CHAPELLE ROYALE
Blazc des erreurs singulières dans son livre sur la chapelle-musique des rois de France. « Le Rosier des guerres, dit-il, livre très curieux, nous apprend que nous devons à Louis XII le cantique 0 salutaris hostia; en
1512, après la bataille de Ravenne »; suivent trois pages semées de
lazzi sur le pape Jules II, sur les variantes du prétendu cantique. Or tout catholique un peu instruit sait que YO salutaris hostia n'est d'abord pas un cantique, mais une des strophes de l'hymne Yerbum supernum prodiens composée pour l'office du Saint-Sacrement par saint Thomas d'Aquin, et par conséquent qu'il remonte au treizième siècle.
Jean Mouton, maître de chapelle de François Ier, est l'auteur de messes qui jouirent d'une certaine faveur, même en Italie.
L'impulsion était donnée, et les musiciens, encouragés par nos rois Charles IX, Henri III, Henri IV-, Louis XIII, firent de notables progrès dans leur art. Voici les noms des principaux maîtres de chapelle et de musique : Antoine Subiet dit Cardot, qui devint évoque de Montpellier en 1572, Claude de Servisi, Louis Aurant, Rousseau, Belin, Didier Leschenet, Nicolas Milot, Ducaurroy, Garnier, Formé, Picot.
On attribue à Ducaurroy l'air de Vive Henri IV et celui de Charmante Gabriel le.
Louis XIII a cultivé la composition et mis en musique quatre psaumes traduits par Godeau. On a conservé de lui une chanson que le P. Kircher a publiée dans sa Musurgia. Laborde l'a également donnée dans son Essai sur la musique, mais en la surchargeant de l'harmonie qui lui était personnelle, selon son habitude. Les paroles sont celles-ci :
Tu crois, ô beau soleil !
Qu'à ton éclat rien n'est pareil En cet aimable teras Que tu fais le printemps ;
Mais quoi ! tu pâlis Auprès d'Amarillis.
La chapelle royale sous Louis XIII ne comptait que vingt-quatre chanteurs et huit enfants, huit basses-contre, huit tailles, huit hautes-contre, deux seconds dessus, six premiers dessus ; il y avait en outre deux joueurs de cornet ou serpent. Je ne parle pas des huit chapelains et des clercs. Les maîtres de chapelle portaient le nom de sous-maîtres de musique, quoiqu'ils dussent composer et conduire. Deux précepteurs enseignaient les lettres aux enfants.
Un lecteur s'étonnera peut-être de voir ici le portrait d'un religieux. D'autres auraient le droit de me demander pourquoi je ne l'ai pas accompagné de ceux du P. Kircher, du P. G.-B. Martini, le savant Cordelier de Bologne, auteur de la Storia délia musica, et d'autres encore qui nous ont légué des trésors d'érudition se rattachant à l'objet de cet ouvrage. Il fallait se borner.
Je donne donc ici le portrait du P. Mersenne parce que le nom de ce religieux Minime mérite d'être signalé et honoré dans un ouvrage comme celui-ci. « Vir inter paucos summus » a dit de lui le jésuite érudit Kircher, auteur de la Musurgia unwersalis que je viens de citer. En effet, Mersenne, né en 1588, mort en 1648, a employé une grande partie de sa vie à écrire des volumes d'une vaste érudition sur l'art musical.
Les deux ouvrages principaux du P. Mersenne sont les suivants :
1° Harmonicorum libri XII, in quibus agitur de sonorum natura, causis et effectibus : de consonantiis, dissonantiis, rationibus, generibus, modis, cantibus, compositione, orbùque lotius harmonicis instrumentas. Lulelix Parisiorum, Guillaume Baudry, in-fol., 1655-1648.
2° Harmonie universelle, contenant la théorie et la pratique de la musique, in-fol. de quinze cents pages, contenant de nombreuses planches gravées. Paris, Sébastien Cramoisy, 1656-1657.
En relation avec tous les savants de son temps, français et étrangers, adonné lui-même à l'étude des mathématiques, de la physique, de la mécanique, de l'astronomie, il n'est pas surprenant que son opinion se soit égarée quelquefois à la recherche des rapports des sons avec l'ordre général delà création. C'était, après tout, une noble tentative qui ne l'a pas empêché de faire des découvertes utiles.
Après avoir rendu à ces trois religieux l'hommage dû à leurs scientifiques travaux sur l'histoire de la musique, je reprends la suite de celle de la Chapelle royale de France.
Dumont et Robert avaient le titre de sous-maîtres sous le règne de Louis XIV, qui résolut de réunir l'orchestre aux voix comme on le faisait en Italie, excepté à la chapelle Sixtine, dans toutes les Flandres et en Autriche. Dumont, attaché aux traditions anciennes de la musique sacrée, préféra s'abstenir et demanda sa retraite, ce qui lui fut accordé avec le titre d'abbé de Silly. Les messes de Dumont sont chantées dans toutes les églises ; elles sont écrites dans un style large, un peu pompeux.
Lulli, alors surintendant de la musique de la chambre, débuta à la chapelle par un coup de maître. Le roi et la reine lui avaient fait l'honneur