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Plus l'art du chant se développait, plus les chanteurs multipliaient leurs capricieuses broderies. Dans le but de les faire briller et d'obtenir aussi pour leurs ouvrages une chance de succès, les compositeurs se prêtaient à leurs exigences et au mauvais goût des dilettantes. C'est ce qui explique les vocalises interminables, et les traits d'agilité dont pullulent les partilions des meilleurs maîtres italiens, aussi bien celle des Nozze col nemico d'Alexandre Searlatti que celle de Giulio Sabino de Sarli.

Dans les écoles de Rome, les élèves étaient tenus d'employer une heure chaque jour à chanter les passages difficiles, afin d'acquérir de l'expérience, une autre heure à l'exercice du trille, une autre aux traits d'agilité, une autre à l'étude des lettres, une autre enfin aux vocalises et à divers exercices du chant, sous la direction d'un maître et devant un miroir, afin d'acquérir la certitude qu'on ne faisait aucun mouvement vicieux des muscles du visage, du front, des yeux ou de la bouche. Tout cela composait l'emploi de la matinée. L'après-midi, on consacrait une demi-heure à l'étude de la théorie, une autre demi-heure au contrepoint sur le plainchant, une autre à apprendre et à appliquer les règles de la composition sur la carlella (peau d'âne préparée pour y noter la musique et l'effacer

ensuite; on se sert chez nous, à cet usage, d'une ardoise réglée); une autre à l'étude des lettres, et le reste du jour à l'exercice du clavecin, à la composition de quelque psaume, motet, canzonetta, ou de tout autre genre de pièce, selon ses propres idées. Tels étaient les exercices ordinaires les jours où les élèves ne sortaient pas de la maison.

Leurs promenades étaient souvent dirigées hors de la porte Angelica, vers Monte Mario, pour y chanter à la portée d'un écho, dont ils écoutaient la réponse afin que chacun pût juger de ses propres accents. Les exercices du dehors consistaient en outre à chanter dans presque toutes les solennités musicales des églises de Rome ; à suivre, observer attentivement la manière et le style des grands chanteurs qui vivaient sous le pontificat d'Urbain "VIII, à s'y exercer, à rendre compte de leurs observations au maître, qui, pour mieux imprimer le résultat de ces études dans l'esprit de ses élèves, y joignait les remarques et les avertissements nécessaires.

Tel était le règlement de l'école de chant dirigée par Virgilio Mazzocchi, publié parBontemps dans son Hintoria musica.

Soumis à une telle discipline, les chanteurs italiens ont alors atteint un degré de perfection dont on n'a plus maintenant aucune idée, et plusieurs d'entre eux sont devenus d'excellents musiciens et même des compositeurs distingués. 11 n'y a à faire aucune comparaison avec ce qui se passe aujourd'hui dans les Conservatoires, aussi bien en Italie qu'en France.

Les contemporains se sont extasiés sur la voix étendue, flexible et harmonieuse deBalthazar Ferri, ténor né à Pérouse. L'auteur Mancini prétend qu'il montait et descendait tout d'une haleine deux octaves par un trille continuel sans accompagnement et avec une telle perfection que si l'on venait à frapper sur un clavier une des notes qu'il chantait, on était émerveillé de la justesse de son intonation. La reine Christine envoya de Suède un vaisseau pour l'amener à sa cour. 11 fit les délices des cours d'Allemagne, de Pologne, d'Angleterre. On frappa une médaille en son honneur avec cette légende : Qui fecit mirabilia multa.

Un des chanteurs renommés du dix- septième siècle, Pierfrancesco Tosi, de Bologne, nous a laissé un livre précieux et curieux sous ce titre : Opir nioni de' cantori antichl e moderni, o sieno osservazioni sopra il canto figumto (Bologna, 1725). M. Théophile Lemaire en a publié en 1874 une traduction annotée. Les principes les plus minutieux de l'art du chant y sont exposés avec beaucoup de grâce et d'esprit, mais surtout avec l'accent convaincu de la passion pour son art, et un sentiment surprenant de la dignité delà profession de chanteur.

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