HAYDN
La symphonie, dans le sens moderne du mot, se compose des mêmes divisions que le quatuor, le quintette, le septuor, l'octuor, le nonetto. Elle a plus d'ampleur dans le développement des idées, et le compositeur ajoute au quatuor, base de toute musique d'ensemble, tant vocale qu'instrumentale, les sonorités diverses des instruments de l'orchestre. Il ne faut pas pousser jusqu'à la puérilité l'importance donnée à la diversité des timbres dans la composition musicale. Les effets de sonorité peuvent faire valoir les idées
Rodolphe Kreutzer.
du musicien, mais ne les remplacent pas plus que le coloris ne tient lieu du dessin.
Sous le rapport de la science, de la variété des idées, de l'imagination, de l'invention des combinaisons, du rythme et de l'harmonie, Haydn a été et est resté jusqu'à ce jour le maître des maîtres. Le thème le plus simple, une suite de quatre mesures, lui suffisaient pour donner une impulsion à la conception de ses idées, qui se succédaient avec un charme nou-
veau et une variété de formes qu'aucun compositeur n'a possédée au même degré.
Le chant de YHymme à la paix qu'il composa à l'occasion du traité de Campo-Formio, et qui est devenu le chant national autrichien, en fournit un exemple. En passant successivement d'un instrument à l'autre dans le quatuor, ce thème est accompagné chaque fois par des mélodies nouvelles ayant par elles-mêmes un intérêt constant, et cet enchevêtrement des parlies, joint à la science du contrapontiste le plus habile, a le mérite plus rare d'une harmonie toujours suave a l'oreille malgré sa mobilité, ses savantes complications, et celui d'une clarté parfaite.
Mozart a donc trouvé une langue musicale absolument formée, ayant ses principes, ses règles. Les procédés de modulation étaient inventés et pratiqués, l'instrumentation déjà assouplie, bien équilibrée et reposant sur les assises solides du quatuor. Pendant tout le cours du dix-huitième siècle, l'art italien régnait à Vienne et dans une notable partie de l'Allemagne. Mozart fut bercé dans son enfance par les fées gracieuses murmurant à son oreille les mélodies italiennes. Plus tard ses précoces relations avec le monde théâtral en même temps que sa présence chaque jour à quelque concert, soit comme exécutant, soit comme auditeur, l'initièrent à tout ce que renfermaient d'intéressant les ouvrages des compositeurs en renom, Jomelli, Bertoni, Anfossi, Sarti, Cimarosa, Guglielmi, Paisiello. Les impressions qu'il en ressentait étaient vives, faisaient vibrer son âme sensible en même temps qu'elles agrandissaient le domaine de son intelligence et complétaient les fortes études d'harmonie et de composition qu'il avait faites sous la direction de son père, entouré à Salzbourg de maîtres de chapelle et d'organistes allemands. L'existence nomade qu'il mena pendant son enfance, et sa première jeunesse contribua certainement par la variété des objets offerts à son imagination à lui donner ces facultés rares qui lui ont fait produire des œuvres parfaites dans tous les genres : concertos, sonates, musique de chambre, symphonies, opéras, musique sacrée.
Quoique le fond de l'orchestration des ouvrages de Mozart soit le même que celui de Haydn et des meilleurs maîtres italiens ses contemporains, il a donné à la clarinette une notable importance dans la symphonie; il a même écrit un concerto pour cet instrument, dont le timbre lui plaisait, et il l'a introduit dans des trios et des quintettes. Son goût pour l'harmonie des timbres était si pur qu'il a refait l'instrumentation d'Acis et Galatée, celles du Messie, de la Fêle d' Alexandre et de Y Ode à sainte Cécile de Hœndel. Il a complété la famille des instruments à vent par le cor de basset, par des cors anglais et le contrebasson. Il a fait parler l'orchestre