‹ Histoire de la musiqueChapitre 11 sur 222 · si à ut · texte numérisé non relu

si à ut

11 suffit d'énoncer la théorie musicale que William Jones a présentée comme extraite des traités de musique les plus anciens de la littérature sanscrite, pour qu'on en saisisse l'invraisemblance. L'octave aurait été divisée en vingt-deux parties, représentant chacune un peu plus qu'un quart de ton ; la gamme des Hindous aurait eu sept intervalles entre lesquels les vingt-deux intonations auraient été réparties inégalement. Ce n'est pas tout: ces vingt-deux intonations n'étaient même pas fixes, mais elles se combinaient de façon à former soixante-deux modes différents ; et ici le mysticisme intervient pour expliquer un si prodigieux phénomène, et ce n'est pas inutile. Chacun de ces soixante-deux modes est l'expression d'un sentiment humain, d'une passion, d'un état de l'âme.

Cette arithmétique des modes de l'âme me rappelle la nomenclature que Platon faisait des signes de la musique, qu'il évaluait à six mille. 11 pensait, avec raison, qu'il fallait à un musicien plusieurs années pour apprendre les éléments de son art. Pour former un nombre aussi formidable, Platon a du ajouter nécessairement d'autres notions à celle des signes de la notation, car les signes de la notation des Grecs anciens ne s'élèvent qu'au chiffre de seize cent vingt dans les tables d'Alypius, et il est, je crois, à peine admissible.

A. la fin du dixième et au commencement du onzième siècle, Gui d'Arezzo, moine bénédictin de l'abbaye de Pompose, le musicien le plus instruit et le professeur le plus habile de son temps, a réformé l'enseignement de la musique. Il n'a pas inventé la gamme, dont la connaissance, le sentiment et la pratique remontent aux sources du langage ; il n'a pas donné aux degrés de l'échelle diatonique les noms ut, ré, mi, fa, sol, la, puisque l'hymne de saint Jean Ut queant Iaxis était un chant connu longtemps avant lui ; mais comme il se servait de cette hymne dans ses

démonstrations, ainsi que de la main musicale, pour désigner les intervalles, on lui a fait honneur de ces procédés pédagogiques. Il se servait du monocorde pour fixer les intonations avec précision ; chaque son correspondait à une lettre sur laquelle on plaçait le chevalet mobile.

L'enseignement par tétracordes était resté en vigueur depuis les Grecs. Gui lui substitua l'hexacorde suivi de la corde variable si. De là à l'octave il n'y eut qu'un pas à franchir; c'est ce qu'il fit, sinon dans la solmisation, du moins dans la théorie. Je ne sais pas comment Fétis a pu nier l'usage de la solmisation par hexacorde. J'ai exposé dans ma Méthode de plainchant le système complet de solmisation de Gui d'Arezzo par hexacorde, au moyen des muances1.

Le principal titre de Gui d'Arezzo à la reconnaissance des musiciens, c'est d'avoir contribué à déconsidérer les neumes et à faire prévaloir de plus en plus les avantages de la notation sur les lignes.

Définition de la musique. — Le rythme. — Nécessité de conserver à l'œuvre musicale son caractère idéal. — Un mot sur une nouvelle école. — Le mérite de l'œuvre musicale est indépendant du succès d'opinion.

Toute définition est périlleuse, omnis definitio periculosa. Si un terme manque d'exactitude, on peut en faire dériver une théorie erronée et calamiteuse, qui entraîne toute une foule d'esprits dans une fausse voie. Je reproduis ici la définition que j'ai donnée de la musique, en tête des principes qui précèdent ma Méthode de chant, parce que je la crois meilleure et plus complète que d'autres.

« La musique est l'art de charmer l'oreille par la combinaison des sons, et d'exprimer dans un langage qui lui est propre les idées et les sentiments. »

Examinons les termes de cette définition. L'homme ne cherche-t-il pas à satisfaire le sens de l'ouïe lorsqu'il demande à un artiste de chanter ou de jouer d'un instrument, lorsque lui-même exécute des sons que son oreille juge et dirige dans le sens de la justesse et d'une cadence à laquelle s'associent le jeu de ses nerfs et la sensation de ses organes? Donc, la musique est l'art de charmer l'oreille.

1. Méthode complète de plain- chant, d'après les règles du chant grégorien. Hachette, 2e édition, 1874.

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