AUTRE CHANT DES PAPOUS
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Il est incontestable d'ailleurs que le sentiment du demi-ton existe dans les tierces mineures ré si, sol mi, et enfin que beaucoup de mélodies popu-
laires ne se composent que de quelques notes. Sans rappeler les romances à trois notes de J.-J. Rousseau et de Carbonnel, il y a des airs assez développés dans lesquels tel intervalle ne se retrouve pas, non qu'il soit omis volontairement et systématiquement, mais parce que l'inspiration du musicien n'en a pas eu besoin. Par exemple, la célèbre mélodie irlandaise connue sous le nom de Romance de la rose, si poétiquement introduite par de Flotow dans son opéra de Martlia, n'offre pas la quatrième note de la gamme, soit le si p dans le ton de fa. On ne dira pas que ce demi-ton manquait au système musical des bardes de la verte Erin, comme l'ont affirmé des érudits amateurs de curiosités pittoresques, puisque le tétracorde fa, mi, ré, ut, qui revient sans cesse, ne diffère en rien de cet autre : si [?, la, sol, fa.
Je crois qu'on doit en juger de même de l'air des Papous, qui est formé de six notes, trois de plus que n'en comporte le rite liturgique des sœurs Clarisses et des Carmélites.
Il est inadmissible que la voix humaine ne produise pas, en quelque lieu que ce soit, une suite de sons en rapport avec son étendue naturelle. Quant à la musique instrumentale, c'est chose différente, attendu que ce n'a pu être que par degrés qu'on a tiré d'un roseau, d'une corde, d'une peau d'âne, les sons d'une échelle diatonique et chromatique. Il y a loin du galoubet à trois trous du pâtre des Pyrénées à la flûte de Tulou et à celle de Boehm. Au temps du capitaine Cook, l'instrument en usage dans l'île d'Otahiti était une flûte de bambou ayant deux trous et ne donnant que quatre notes.
En admettant que les peuples de la race jaune et de la race mélanienne ne se soient pas servis, dans leur musique primitive, de la totalité des douze demi-tons, comme l'affirme Fétis, mais de cinq intonations sur sept, c'est tirer une conséquence trop absolue que d'infirmer la notion primordiale du tétracorde : les mœurs, les habitudes des peuples, leur ont fait adopter ou rejeter l'usage de telles parties de l'ensemble des sons ; le chant sacré en est encore là actuellement. De ce que le genre chromatique est banni du chant liturgique, faut-il en conclure qu'il a cessé d'exister à une époque quelconque ?
La division de la gamme en dix-sept intervalles, telle qu'on prétend que les Arabes la pratiquent, n'a rien qui soit en désaccord avec la constitution de la gamme européenne, j'allais dire universelle. Le seul désaccord est dasn l'interprétation de la théorie. On veut voir des tiers de ton là où se trouve simplement la différence du nombre de commas entre le # et le b.
Notre gamme réelle, indépendante du tempérament égal que Bach a contribué à faire prévaloir en faveur du clavecin et pour rendre plus
ut
ut if.
réb-
ut
ré.
ré
ré#.
ré
mi b
ré
mi.
mi
fa.
fa
fa#.
lu
solb-
LA GAMME. 15
sensibles les modulations et transpositions perpétuelles de ses fugues, notre gamme réelle offre dix-sept intervalles, eomme il suit :