LES MODES
Si la tradition ne nous venait en aide pour nous diriger dans le dédale des modes grecs, nous n'en sortirions pas. Leur classement et leurs noms diffèrent dans les auteurs; leur nombre même n'est pas déterminé. Aristoxène en compte treize, Aristide Quintilien et Bacchius le Vieux, sept, Alypius, quinze. Ce qui est encore plus grave, c'est que des modes portant le môme nom sont attribués à des échelles différentes. C'est ainsi qu'on trouve dans Euclide et dans Gaudence, désignée sous la dénomination de mode dorien, l'échelle suivante : mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi, qui commence par un demi-ton ; tandis que l'échelle du mode dorien est ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré.
Confondre le mode dorien avec les modes dont l'échelle a à sa base un demi-ton, tels que l'ionien ou iastien, le phrygien, le lydien synton et le mixolydien, c'est là une marque ineffaçable de l'incompétence musicale du savant Euclide et du compilateur Gaudence.
Il faut reconnaître que, la pratique de la musique ayant partout précédé la théorie, les perfectionnements apportés dans la facture des instruments
n'ont pas toujours anéanti les anciens usages. Ainsi, les tétracordcs étaient déjà formés sur la lyre lorsqu'on ajouta une corde grave. On l'appela pour cela corde ajoutée, proslambanomène, et on la plaça au-dessous de la note la plus grave de l'hypate hypatôn, qui n'a plus été que la seconde note.
Au dire de Nicomaque, Pythagore aurait ajouté une huitième corde à In lyre, afin de compléter l'octave.
Les systèmes de Pythagore et d'Aristoxène furent surtout appréciés par les théoriciens.
Vers le milieu du troisième siècle avant Jésus-Christ, la théorie parait avoir été l'objet de travaux considérables; mais tous les auteurs diffèrenl, non seulement sur le nombre des signes musicaux, mais sur la nomenclature des modes. Il est devenu impossible de rien affirmer à ce sujet sans s'exposer à être contredit par une citation de quelque auteur grec.
Le renseignement le plus sérieux sur la constitution de la musique grecque ou plutôt sur la grammaire de cet art nous est fourni par les tables d'Alypius, et encore il ne faut pas oublier qu'il a vécu dans la deuxième moitié du quatrième siècle de notre ère, par conséquent à mille ans de distance de Pythagore et sept cents ans après Aristoxène.