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DANSES MODERNES

sure binaire dans un mouvement modéré; le rigaudon, inventé par Je maître à danser Rigaud, de Marseille; la bourrée d'Auvergne ; la farandole, danse provençale.

La bocane fut en vogue dans le cours du dix-septième siècle. Elle a eu pour auteur le sieur Rocan, maître à danser des reines d'Espagne, d'Angleterre, de Pologne. Sa vanité et sa fatuité sont restées longtemps proverbiales; quoiqu'il fût laid et presque contrefait, il enseignait à merveille.

Les maîtres à danser formaient alors une corporation annexée à celle des joueurs de violons et des ménétriers. On sait par la scène de Molière toute l'importance qu'ils se donnaient aux yeux des bourgeois. Le chef de leur maîtrise était le roi des Violons, ce qui montre que leur art était considéré comme subordonné à la musique; et en effet la danse ne peut être imaginée sans un concours de voix ou d'instruments ; les enfants eux-mêmes chantent spontanément en dansant en rond. Les maîtres à danser donnaient leurs leçons avec le petit violon de poche appelé pochette, qui rend à l'octave les sons du violon. Ce sont eux qui affublaient les danses des noms les plus singuliers : c'étaient la folâtre, la créole, le petit-maUre, la jolie-meunière, la belle-esclave, la montgolfier, la suédoise, la gibraltar, la moscovite.

La gigue est la danse nationale anglaise. Je ne sais si l'étymologie familière de gigot qu'on donne à ce nom est exacte. Il est de fait que le mouvement imprimé au haut de la jambe est perpétuel.

La chaîne anglaise est formée de deux haies de danseurs ; chaque couple en parcourt l'étendue en sautillant, car l'Anglais saute toujours en dansant.

Les Grecs modernes ont conservé des figures de danse qui paraissent remonter à des temps anciens ; ce sont la candiote, Yangrismême et 17/v/porchématique. Les Spartiates dansent encore la pyrrhique en robes courtes avec un carquois garni de flèches et l'arc tendu. J'ai parlé plus haut de la danse antique de la grue; elle est encore pratiquée dans l'Attique.

Depuis que la contredanse, country-danse, a été importée d'Angleterre en France, elle y est demeurée prépondérante. Depuis le commencement du siècle, on n'a dansé, dans les bals et les salons, que le quadrille et la valse, jusque vers l'année 1842, époque de l'irruption de danses étrangères, hongroises, polonaises, écossaises. La polka surtout fit fureur, et, malgré la supériorité sur elle de la mazurka, de la redoiva, de la varso-

viana et de la scotisch, elle resta maîtresse du parquet. Cellarius et Markowski furent les professeurs les plus renommés de ces danses nouvelles.

La polonaise, qu'il ne faut pas confondre avec les figures qui précèdent, est une marche-promenade très gracieuse qui sert d'intermède à d'autres danses.

Le rythme original de cette marche cadencée a inspiré d'admirables morceaux de piano et pièces instrumentales à de grands compositeurs, tels que Weber, Hummel, Chopin, Liszt. On entend souvent dans les concerts la polonaise de Struensée, un des chefs-d'œuvre de Meyerbeer.

Enlever à l'Allemagne l'origine de la valse, qui depuis trois siècles est regardée comme sa danse nationale, c'est là une bien faible revanche. Cependant la vérité historique l'exige. La valse telle que l'a définie Blasis dans son Manuel complet de la dame, se compose de deux pas, chacun de trois temps par mesure, suivant les principes de la musique. Chacun des deux pas complète le demi-tour de valse, qui dure une mesure; ces deux pas ensemble forment le tour entier de valse, exécuté en deux mesures. Elle était connue pendant le moyen âge en Provence sous le nom de volta, et l'air sur lequel on la dansait, s'appelait ballada. J'ai dit plus haut que Marguerite de Yalois la fit adopter à la cour. Un grand nombre d'airs à danser à trois temps datent de 'cette époque et coïncident avec le succès de ia valse pendant tout le seizième siècle.

La valse est de tous les genres de danse celui qui se prête le plus aux rêves de l'imagination, aux plaisirs de l'oreille et des sens. Le tour élégant des phrases musicales, l'ardeur constante d'un rythme entraînant, quelquefois même l'accent passionné de la mélodie offrent les plus séduisantes images. Il ne faut pas s'étonner si la plupart des plus grands musiciens se sont complus à écrire des valses dont plusieurs sont restées célèbres. Le lecteur se rappellera l'Invitation à la valse de Weber, les six valses de Beethoven, les valses de Chopin, de Schuloff, de Joseph Strauss, de Lanner, de Labitzki. Meyerbeer a tiré du rythme ternaire un effet dramatique dans la valse infernale de Robert le Diable, tandis que Weber linterprétait gracieusement dans la valse de Robin des Bois. La valse du duc de Reichstadt a été longtemps populaire, et plus récemment on a exécuté sur tous les pianos la valse composée par Burgmuller et introduite dans le ballet de Giselle d'Adam. On a chanté dans tous les salons la belle valse de Venzano, et il Baccio d'Arditi, interprété par l'admirable voix de Mme Adelina Patti, a eu aussi son heure de succès.

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