une foule de points < régner dans les esprits des idées plus claires ».

Parmi ceux de ses élèves, encore vivants, qui font honneur à son enseignement, citons M, Zubiaurre, le critique Esperanzay Sola, M.Fernândez Caballero, etc.

Nous avons, parmi les compositeurs, fait une place à Saldoni, en même temps historien des plus dignes de louanges. — Espin y Guillen, également compositeur, organiste habile, fut de plus un esthéticien clairvoyant, un critique judicieux et informé. — Soriano-Fuertes a dirigé, après Espin y Guillen, son fondateur, le premier journal musical publié en Espagne, la Iberia musical y llteraria, qui eut une existence assez courte. Il créa plus tard la Gacda musical barcelonesa. Il fut l'auteur de la Musica Arabo Espanola, et d'une Histoire, en quatre volumes, de la Musique espagnole depuis l'arrivée des

Phéniciens jusqu'à l'année i85o. — Dominguez de Gironella fit paraître el Mundo Musical, revue qui n'eut qu'une carrière fort limitée. Le journal el Arliita, de M. Climent y Cavedo, n'eut pas une fortune plus durable.

Parmi les collaborateurs d'Eslava à la Gaceta musical de Madrid, nous rangerons Gil, traducteur en espagnol du Traité d'Harmonie de Fétis, et Juan de Castro, qui avait dirigé précédemment la Espana musical y literaria, et qui a composé une bonne méthode de chant théorique et pratique.

A la littérature musicale se rattache le poème satirique écrit en iSSy, par Breton de Los Herreros, contre la fureur « philharmonique ». Ce sont les excès des rétrogrades auxquels s'attaque Breton. Il se plaint de l'engouement, alors exclusif, des Madrilènes i3

pour les pauvretés du style italien, et il blâme ceux « qui déprécient le théâtre espagnol ».

La situation artistique s'est beaucoup améliorée en Espagne au cours de ces dernières années, par suite d'un mouvement intellectuel dont l'un des promoteurs est M. Pedrell, que nous avons eu l'occasion de citer souvent et dont nous avons caractérisé l'œuvre en tant que compositeur. Il n'a cessé de réserver et de maintenir, en art, les droits de l'autonomie espagnole. A la même œuvre « nationaliste » que lui, ont concouru des hommes de mérite, tels que M . Gabriel Rodriguez et M. Rafaël Mitjana, mentionné par nous précédemment, esprit net, ardent, qui possède en érudit les questions qu'il traite en écrivain.

L'œuvre de savant et de critique

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de M. Pedrell comprend Por nuestra musica, l'opuscule sur Les Pyrenéçs écrit en 1891, Nuestra musica en loi siglos XV y XVI, les huit volumes parus de la Hispanix Schola Musica sacra, l'Essai, en cours de publication, d'une Bi'6/i'o^raph(emus(*ca/e^ les cinq volumes du Théâtre lyrique espagnol antérieur au xix" siècle, le premier volume du Dictionnaire Bio-bibliographique.

Maintenant M. Pedrell vient designer un traité avecles éditeurs de Leipzig, MM. Breitkopf et Hàrtel, pour publier une édition monumentale des œuvres complètes de Victoria en huit volumes, le dernier consacré à la biographie du maître et à l'étude critique de ses œuvres.

Nousmeniionneronsici d'autresauteurs et d'autres ouvrages : la Cronica de la opéra italiana en Madrid desde el aho lySS hasta nuestros dias, par Car-

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mena y Millân (1878); la Opéra en Barcelona, étude historico-critique par F. Virella Cassaïïes (1888); la Opéra espanola y la Musica dramatica en Espana en el siglo xix par Pena y Goni {1881); les Lettres à un ami sur la musique en Allenwgne par Mariano Vâzquez (1884) ; l'œuvre, en anglais, de Juan F. Riano, les Notes critiques et bibliographiques sur la musique espagnole (Londres, 1 887) ; l'édition des œuvres musicales de Cômes, par Don Juan Bautista Guzman (1888) ; el Alicante Artistico musical, de Villar Miralles; les Etudes de critique musicale de F. Virella Cassanies, publiées, après sa mort, en 189$, la Musique à Valence, de Blasco (1896); la Musique populaire, religieuse et dramatique à Saragosse, par Lozano Gonzalez (1895].

