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SYMPHONISTES PRIMITIFS

homme sera toujours probablement regardé comme un compositeur d'opéras, tandis qu'aucun musicien avant Haydn n'a montré une imagination plus hardie, plus féconde en combinaisons ingénieuses, dans le domaine purement orchestral et symphonique.

Les formes de la symphonie instrumentale séduisirent de bonne heure

Quatuor.

les musiciens allemands, qui en augmentèrent la résonance par l'emploi des cornets, des trombones, des bassons, de l'orgue, notamment Henri Schùtz, Stadelmaycr, Rauch, Keyscr.

Haandel mit en œuvre tous les éléments préparés de longue date, mais

restés encore sans homogénéité. L'instrumentation de ses oratorios est composée de la manière suivante :

Violons divisés en deux et trois parties.

Violes.

Violes d'amour appelées violettes marines.

Violes di gamba.

Violoncelles.

Contrebasses.

Tbéorbe.

Harpes.

Luths et arebiluths.

Cornets.

Flûtes droites et traversières.

Hautbois.

Bassons.

Contrcbassons.

Cors.

Trombones.

Trompettes à deux et trois parties.

Orgue et clavecin.

Timbales.

Tambours.

Carillon à clavier

Quoiqu'il y ait de très beaux airs dans les opéras du maître saxon, ce sont les oratorios qui ont fait sa gloire, et elle lui restera, car ils sont au nombre des plus belles conceptions de l'esprit humain. Judas Machabée, Saiïl, la Fête d'Alexandre, Déborah, Salomon, le Messie enfin, sont des chefs-d'œuvre qui défient le proverbe Tempus edax.

La grandeur, la simplicité, la noblesse du style de Hsendcl distinguent toujours ses ouvrages de ceux de Sébastien Bach, dont le génie, exclusivement musical, s'est attaché de préférence aux formes les plus complexes, à l'analyse et aux développements d'un thème, à une œuvre d'art profonde par la merveilleuse variété des détails, par la science et la souplesse du contrepoint, par l'habileté prodigieuse avec laquelle il manie les instruments au gré de sa fantaisie avec une audace inouïe et un succès infaillible; les instruments les plus disparates concertent avec la voix et produisent des effets imprévus. La Passion selon saint Mathieu, les cantates des féeries de la Nativité, de Pâques, de la Trinité, de /' Ascension, de la Pentecôte, il faudrait les citer toutes, offrent, une si grande variété de détails qu'elles ressemblent à ces constellations que l'on contemple pendant une belle nuit d'été : plus on les regarde et plus on découvre de nouvelles étoiles.

ILENDEL, BACH, HAYDN.

Haydn est regardé à juste titre comme le père de la symphonie et le maître par excellence du quatuor. Le génie qu'il a déployé dans ce genre de composition doit lui maintenir ce titre surtout à cause des admirables modèles qu'il a laissés. Mais tout s'enchaîne en ce monde, et la fleur la plus perfectionnée a eu sa graine primitive, la plus belle rose de nos jardins son églantier sauvage. Haydn, père de la symphonie, a eu au moins des précurseurs. Un des fils de Sébastien Bach, Emmanuel Bach, Graun et surtout le

Corclli.

musicien milanais Sammartini ont vivifié dans l'imagination du jeune Joseph les préceptes de l'art d'écrire qu'il avait puisés clans les traités de Matheson et de Fux. D'autres excellents artistes, Jomelli, Vivaldi, auteur de pièces instrumentales intitulées les Quatre Saisons, sujet que Haydn traita plus tard on sait avec quelle supériorité, avaient fait applaudir leurs œuvres concertantes. Je ne parle pas des quintettes de Boccherini alors peu connus. La passion du théâtre n'a jamais tourmenté l'àme sereine de Haydn. Sauf

le sentiment dramatique, il a possédé l'art musical dans toute sa plénitude, et il l'a élevé au plus haut sommet de la perfection. Parce qu'il a composé avec esprit et finesse de la musique descriptive dans son oratorio des Saisons, il ne faut pas croire qu'il ait manqué de grandeur, de solennité, de puissance, de tendresse et d'onction lorsque le sujet le comportait. H y a des sublimités dans sa musique religieuse, une harmonie profonde, pleine et suave dans les ensembles. Le charme, la grâce, les bagatelles piquantes de ses allegretto, de ses airs variés, ne peuvent faire oublier la majesté, l'ampleur et la distinction de ses andante et de ses adagios. 11 a purifié l'orchestre de son temps; il lui a rendu une euphonie absolue en le débarrassant des instruments d'un accord souvent douteux, du luth, du théorbe, des flûtes à bec, des hautbois de chasse, des instruments à cordes pincées, môme des harpes. Aussi avec quelle entente des timbres il faisait passer le motif principal du violon à l'alto, au hautbois, au violoncelle, au basson ! Avec une souplesse admirable que donne seule une étude persévérante et approfondie de toutes les parties de son art, Haydn a exprimé avec une clarté parfaite ce qu'il voulait dire, en maintenant sans défaillance chacun de ses ouvrages clans les limites du genre auquel il appartenait. Un mot de lui, rapporté par son ami Carpani (Le Haydine, ovvero lettere sulla vita e le opère del célèbre maestro Giuseppe Haydn, Milan, Buccinelli, 1812), montre le discernement qu'il apportait dans la composition idéale. « J'apprends avec plaisir, dit-il, que ma musique est agréable au public (il s'agissait des Saisons), mais je ne veux pas que vous me complimentiez là-dessus. Je suis persuadé que vous comprenez comme moi qu'elle est loin de valoir la Création. Et voici pourquoi : dans la Création, les personnages étaient des anges; dans les Saisons, ce sont des paysans. » Je n'hésite pas à dire que toute la musique moderne, au point de vue de la facture harmonique, c'est-à-dire de l'enchaînement des accords et du mouvement des sons fondamentaux, procède de Haydn et que de l'ensemble de ses huit cents compositions s'est dégagée une esthétique admise et pratiquée partout dans la musique symphonique, comme au théâtre : sorte de Codex qui n'a nullement entravé le génie de ceux qui s'en sont servis, notamment Beethoven et Rossini. On sait que le premier a été l'élève de Haydn, élève un peu récalcitrant il est vrai ; et que le second a complété ses études en réduisant patiemment au piano les quatuors du maître.

Viotti, l'illustre violoniste piémontais, compositeur doué d'un génie admirable, après avoir brillé au Concert spirituel en 1782, avait contribué à répandre le goût de la symphonie et de la musique d'ensemble pendant

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