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INSTRUMENTS A CLAVIER

L'usage du clavier, au moyen duquel on détermine la vibration de l'air dans des tuyaux, remonte à une antiquité très reculée, comme on le verra plus loin dans l'histoire que je tracerai des orgues pneumatiques et hydrauliques. Le clavier, appliqué aux instruments à cordes au quatorzième siècle, substitua un procédé mécanique à l'action directe des doigts sur les cordes.

Le clavtcorde ou manichordion consistait en une caisse oblongue qu'on

posait sur une table; à l'intérieur s'étendait la table d'harmonie, sur laquelle étaient des cordes qui étaient frappées par une lame métallique mise en mouvement par la touche. A l'origine, afin de ne pas multiplier

le nombre des cordes, elles étaient divisées dans leur longueur par de petits chevalets, et la disposition des lames permettait de tirer des tons différents de la même corde. L'étendue de cet instrument, qui était d'abord de trois octaves, fut portée à cinq; le clavicorde était encore en usage dans quelques pays de l'Europe au siècle dernier. Le même instrument, ayant des marteaux en bois au lieu de lames métalliques, s'appelait doucemèle, dulce melos.

On augmenta le nombre des cordes, et chaque touche correspondit à une corde unique clans le clavicembalum, où les cordes étaient pincées par une

Manichordion ou clavicorde (xvic siècle).

Clavicembalum (xvie siècle).

Virginale (xve et xvic siècles).

plume de corbeau, mue à l'aide d'une bascule. On trouve des exemples du clavicembalum vertical.

La virginale ne différait du clavicembalum que par la douceur de ses sons.

Le piano a pour premier ancêtre le clavicorde, dont le son était très faible.

Les becs de plume de corbeau qui pinçaient les cordes étaient remplacés quelquefois par des morceaux de cuir. Les premiers clavecins ainsi construits avaient deux cordes pour chaque note.

Lorsqu'ils étaient de petite dimension et qu'ils n'avaient qu'une corde par note, on les appelait épinette ou virginale.

Le clavecin avait aussi deux claviers superposés dont l'un faisait parler une rangée de cordes à l'octave de la première.

Dans l'épinette, la virginale, l'archicembalo, le clavecin, la corde était pincée par des pointes de plume, de bois ou de cuir fixées à des lan-

ÉIMNETTE, VIRGINALE, CLAVECIN.

guettes de bois appelées mutercaux, mises en mouvement par les touehes du clavier. L'épinette avait une forme triangulaire, tandis que la table de la virginale était carrée.

La substitution des marteaux aux languettes, imaginée par Bartolomeo Cristofori, facteur florentin, en 1711, permit de varier l'intensité du son, ce qui fit donner au nouvel instrument le nom de piano- forte. Il succéda au clavecin. Ce système ne tarda pas à recevoir les plus ingénieux per-

Clavocin ù doux claviers superposés (xvne siècle).

fectionnements. De son côté, l'organiste saxon Schrœtcr remplaça aussi, en 1717, les becs de plume par des marteaux. Silbermann, facteur d'orgues en Silésie, perfectionna cette invention. Les marteaux frappaient les cordes en dessous.

Les Erard, les Edelmann, Ignace Pleyel perfectionnèrent le forte-piano, et au commencement de ce siècle on eut de bons instruments carrés à trois cordes et à cinq octaves et demie.

Les facteurs allemands rendirent au piano-forte la forme du clavecin, afin de donner plus de longueur aux cordes basses. Le mécanisme du marteau

à échappements qui les faisait retomber après avoir frappé les cordes, opéra une transformation complète dans la facture et aussi dans l'exécution, qui devint plus ferme et plus sonore. Divers facteurs, Pape entre autres, adoptèrent l'usage de faire frapper les marteaux par-dessus les cordes.

Enfin, pour que l'instrument tînt moins de place dans les appartements, devenus de plus en plus exigus, on imagina de donner aux cordes la direction verticale, ou oblique, ou demi-oblique ; il en résulta le pianino et le piano droit, qui devint le complément indispensable de tout ameublement,

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Clavecin (xvme siècle).

en même temps qu'il contribua à répandre, sinon la science et le goût, du moins l'usage de la musique.

Je reviendrai plus loin sur les perfectionnements apportés à la facture du piano dans le cours du dix-neuvième siècle, et je traiterai aussi de l'influence de la pratique générale de cet instrument sur la destinée de l'art musical.

La musique de chambre était peu bruyante aux dix-septième et dixhuitième siècles. Scarlatti, Couperin, Bach charmaient leurs auditeurs sur des instruments dont la résonance était bien faible en comparaison de celle de nos pianos à queue et même des pianinos d'aujourd'hui. La finesse

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