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CONCERTS

baret, avait réuni, dans son hôtel rue de Varcnnes, des musiciens qui y étaient logés, entretenus, et dont l'engagement portait qu'il leur était interdit de se faire entendre ailleurs sans une permission. Les concerts avaient lieu tous les dimanches à midi. Mme Leclerc en était la prima donna assoluta, et on n'était admis que sur la présentation de billets offerts par le comte à ses amis et aux principaux dilettantes de la ville. Un tel Mécénat, importé en France des petites cours d'Allemagne et d'Italie, est une forme de patronage qui ne peut exister qu'à des conditions concilia-

Musique de chambre. — Trio, d'après un dessin d'Eisen. (Voyez page 708) ■

bles avec le caractère personnel de ceux qui l'exercent et de ceux qui l'acceptent. Patrons pour patrons, le prince Esterhazy, à la cour duquel Haydn a vécu et a écrit huit cents compositions, ne valait-il pas mieux que les directeurs faméliques enfermant Rossini dans une mauvaise chambre d'auberge, et lui faisant écrire un opéra par mois à raison de 250 francs, ou que Barbaja imposant à l'auteur de Tancredi un travail surhumain à des conditions léonines ?

Il y eut aussi d'autres concerts à Paris à la môme époque. L'abbé De-

Jormc, ancienne hante-contre à Notre-Dame, donna pendant quarante ans, de 1759 à 1779, dans sa maison de la cité, rue Saint-Landry, un concert spirituel gratuit tous les dimanches soir avec chœurs et symphonies.

Un dessin d'Eisen, dont on vient de voir la reproduction, peut donner une idée des réunions musicales de ce temps. Il représente un concert donné en 1769 chez le comte Saint-Florentin. On y exécute un trio pour clavecin, violon et violoncelle. Je ne m'arrêterai pas à chercher comment il se peut faire qu'un lustre aussi brillamment éclairé n'enflamme pas les tentures qui le surmontent; je me contenterai d'expliquer la présence du petit amour placé debout derrière le pupitre. Il s'agit d'une invention d'un sieur Richard, qui avait imaginé de faire tourner les pages par ce petit génie, lequel témoignait sa satisfaction en battant des ailes. Malgré la flamme qui s'échappe de son cerveau, allusion au génie de l'inventeur, quoique le sieur Richard ait exposé son système à la bibliothèque du Roi, les clavecinistes continuèrent à tourner leurs pages comme devant.

Pendant la période révolutionnaire, des concerts curent lieu dans la salle du Panthéon, rue de Chartres, à l'Athénée près du Louvre, au Palais- Egalité (Palais-Royal), au temple de Mars, rue du Rac, à l'hôtel Lebrun, rue de Cléry; dans les bâtiments de l'Académie royale de musique, rue Saint- Nicaise ; à la maison Wensel, rue de l'Echiquier, où se fit entendre pour la première fois le violoniste Raillot; aux théâtres Favart, Olympique, Louvois, à l'Odéon. Mais c'est dans la salle du théâtre Feydeau que les artistes préféraient se faire entendre : le ténor Richer, Mme Scio, Mlle Phillis et l'incomparable Garât transportaient les auditeurs. Je tiens de la bouche de M. Fétis que Garât était un chanteur de premier ordre, qu'il excellait dans tous les genres. Sa réputation de chanteur de romances a induit l'opinion en erreur. Si Mozart était revenu à Paris quelques années plus tard, il l'aurait entendu chanter « Fin ch'han dal vino » de Don Juan, la cavatine de Don Ottavio « 77 mio lesoro in tanto », le Slabat de Pergolèse, des airs d'opéras français et italiens, et il eût été moins sévère pour la musique française d'alors et pour ses interprètes.

Pendant son séjour à Paris, en 1778, il est probable que sa position obscure et peu fortunée le priva d'assister aux réunions musicales delà société distinguée, et qu'il fut réduit à entendre la mauvaise musique qu'on exécutait dans les redoutes et sur les scènes du dernier ordre ; ses relations avec quelques artistes de faible portée, tels que le vaniteux ténor Legros, ne contribuèrent pas peu à l'indisposer contre nous. Mozart n'a pas connu la véritable société parisienne, j'entends la société polie, alors amoindrie et dispersée.

