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DRAME DE LA MESSE D'OR

magistro. », et aux personnes qui avaient pris part à la représentation. Il n'y a aucun doute à avoir au sujet de la mise en scène, qui était aussi réaliste que possible et par conséquent fort éloignée de la gravité du véritable drame liturgique, puisqu'on connaît enfin le salaire de l'artiste qui a dessiné les stigmates du Sauveur, de Jean Pillot qui a peint les nuages, du marchand qui a fourni la toile : « LUI lib. pro XXIIH ulnis tele, pro faciendo novas nubes servientes in die Ascensionis. »

Une représentation accompagnée de chant, de déchant et du jeu des orgues avait lieu dix jours avant Noël dans la cathédrale de Tournai. Quoiqu'on puisse y relever des détails que nos habitudes d'esprit moderne n'admettent plus, j'y vois cependant une nouvelle preuve de la différence, pour ne pas dire du contraste, qui a existé entre le drame liturgique admis dans les cathédrales et les mystères organisés par des directeurs de spectacles sur les places publiques des villes ou dans des églises de village. M. Deschamps de Pas a extrait le texte latin de la cérémonie du manuscrit n° 62 de la bibliothèque municipale de Lille. Un chanoine de Tournai et archidiacre de Bruges, Pierre Cotrel, laissa une somme d'argent pour célébrer dans la forme suivante la messe « Missus est Gabriel angélus », appelée aussi la Messe d'or. Deux petits oratoires décorés de tapis de soie sont établis dans le chœur. Deux jeunes gens doués d'une voix douce et haute (habentes voces dulces et allas), après avoir été habillés richement dans la trésorerie de l'église, l'un en Vierge couronnée, tenant dans ses mains un beau livre d'heures, l'autre en ange Gabriel, portant un sceptre d'argent, y sont conduits en grande pompe, précédés de clercs ayant des torches ardentes et de maîtres de cérémonies. Marie est à droite, du coté de l'évêque; Gabriel à gauche, du côté du doyen du chapitre. Ils se mettent à genoux; des courtines tombent devant leurs stalles et les dérobent à la vue; bientôt les rideaux de l'oratoire de droite s'ouvrent. On voit la Vierge à genoux en prières devant un prie-Dieu, son beau livre d'heures ouvert. C'est un tableau de van Eyck ou de Hemling. On voit ensuite Gabriel debout, son sceptre à la main. C'est alors que tous deux chantent leur partie, conforme au texte de l'Evangile. Après les mots : Ave Maria, gralia plena, l'ange fait à la Vierge trois saluts profonds. Ici !je dois reproduire le texte parce qu'il caractérise bien la gravité de la mise en scène :

« Primum ad illud verbum : « Ave », humiliabit se tam capite quam corpore, post morose se elevando; et ad illa verba, « gratia plena, » faciet secundam humiliationem, flectendo mediocriter genua sua, se postea relevando; et ad illa verba : « Dominus tecum », quae cantabit cum gravitate

et morose, tune faciet tertiam humiliationem ponendo genua usque ad terram et finita clausula assurget, Yirgine intérim non movente. Sed dum Maria virgo cantabit « quomodo fiet istud », assurgat et vertet modicum faciem suam ad angelum cum gravi ta te et modestia, non aliter se movendo, et dum cantabit angélus : <c Spiritus Sanctus superveniet in te, etc. », tune angélus vertet faciem suam versus columbam illam ostendendo, et subito descendet ex loco in altis carolis ordinato, cum candelis in circuitu ipsius ardentibus, ante stallagium sive oratorium Yirginis, ubi remanebit, usque post ultimum « Agnus Dei »; quo decantato, revertetur ad locum unde descenderat. »

La Messe d'or se terminait par le chant de la séquence Mittit ad Virijinem, composée par Àbailard (« cum organis et discantu prout in triplicibus », c'est-à-dire avec les orgues et le déchant comme aux fêtes les plus solennelles). On voit par ces curieux détails combien le pieux archidiacre de Bruges tenait à conserver à cette mise en scène du récit évangélique un caractère auguste et digne. Maintenant il ne faut pas s'imaginer que cette cérémonie produisît peu d'effet. Les cathédrales n'offraient pas alors l'aspect de nécropoles comme aujourd'hui : les murailles resplendissaient de peintures brillantes ; les métaux précieux, les pierres fines et les émaux reflétaient la lueur des flambeaux de cire colorée ; les vêtements sacerdotaux étaient d'une richesse extrême, et, ce qui concourait plus encore à l'impression produite par la mise en action du mystère, les spectateurs y voyaient l'expression de leur croyance.

Il n'y a pas d'époque où la dévotion à la Vierge Marie ait été plus populaire qu'au treizième siècle, aussi le nombre de pièces en son honneur est incalculable. Il est donc naturel que les Miracles aient eu pour principal objet son intervention protectrice de la vertu, du courage, des belles actions. Les Miracles de Nostre Dame forment un genre de littérature mystique et naïf qui peut encore être goûté en ce temps de scepticisme par quelques esprits. La Légende dorée, les Petites Fleurs de saint François, les poèmes de Jacopone da Todi, les livres d'heures illustrés de Simon Yostre, Y Art de bien mourir, les Danses Macabres, tout cela offre un mélange de foi réelle et de récits imaginaires, comme aussi de prières liturgiques et de rondels dont ces petits drames étaient émaillés.

Le manuscrit de Gautier de Coincy, de Saint-Médard, de Soissons, en renferme de fort gracieux, et l'on y trouve des chants à deux parties dont l'harmonie est déjà tolérable.

Avant d'arborer franchement les insignes d'un art dramatique séparé

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