CHAPITRE XIX
CHAPELLE ROYALE DE FRANCE. - ÉCOLE ROYALE DE CHANT ET DE DÉCLAMATION. — CONSERVATOIRE. — CONCERT SPIRITUEL. — CONCERTS PRIVÉS ET PUBLICS. — SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE.
Il faut remonter au règne de Clovis pour trouver le premier chaînon de l'histoire de la musique en France. Malgré la dureté de son caractère, il n'était pas insensible au charme de la musique, car il fit demander à Théodoric un chanteur habile pour former les chœurs de sa chapelle. Le musicien Acorède, choisi par Boèce, vint au palais du roi franc et y remplit son office. Un peu plus tard, Gall, religieux renommé pour la beauté de sa voix, fut appelé à la cour. Sa science et ses vertus le firent élever à l'évêché de Clermont et il fut canonisé. Ses manuscrits furent, dit-on, conservés au monastère de Saint-Gall, en Suisse, et considérés par quelques érudits comme renfermant une version authentique du chant ecclésiastique.
Dagobert fut touché de la beauté de la voix de Nantilde, chantant au chœur de l'abbaye de Romiily, et il en fit une reine de France.
On cite un chantre de Clotaire II, nommé Maurin. Saint Ansbert parle avec les plus grands éloges des musiciens, chanteurs et instrumentistes du palais de Thierry III.
Sous le roi Childebert, saint Germain établit dans la cathédrale de Paris la première maîtrise, et Yenance Fortunat l'en loue dans un de ses poèmes.
Le pape Etienne vint en France, accompagné des chantres de sa chapelle. L'effet qu'ils produisirent fut tel, qu'à partir de ce moment Pépin et Charlemagne encouragèrent la formation des chœurs de chant, d'après la
méthode romaine. Des écoles furent fondées à Rouen, à Metz, à Soissons, à Trêves, à Lyon. Gervold, chapelain de la reine Bertrade, en établit une dans l'abbaye de Saint-Wandrille. J'ai rapporté ailleurs la querelle qui s'éleva entre les chanteurs français et les chantres romains et la décision de Charlemagne en faveur de ceux-ci.
Le roi Robert composa lui-même des chants religieux, dont plusieurs ont été admis dans la liturgie, notamment l'antienne 0 Constantia martyrum, dont il choisit le texte, dit-on, à cause du nom de la reine Constance, ce qui est peut-être plus ingénieux qu'exact.
Les rois et les princes se faisaient presque toujours accompagner de leur chapelle. Joinville rapporte que les clercs et les trouvères entonnèrent le chant du Veni, Creator Spiritus, aussitôt qu'ils furent installés sur le vaisseau qui devait les conduire à la Terre Sainte. Plus tard, lors du pèlerinage que fit Louis IX à Nazareth, les musiciens chantèrent l'office « à chant et à déchant, à orgue et à treble », c'est-à-dire en parties, avec accompagnement d'orgue et de vielles. On voit par ce texte que les instruments à cordes étaient employés au treizième siècle dans la musique sacrée.
Une des premières messes en musique exécutées solennellement a été celle de Guillaume de Machault, écrite par lui à quatre parties pour le sacre de Charles Y. Je ferai à ce sujet une réflexion qui me semble de nature à établir une différence capitale entre les impressions produites par une phrase musicale simple, exécutée à l'unisson, ou soutenue par des accords plaqués, qui la font valoir sans en affaiblir l'effet mélodique, et les impressions causées par une œuvre complexe, savante, où brillent les richesses du contrepoint. La messe en déchant à quatre parties de Guillaume de Machault n'a qu'un intérêt archéologique. Il est certain que son harmonie incorrecte paraîtrait intolérable aux oreilles des auditeurs du dix-neuvième siècle. Il me paraît aussi certain que la messe de Cherubini, exécutée au sacre du roi Charles X en 1825, aurait produit un effet aussi désagréable parmi les dilettantes de la cour de Charles V, cour cependant instruite, passionnée pour les lettres et les arts. Et voici maintenant la contre-partie de mon raisonnement : dans l'une et dans l'autre cérémonie, en 1564 et en 1825, l'hymne Veni, Creator Spiritus a été chantée en plain-chant et a été parfaitement comprise par tous. Ne doit-on pas en conclure qu'il y a dans les arts des formes changeantes, auxquelles on ne saurait attribuer une importance exclusive et des œuvres que leur simplicité même protège contre la rouille des âges et qui semblent impérissables ?
La manie de faire de l'esprit à propos de tout, là surtout où l'on ne demanderait que du bon sens et de l'exactitude, a fait commettre à Castil-