Musique concertante. — Clavecin vertical, basson

VIRTUOSES

Au temps du premier Empire, les virtuoses les plus acclamés furent Rode, Kreutzer, les violoncellistes Romberg et de Lamare, celui qui joua les premières inspirations d'Auber; Lafont, Libon , Baillot, Tulou, Mme Paravicini, violoniste, élève de Viotti.

Je viens de nommer Baillot, le chef de l'école française de violon. A l'âge de dix ans il entendit Yiotti dans un concert donné aux Tuileries. L'impression que le jeu de ce grand artiste fit sur son imagination déler-

Garât.

mina sa vocation. Attaché successivement au théâtre Feydeau, à la chapelle impériale, professeur au Conservatoire, fonction qu'il remplit jusqu'à sa mort, il se fit entendre dans de nombreux concerts. Son jeu pur, brillant et passionné exerçait un tel charme sur l'auditoire, qu'encouragé par ses succès il se rendit en Russie, où il demeura trois ans en compagnie de Boïeldieu, de Rode, de Lamare. Après s'être fait entendre en Angleterre, en Belgique, en Hollande, et de retour à Paris, il fut nommé violon-solo à

l'Académie royale de musique. Il ne reste des qualités de l'artiste exécutant que des souvenirs, qui seront bientôt effacés, mais il a laissé des monuments de sa gloire : c'est sa méthode publiée sous le titre de l'Art du violon, ouvrage excellent pour former de jeunes artistes; c'est ensuite la Méthode de violon, adoptée par le Conservatoire et qu'il a rédigée avec Rode et Kreutzer, méthode tellement supérieure qu'elle est adoptée depuis une quarantaine d'années dans les écoles de musique des villes d'Allemagne et

Franz Liszt (page 715)

d'Italie ; ce sont enfin des compositions distinguées souvent originales, airs variés, concertos, caprices, quatuors, etc.

Un autre artiste jouit alors d'une réputation européenne, c'était le flûtiste Tulou. Son aptitude fut telle, qu'à l'âge de quinze ans il obtint le premier prix de flûte au Conservatoire. Attaché successivement au Théâtre- Italien et à l'orchestre de l'Opéra, il ne connaissait pas de rival pour la justesse, la verve, la grâce et l'expression. Toutes ces qualités brillèrent

VIRTUOSES

surtout dans le Rossignol, opéra de Lebrun, dans lequel le flûtiste dialoguait d'une manière charmante avec la jolie voix de Mme Albert Hymm. Il se fît entendre aussi dans des concerts avec Mme Catalani ; tous deux faisaient assaut de prouesses mélodieuses.

La Création d'Haydn, qui venait d'être exécutée à Vienne, le fut à Paris le 24 décembre 1800 dans la salle de l'Opéra. Les parties de cette œuvre admirable furent chantées par Garât, Ghéron, Mmes Barbier-Valbonne et

Sigismond Thalberg (page 715).

Branchu. Steibelt en avait apporté la partition, et la traduction du poème de Yan Swieten fut faite par le comte de Ségur. Trois cent treize musiciens concoururent à l'exécution. On sait que c'est le même soir qu'éclata la machine infernale rue Saint-Nicaise, sur le passage du Premier Consul se rendant à l'Opéra.

Les symphonistes qui faisaient partie de la chapelle de l'Empereur étaient aussi employés dans les concerts de la cour et jouaient même

dans les bals officiels, mais seulement pendant les quadrilles dansés par les rois ou les princes. Un autre orchestre exécutait les danses suivantes. Les musiciens revêtaient un domino fourni par le vestiaire de la couronne.

Les Croisés, oratorio fort beau de Stadler, fut donné au Concert spirituel de la Semaine Sainte par Persuis (1818), qui, selon sa coutume, le rendit méconnaissable par les corrections et les suppressions qu'il y opéra. Les

Frédéric Chopin.

ouvrages des maîtres étrangers, exécutés à l'Opéra sous la direction de Persuis, furent tous défigurés par cet intrépide vivisecteur.