Une contribution importante à

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l'esthétique et à l'histoiie musicale est apportée par les discoursde réception de différents artistes ou critiques, à l'Académie des Beaux-Ans, par exemple ceux de Barbieri et Jimeno de Lerma, d'Esperanza y Sola, du comte de Morphy, de Peîîa y Goïïi, de M. Pedrell, de M. Breton, etc.

Dans un bon nombre de journaux politiques espagnols, il n'y a pas de critiques musicaux attitrés. Beaucoup de comptes rendus, consacrés aux premières, ne sont guère que des articles de reportage, où l'on n'entre pas dans l'analyse pénétrante et raisonnée de l'œuvre, et où l'on n'insiste guère que sur l'exécution. L'Espagne a toutefois, dans notre siècle, produit des critiques distingués, notamment Piferrer, qui fut un poète de mérite, et qui fît preuve, comme esthéticien, de beaucoup d'intel-

ligence et de finesse. Après lui Faigas •j Soler a écrit près de quarante ans au Diario de Barcelona, auquel ont collaboré Cuspinera et Pedrell, et où M. Suârez Bravo donne maintenant d'excellents articles.

La Epoca de Madrid, nous fournit les noms de Goizueta et Peîïa y Goni, de Mitjana, et, à l'heure actuelle, de M. Cecilio Roda.

Marsillach y Lleonard fut, dans ses articles, un des plus chauds partisans de Wagner, dont il traduisit trois opuscules, et en faveur duquel il entama des polémiques.

Le Père Uriarte, auteur d'un remarquable Traité du chant grégorien, est un critique de la plus haute valeur, dont l'autorité est considérable. Ses Etudes sur le drame lyrique espagnol sont une œuvre de premier ordre. Il est regrettable que

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son activité intellectuelle ne s'exerce pas plus fréquemment sous cette forme.

Dans VUltima Hora écrit M. Noguera, de Palma de Majorque. Compositeur de valeur, il a, comme critique, des opinions très personnelles.

On en peut dire autant de M. Arana, de la Galice, qui possède des dons remarquables de jugement et de sagacité . Dans les journaux de Valence, nous rencontrons MM. Benavente et Bussô, et dans les journaux locaux ou étrangers, M. Lopez Chavarri qui, jeune encore, développe avec talent des idées larges et neuves. El Libéral insère, de temps à autre, des études de M. Manrique de Lara, officier de marine et compositeur dont il a déjà été question.

Dans la Correspondance d'Espagne, et dans d'autres journaux et revues,

le comte de Morphj, dont ia mort est récente, a donné des articles relatifs aux représentations d'opéras et aux concerts. C'était un amateur instruit, qui, tout d'abord, avait fait des études complètes en vue de suivre la carrière musicale. Il a approfondi l'œuvre des vihutlislas du xvi° siècle, et a fait des transcriptions, gardées par lui inédites, de plusieurs de leurs compositions. Pris pour secrétaire par Alphonse XII,ilavait éléconfirmé dans cet emploi par la Reine Régente, qui, ainsi que l'Infante Eulalie, professe, on lésait, pour les arts, et en particulier pour la musique, un goût très éclairé et très vif.

C'est depuis 1868 que M. Esperanza y Sola s'occupe de critique musicale. Il écrit d'ordinaire dans la Ilustraciôn Espanola y Americana.

Secrétaire d'Etat, membre de l'Aca-

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demie, il a, dans ses articles, où il a passé en revue tout le mouvement artistique contemporain, fait preuve de rectitude, de grande bonne foi, d'adroite et souple intelligence.

