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Malgré de tels avantages, des objections s'élèvent, des théories fausses se propagent ; la base fondamentale dont Beethoven disait qu'il n'était pas plus permis de la méconnaître que de nier l'existence de Dieu, cette base fondamentale est contestée et violée dans des compositions trop vantées.
Il est possible que l'étude de l'histoire de la musique et que la connaissance de la formation successive des éléments de cet art rectifient quelques erreurs, en convainquant le lecteur de la perpétuité d'un principe tonal demeuré, çà et là, à l'état latent, puis se manifestant de plus en plus et sans interruption jusqu'à son épanouissement complet.
Si depuis Palestrina jusqu'à Haydn, Mozart et Beethoven, la musique symphonique n'a cessé de progresser, c'est que du principe tonal devait virtuellement découler, comme d'une source féconde, d'innombrables combinaisons des sons.
Mais antérieurement à ces formes nouvelles il y en a eu d'autres qui ne doivent être ni méconnues, ni dédaignées. Cette expression de l'art musical dans l'antiquité et pendant le haut moyen âge a été surtout une interprétation lyrique du texte, une enveloppe harmonieuse du langage poétique, et, malgré tous les progrès accomplis depuis trois siècles, cette expression simple du chant humain est restée la plus forte, la plus réelle dans son essence. Elle a été commune à tous les peuples de la terre. Ils s'en sont servis plus ou moins heureusement selon leur proximité ou leur éloignement des foyers de civilisation qui se sont eux-mêmes déplacés dans l'histoire de l'humanité.
Ces faits généraux seront mis en lumière dans le cours de cet ouvrage. Je me suis efforcé de dégager l'histoire de la musique dans l'antiquité des contes et des légendes qui ont obscurci les notions réellement musicales dans le sens concret du mot, surtout chez les Grecs, les Arabes, les Chinois et les Hindous. L'exposition des divers systèmes et des faits a été puisée à des sources certaines et repose sur des documents authentiques. Lorsque ceux-ci ont fait défaut, je me suis gardé des conjectures dont plusieurs auteurs se sont passé la fantaisie.
La traduction des fragments qui nous restent de la musique des Grecs m'ayant paru peu vraisemblable, je les ai soumis à un nouvel examen
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d'après les tables d'Alypius, et j'espère en avoir donné le véritable sens. Un travail analogue a élé fait à l'égard de mélodies hindoues et arabes mal traduites par des voyageurs.
L'étude des manuscrits du moyen âge, à laquelle je me suis livré pendant de longues années, m'a permis de résumer l'histoire des notations neumatiques et autres, ainsi que celle de l'harmonie et de ses transformations depuis Hucbald jusqu'au dix-septième siècle.
Autant que la distance des âges le permet, le lecteur pourra se faire une idée des fêtes musicales du moyen âge et de la renaissance à l'aide des figures nombreuses d'instruments employés à cette époque.
Le drame lyrique a, comme on le sait, une origine hiératique. Quelques fragments de Drames liturgiques et de Mystères m'ont paru suffire pour intéresser le lecteur avant d'aborder l'histoire de l'opéra en Italie, en France, en Allemagne, et celle de l'opéra-comiquc.
La théorie et la pratique de la musique moderne n'offrant plus d'obscurités, j'ai modifié naturellement la forme de mon histoire, et il n'a élé question de la partie technique que dans ses rapports avec les développements de l'art et les changements opérés dans le goût public. C'est dans les traités spéciaux et dans les méthodes qu'on trouvera l'exposé des principes de l'art musical moderne, tant vocal qu'instrumental.
Tout en mettant en lumière les institutions musicales favorables au progrès de l'art, telles que la Chapelle royale de France, le Concert spirituel, la fondation de la Société des Concerts du Conservatoire, j'ai pensé qu'une excursion dans les conservatoires d'Italie expliquerait les causes delà supériorité d'exécution des anciens chanteurs italiens.
La danse est tellement associée à la musique qu'elle a sa place marquée dans son histoire. Les danses anciennes et modernes, les figures de ballets sont désignées par leurs noms et leurs rythmes variés.
Les ouvrages symphoniques jouissent en ce moment d'une réelle faveur, et c'est sur ce terrain que les doctrines les plus opposées fixent l'attention des musiciens. Je soumets au jugement du lecteur les réflexions que me suggère cette lutte, hélas ! absolument inégalcentre des vivants et des morts.