Blangini et Mme Gail donnèrent des matinées musicales. Le prince de Ghimay fit exécuter dans son hôtel, rue de Babylone, des fragments de musique à grand orchestre sous la direction de Cherubini ; Auber accompagnait, en simple amateur alors, les morceaux de chant. On eut successivement à Paris les concerts du Yauxhall (1815-1829), de l'Athénée

VIRTUOSES

musical (1829), ceux du chef d'orchestre Valentino; les concerts historiques de Fétis en 1832; les auditions de musique des quinzième, seizième et dix-septième siècles données par le prince de la Moskowa. C'était l'époque des grands virtuoses romantiques. Il faut renoncer à dépeindre l'enthousiasme qu'ils inspiraient alors. Franz Liszt, Thalberg, Chopin émerveillaient l'auditoire, le premier par son exécution prodigieuse de puissance, l'imprévu de ses effets, le prestige de ses tours de force; le

Prudent.

second par la pureté et la noblesse de son style ; le dernier par l'élégance, la distinction et l'originalité sentimentale de ses idées; Chopin, en effet, n'a pas été seulement un pianiste d'une grâce exquise ; c'était un compositeur doué d'une imagination féconde. Kalkbrenner, Bertini, Henri et Jacques Herz, Dœlher, Prudent, Goria et beaucoup d'autres formèrent une pléiade de pianistes qui n'a cessé de s'accroître depuis.

Aucun virtuose n'a produit un effet plus fulgurant sur le public que

Paganini. Maître de son violon comme de sa pensée, il lui faisait exprimer tout ce que son imagination fantasque concevait; tantôt il faisait dialoguer la chanterelle et la quatrième corde dans la scena amorosa, tantôt il transformait l'instrument en monocorde et jouait ainsi un morceau entier avec une maestria sans pareille; d'autres fois il imitait un sabbat de sorcières dans ses variations, le Streghe, auxquelles il faisait succéder la plus suave mélodie, pour revenir ensuite à des tours de force qui faisaient crier au

Nicolô Paganini.

miracle. Paganini a eu sa légende comme les êtres mystérieux dont la puissance étonne, subjugue, mais demeure incompréhensible.

Dans un genre plus accessible et plus conforme aux lois du goût, de Bériot se distingua comme violoniste et comme compositeur. Les sœurs Milanollo, dès leur extrême jeunesse, excitèrent l'admiration de tous les dilettantes de l'Europe.

Les festivals monstres dont Berlioz a été l'ardent protagoniste ont fait

VIRTUOSES

adopter l'idée des grands concerts appelés improprement populaires, fréquentés qu'ils sont par une clientèle essentiellement bourgeoise. Ce fut en 1861 que M. Pasdeloup fonda les Concerts populaires de musique classique et il les dirigea sans interruption jusqu'en 1884. Aux symphonies des grands maîtres Haydn, Mozart, Mendclssolin succédèrent sur ses programmes les ouvrages de Schumann, de Wagner, qui ne furent pas accueillis avec la même faveur.

Charles île Bériôt.

Le programme du premier concert donné dans la salle du Cirque d'Hiver, alors appelé Cirque Napoléon, était ainsi composé :

Ouverture à'Obéron Weber.

Symphonie pastorale Beethoven.

Concerto, exécuté sur le violon par M. Àlard Mejndelssohn.

Hymne, exécuté par tous les instruments à cordes. . . Haydn.

Ouverture de la Chasse du jeune Henri Méhul.

M. Pasdeloup mit de l'opiniâtreté à vouloir imposer à un auditoire de gens de goût des ouvrages apocalyptiques, applaudis par une coterie francoallemande et siffles par la clientèle qu'il avait su grouper autour de son intelligente entreprise. Cette clientèle, habituée pendant plusieurs années à entendre une musique qu'on n'a appelée classique que parce qu'elle est belle, fut blessée dans ses goûts, dans son orgueil national. Il ne lui plaisait pas de voir exalter les élucubrations d'un ennemi acharné de la France.

Mademoiselle Thérésa Milanollo (Mme Parmentier), violoniste.

Elle se retira découragée et attristée, tandis que les sectaires, d'autant plus bruyants qu'ils sont peu nombreux, se réunirent là, où une plus large satisfaction était offerte à leurs fragiles idoles.

Une association de musiciens ayant pour chef d'orchestre M. Colonne fait exécuter aussi chaque année des œuvres symphoniques dans la salle du théâtre du Châtelet, mais principalement celles des musiciens contemporains. Enfin M. Lamoureux dirige aussi des concerts symphoniques qui

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