Parmi les journaux et revues consacrés à la musique, nous indiquerons encore la Ilustraciôn musical Hispano-Americana, que M. Pedrell a publiée pendant neuf années, la Correspondancia musical, fondée en 1878, par l'éditeur Zozaya, et qui vécut sept ans, le Bolelin musical, publié, à Valence, par l'éditeur Sânchez Ferriz, la Gaceta musical, de la même ville, publiée par M. Rue Salcedo, et le Bolelin de l'Insiituciô de musica catalana, qui paraît à Barcelone. Signalons enfin la Espana musical et la Musica ilustrada, qui ont dernièrement fait leur apparition à Madrid et à Barcelone.

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Ici, comme partout, nous ferons une place au développement, si important, des études relatives au folk^ lore. Ces études ont pris naissance de bonne heure en Espagne. On peut les y faire remonter aux Juegos de noches butnas à lo divino de Ledesma (i6o5), sans oublier certains passages qui se rapportent au même objet dans les Disquisitiones magicz, mentionnées ci-dessus, de Del Rio (1608). Au xviii° siècle, le Père Eximeno, comme on l'a vu, écrivit que « chaque nation devrait fonder son système musical sur la base du chant populaire », et à la fin de ce même siècle, en 1799, Gonzalez Torres de Nava sollicitait la protection officielle pour recueillir les chants des différentes provinces.

Les mêmes tendances s'étaient marquées dans les De musica libri

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seplem, de Salinas, et dans les écrits du fameux notaire Iza Zamacola, qui avait adopté le pseudonyme de Don Précisa, et qui se montra toujours l'ardent défenseur des chants et des danses populaires.

En ce qui regarde le mouvement folkloiiste actuel, nous avons à indiquer un grand nombre de recueils :

la Musica del pueblo, de Nuïïez Robres (1867), les £cos de Espana (iSyS), de Inzenga, auteur aussi de trois collections de danses et chants des provinces de Galice, de Valence et de Murcie ; les Aires nacionales y populares andaluces (1874), d'Ocdn y Rivas; les nombreuses et fort intéressantes transcriptions de chants basques, dus à M. Santisteban, de Saint-Sébastien. A la même ville appartient Guimont y Echevarria, dont les deux collections portent le titre de

Vasconta. Calvo a réuni les airs populaires de Murcie ; Cabreiizo y Jiméneza rassemblé ceux de Valence.

Chaque région ad'ailleurs,àcetégard, ses spécialistes. A la Corogne, nous trouvons Terres de Adalidet Arana ; à Lugo, Montes; à Séville, Taberner; à Oviedo, Nuevo y Miranda et Anselme del Valle, amateur riche et distingué. En Catalogne, le mouvement est représenté par Aliô e t ses C/ia:isons populaires, ainsi que par l'œuvre fort importante Gansons )i Folias, de Bertran y Bros. La publication de M.

Noguera (le critique de grande valeur dont nous avons parlé], relative au folklore des Baléares, est un des spécimens les plus réussis de ce genre de travail. — Des recueils et des transcriptions d'airs populaires ont aussi paru par les soins de MM. Millet, Tort y Daniel, Morera et Gay.

Comme la musique populaire, la musique religieuse, en Espagne, a, de nos jours, été l'objet des préoccupations des artistes et des érudits.

Une société pour la réforme de la musique religieuse a été formée, sous le nom d'Asociacion Isidoriana, par Tarchevêque-évêque de Madrid, avec la coopération du marquis de Pidal, de MM. Monasterio , Zubiaurre, Esperanza y Sola et de M. Pedrell, qui a publié les quatre volumes du Boldin. En 1898, par l'initiative de cette association, fut provoquée la réunion, à Bilbao, d'un Congrès auquel assistaient MM. Charles Bordes, Guilmant, d'Indy, Gailhard, Paul Vidal, Planté, Tebaldini, etc.