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Mozart et Beethoven ne sont plus là pour défendre la cause de la mélodie abondante, de l'harmonie des proportions, du goût, de l'imagination, du plaisir de l'oreille. Cependant leur ombre suffit encore parfois pour troubler les sectaires de l'école néo-allemande au milieu de leur triomphe passager.
Non seulement les amateurs, mais les musiciens eux-mêmes ignorent en général l'histoire de l'art qu'ils pratiquent soit pour leur agrément, soit par profession ; cetfe lacune peut être attribuée à la difficulté de trouver réunis dans un seul volume les connaissances nécessaires et essentielles. 11 existe un grand nombre d'ouvrages sur diverses parties de l'art musical, des traités anciens, grecs et latins, des biographies et des recueils d'anecdotes. D'autres ouvrages traitent de l'acoustique, d'autres du théâtre, de l'instrumentation, etc. Les histoires de la musique les plus estimées sont écrites en anglais, en allemand, en italien; aucune n'a été traduite en français, et d'ailleurs elles s'arrêtent à la fin du siècle dernier. L'Essai sur la musique de la Borde, en quatre gros volumes , est une compilation curieuse, mais superficielle et sans aucune critique. La plus récente Histoire de la musique, celle de Fétis, forme cinq volumes et s'arrête au quinzième siècle, à l'époque même où ce musicien érudit pouvait donner à son travail une autorité incontestable, à cause de l'étendue et de la variété de ses connaissances en tout ce qui se rapporte à la musique moderne. Les livres de Castil-Blaze sur l'Académie de musique et sur l'Opéra italien sont écrits dans un style badin et humoristique qui agace le lecteur sérieux.
La pratique de la musique est maintenant si répandue qu'il peut être utile d'offrir au public une Histoire à la fois abrégée et complète de cet art ; abrégée en ce sens que les matières traitées ne reçoivent pas les développements dont elles sont susceptibles et qui ne peuvent intéresser que les érudits spéciaux; complète, parce qu'aucune des transformations et aucun des modes d'existence de cet art ne sont omis. Une Histoire de la musique dans laquelle il n'est question que de musique est un livre nouveau. C'est là son vrai caractère, et l'illustration , pour me servir d'un mot actuel, contribue à le lui maintenir parce qu'elle est exclusivement enseignante.
Tous les instruments qui ont été et qui sont en usage chez les divers peuples sont mis sous les yeux du lecteur et accompagnent le texte. Les
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portraits eux-mêmes, dont plusieurs sont devenus très rares, ont été choisis et placés de manière à mettre dans leur cadre les artistes remarquables qui ont été les interprètes du genre de musique dont il est traité dans chaque chapitre. Je ne pouvais songer à reproduire les portraits des grands compositeurs déjà publiés dans mon livre qui a pour titre les Musiciens célèbres, auquel le public a bien voulu faire un favorable accueil. Cette fois j'ai complété cette galerie des maîtres en offrant les portraits des interprètes de leurs œuvres. Plusieurs ont été aussi des compositeurs distingués, mais en général la virtuosité est leur principal titre. Il en a été de même en ce qui concerne la danse. Le nom des compositeurs de ballets figure dans le texte, tandis que les portraits des danseuses les plus renommées perpétuent leur propre souvenir.
Les artistes, quel que soit le genre dans lequel ils se sont distingués, sont présentés dans mes ouvrages sous leur aspect le plus favorable, et c'est une justice qui leur est due. Je laisse à d'autres écrivains la mauvaise coutume d'amuser le public aux dépens de leur réputation.
Aux yeux des hommes, la distance est grande entre le philosophe qui, le front dans ses mains, inédite sur les destinées du monde, entre le savant qui, les yeux braqués contre un télescope, suit et calcule l'évolution d'une planète, et l'humble ouvrier qui, pour nourrir sa famille, passe ses journées à fabriquer des petits soldats de plomb ; elle est grande aussi cette distance entre l'homme d'État, l'adminislrateur d'un pays et le musicien dont les efforts tendent à se distinguer dans son art, et le luthier qui cherche à donner à ses violons la plus belle sonorité. Mais la loi supérieure du travail s'impose à tous sous mille formes diverses; nul ne peut s'y soustraire sans se nuire ou nuire aux autres.
Il y a donc dans la pratique des ails un côté de labeur digne de sympathie et de respect, surtout si l'artiste y est incité par une secrète aspiration vers la beauté, l'harmonie, la grâce, si un sentiment pur de tout alliage bas et corrupteur élève sa pensée et lui inspire le noble désir de faire partager l'entbousiasme qu'il ressent.
Félix Clément.