PIANISTES DE LA PREMIERE PERIODE
avec les plus grands musiciens de son temps, Haydn, Mozart, il a brillé à la cour de Joseph II. Des amateurs anglais l'attirèrent à Londres, où il passa sa vie. Ses sonates charment par leur mélodie abondante et leur harmonie à la fois savante et naturelle. Son ouvrage intitulé Gradus ad Parnassum sera toujours mis au rang des études les plus excellentes par le goût qui y règne allié à la mise en œuvre des ressources de l'instrument.
Les succès de Dussek furent tels, que dans un accès d'admiration une princesse du Nord l'enleva. C'était en 1800 ; le virtuose était alors svelte et d'une taille avantageuse. Plus tard son embonpoint devint si excessif qu'il ne quittait pas son lit, ne pouvant plus marcher.
L'existence de Cramer fut beaucoup moins romanesque; entièrement voué à la composition et à l'enseignement, après quelques voyages dans lesquels il fit admirer la délicatesse et la perfection de son jeu, il se fixa à Londres, où il écrivit ses études célèbres. Nul pianiste n'a poussé à un tel degré de perfection la pédagogie du mécanisme.
Mais aucun de ces artistes éminenls ne peut être comparé à Hummel, l'émule de Beethoven dans la société viennoise, qui trouvait même son jeu plus parfait que celui de l'auteur des symphonies.
Hummel fut l'élève favori de Mozart pour le piano, d'Albrechtsberger pour l'harmonie, de Salieri pour la composition dramatique. Ses messes ont mérité les suffrages de Haydn. Improvisateur incomparable, il savait donner à ses idées toute la régularité et la perfection d'une œuvre écrite. Ce n'est pas ici le lieu de parler de son septuor en ré mineur, de ses cantates; je mécontenterai de rappeler son concerto en la mineur, qui est resté longtemps un morceau de concours des classes de piano, sa grande sonate pour piano à quatre mains et ses trios pour piano, violon et violoncelle.
Il me reste à parler des concerts qui furent organisés pour faire concurrence au Concert spirituel privilégié et qui lui succédèrent jusqu'à la fondation de la Société des concerts du Conservatoire.
Le nombre est incalculable de gens qui s'imaginent que les choses qu'ils voient sont nouvelles et comme autant de conquêtes de la civilisation sur la barbarie de nos ancêtres. Sans être un laudator temporis acti, je ne puis m'empêcher de trouver cette prétention bien peu fondée en ce qui concerne la musique. Je ne dirai que quelques mots des concerts privés.
En 1654, Mme Requiem, renommée pour sa beauté et ses talents, donna avec le concours de son oncle, M. Siffrcd, des concerts dans lesquels elle jouait du clavecin, de la guitare, de la mandore et de la viole. Le P. Mersenne vante les « assemblées de luth » organisées par Piobert Ballard> l'imprimeur des partitions d'opéras; Maugars, la Barre, Buisson don^
nèrent des concerts. Mme de Sévigné en organisa elle-même dans l'hôtel de Condé, et y employa deux petits orchestres de hautbois, ilûtes, violons et basses de viole, le 16 juillet 1677. Mais, pour la spirituelle Bourguignonne, c'était un accessoire piquant ajouté à sa fête, et elle dissimula discrètement les artistes comme des pinsons dans des massifs de verdure.
Plusieurs peintres ont pris pour. sujets de leurs tableaux des scènes musicales dans l'intérieur des maisons ou en plein air; Téniers, Van Ostade, Terburg dont on a vu la reproduction des deux tableaux qui sont au Louvre, nous ont laissé quelques documents intéressants sur les habitudes des musiciens, artistes ou amateurs de leur temps. On pourrait citer un grand nombre de tableaux de ce genre; mais le violone du Dominiquin, les musettes de Boucher, les cornemuses de Jordaens, l'orgue de la sainte Cécile de Raphaël, le violon d'Apollon dans le tableau des Muses, le clavecin de Metzu, l'épinelte, le violon, la basse, le hautbois et le théorbe de Yalentin formeraient à eux tous la cacophonie la plus discordante, en supposant môme que plusieurs de ces instruments soient jouables, tant leur structure est le plus souvent étrangère aux principes de la lutherie et de la facture. On peut en dire autant des instruments joués dans le Concert champêtre. Les poses gracieuses des personnages ne se prêteraient guère à l'exécution d'un trio sérieux.
En 1770, le baron d'Ogny et M. Delabaye, fermier général, établirent dans l'hôtel de Soubise un concert par souscription dit des Amateurs. Il n'y avait pas de recette à la porte. On y exécuta les symphonies de Toelsky, de Van Maldere, de Vanhall, de Stamitz, de Gossec, et enfin de Haydn, que Fontesky, violoniste polonais, avait apportées en France. Leur succès décida les administrateurs du Concert des Amateurs à choisir un local mieux approprié. 11 fut installé, en 1780, rue Coq-Héron, à l'hôtel Chamillard, dans la galerie Henri III, et s'appela désormais le Concert de la Loge olympique. Sur la demande qui lui en fut faite, Haydn composa six symphonies, qui furent publiées en 1784, aux frais des amateurs français de la Loge olympique, et exécutées sous la direction de Navoigille aîné, avec le concours de Viotti, Mestrino, Lahoussnye, Gervais, Fodor, Jarnowich, Guénin, Blasius, Duporl, Janson, Rodolphe, Rault, Hugot, Sallantin, Ozi, Devienne.
Les concerts de la Loge olympique cessèrent en 1791. Retenons bien ce fait peu connu : six œuvres du créateur de la symphonie, du grand Haydn, sont dues à l'initiative d'amateurs de musique français, et ont été publiées à leurs frais.
On a vu plus haut qu'il s'était formé à Turin une école de violon, d'où étaient sortis des virtuoses célèbres. Un riche Piémontais, le comte d'Al-
Le Concert champêtre. — Guitare, lulli, théorbe-