L'influence de VAsociacion Isidoriana s'est exercée heureusement sur la Chapelle du Collège Royal de Corpus Christi, de Valence, et sur

quelques autres maîtrises. L'œuvre de réforme, toutefois, n'avance qu'assez lentement, par suite de résistances dues, dans la plupart des cas, à l'ignorance et à la routine.

A la tête des institutions d'enseignement musical, se place le Conservatoire de Madrid, fondé, en 1 83 1 , par la reine Marie-Christine, femme du roi Ferdinand VII. Dès l'époque de la création, une école de déclamation fut adjointe à cet établissement, dont le premier directeur fut un chanteur italien, Piermarini. Successivement, le Conservatoire a été dirigé par Carnicer, Eslava, Arrieta, M. Monasterio (qui ne demeura dans ce poste que trois ans), et M. Jimeno de Lerma, le directeur actuel.

Le Conservatoire de Barcelone, fondé en i838 par la reine Isabelle II, a été dirigé tour à tour par

Obiols, Balart et M, Sânchez Gabanach, présentement en fonctions.

La fondation du Conservatoire de Valence ne remonte qu'à 1880. Son directeur est M. Roberto Segura, successeur de Giner, qui lui-même avait remplacé Ubeda.

L'Ecole de musique de Saragosse a été fondée en 1890, et a eu tout d'abord pour directeur Ruiz de Velasco. Actuellement, c'est M, Lozano y Gonzalez qui la dirige.

Citons encore la Sociedad filarmônica de Malaga, instituée par M, Eduardo Ocôn y Rivas , et r£co/e municipale de musique de Barcelone, entretenue aux frais de la ville, sous la direction de M. Antonio Nicolau, dont le prédécesseur a été Rodoreda.

A l'ordre de l'enseignement supérieur appartiennent les cours de la

Facitltad de estudios superiores, éiahl-^ par le gouvernement h VAteneo de Madrid. La cliaire de musiquey a pour titulaire M. Pedrell, dont les leçons, très suivies, ont roulé principalement sur YInfluencr delà clianson populaire, sur la Musique espagnole au point de vue rrligieux théâtral et populaire, enfin sur le Drame lyrique et Wagner.

Parmi les Sociétés de concerts, la plus ancienne est celle de Madrid, illustrée tour à tour par Gaztambide, Barbieri, Monasterio, Breton, eic, A présent elle invite les chefs d'orchestre les plus renommés à diriger desséiies de concerts. M. Saint-Saëns a récemment, de cette façon, conduit deux auditions de ses œuvres.

Dirigée tout d'abord par Valls, la Société des concerts de Valence a maintenant M. GoTii à sa tête. — A Barcelone, une société semblable,

placée SOUS la directioa de M. Nicolau, a invué M. d'Indy et, dernièrement, M. Strauss, à tenir le bâton de chef d'orchestre.

Les sociétés chorales espagnoles ont une haute valeur. M. Valle, déjà cité, bon organiste et compositeur de talent, préside à VOrfeon Bilbaino, qui a remporté de nombreuses récompenses à l'étranger. L'Orfeô Calalâ, de Barcelone, a pour chef M. Millet, l'auteur des Catalanescas. Il a récemment gagné à Nice, où il avait, dans l'Orphéon belge, un concurrent redoutable, le prix de lecture à vue et l'un des prix d'honneur.

Ces deux orphéons sont de première force. Ils sont en état d'exécuter, et de la manière la plus satisfaisante, la musique des Morales, des Victoria, des Palestrina, etc.

VOrfeon Pamplones mérite éga-

lement les plus grands éloges, ainsi que \'Eitt€rpe,de Barcelone, et les sociétés fondées dernièrement par Morera, Lapeira, Gay. Nous citerons aussi le Micalet, de Valence, et les anciennes sociétés chorales Clavc, répandues dans toute la Catalogne.

Donnons enfin quelques détails sur la célèbre Académie des Beaux-Arts de San-Feinando, projetée par Philippe IV, fondée par Philippe V, et qui se compose de quatre sections, peinture, sculpture, architecture, musique, — cette dernière instituée par décret du 8 mai iSyS. Voici les noms des membres de la section de musique, avec la date de leur élection :

Monasterio(i873), Zubiaurre (187 3), Jimeno de Lerma (i883), Esperanza y Sola (1891), le comte de Morphy (i 892),Pedrell( 1 895], Bretôn( 1 896), Sbarbi (1900); — auxquels il faut

joindre Castclar, mort sans avoir pris, pos^es.ion de son fauteuil, Chapi< Fernândez Caballero, le marquis d^ Pidal, M. Luis Navarro, critique de musique, et le marquis de Amposta, Don Rafaël Ferraz, amateur très dis-tingué.

Au nombre des éditeurs les plus notables, nous trouvons à Madrid l'ancienne maison Romero y Andia, aujourd'hui Almagro et C'**. Elle a publié les compositions de Breton, Jiménez, etc. A Madrid encore, nous trouvons la maison Pablo Martin, qui a édité les œuvres de Chapi, et la maison Zozaya, qui a publié les ouvrages de Fernândez Caballero, Brull, Valverde, Chueca.

M. Pujol, de Barcelone, a été l'éditeur des Pyrénées, de la Hispanix Schola Musica sacra, des opéras, zarzuelas et compositions de piano

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d'Albéniz, des danses espagnoles de M. Granados, des mélodies d'Arnau etc. Il est mort récemment.

A Barcelone nous indiquerons Rafaël Guardia, — les fils de Vidal y Roger, — Ajné, — Salvat, — la Veuve de Haas.

Signalons, à Bilbao, Dotesio,édileurdesœuvrescomplètesde Ledesma

et Aranguren; à Saint Sébastien,

Diaz y Jornet, éditeurs d'Echevarria et Guimont, et Saniisteban qui a publié ses propres œuvres, fort importantes; — à Valence, Antich y Tena, maison qui s'occupe spécialement de musique religieuse, et Sânchez Ferriz, qui édile principalement des œuvres pour fanfares et musiques militaires; — à La Corogne enfin, Canuto Berea et G'*; le chef de celte maison, pianiste remarquable, a été élève du Gonservaioire de Paris.

La maison Canuto Berea a publié le Théâtre lyrique antérieur au xix* siècle, de M. Pedrell, et les ravissantes chansons populaires de Montes.

L'art allemand, en ce qu'il offre de plus complexe et de plus élevé, s'est introduit assez tardivement en Espagne. Ce fut un chef d'orchestre renommé, MarianoVâzquez, membre de l'Académie des Beaux-Arts, qui le premierfit entendreaux Madrilènes la Neuvième symphonie. Aujourd'hui Wagner est joué et compris dans tous les grands centres artistiques de l'Espagne. Mais, avec les guides, d'esprit clair et pondéré, que suit actuellement le public, l'on n'a pas à craindre que cette influence si puissante soit dangereuse, et fasse

de la musique espagnole unesoitede contrefaçon germanique. Il n'arrivera point là-bas pour l'école allemande ce qui s'y est si fâcheusement produit, pendant un temps, pour l'école italienne. Du modèle étranger, l'on ne tirera cette fois que les salutaires leçons qu'il peut offrir. La nationalité musicale espagnole est fortement reconstituée. Elleest assez vigoureuse pour neredouteraucune comparaison et ne souffrir d'aucun contact Une école n'a pas besoin de chercher des chefs au dehors, quand, la tradition vraie étant renouée, elle peut trouver dans ses propres fastes un Victoria et unGuerrero, un Cabezon et un Morales.

3 I décembre 1899 .

IVERSITY OF TORONTO

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