MADRIGAL DE PALESTRINA
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1528-1598. — Claudin le Jeune, né à Yalenciennes, était un musicien attaché à la cour de Henri III et de Henri IV. Pendant le siège de Paris, il courut les plus grands dangers, et les soldats ligueurs l'arrêtèrent au moment où il fuyait, emportant ses manuscrits, qu'on voulait brûler comme entachés d'hérésie. Zélé huguenot, il se retira en Hollande, où il mourut. Sa réputation était telle, qu'on s'exprimait ainsi à son sujet :
Qui son esprit ne satisfait
En tes chants si pleins de merveilles,
S'il n'est un âne tout à fait,
11 en a du moins les oreilles.
Les ouvrages de Claudin qui nous restent ne justifient guère de pareils éloges.
1555-1604. — Merulo (Claude), célèbre organiste à Venise et à Parme, et auteur de madrigaux, de ricercari pour l'orgue, construisit lui-même un orgue de quatre jeux et de quatre octaves, alimenté par deux soufflets. Cet instrument existe encore dans la tribune de l'oratoire de Saint-Claude. Le duc de Parme, Piinuccio Farnèse, appréciant le mérite de cet artiste, lui fit des avantages considérables.
Il y a lieu de s'étonner qu'au seizième siècle un organiste ait pu concilier à ses ouvrages une admiration aussi incontestable, en n'ayant à sa disposition qu'un instrument de quatre jeux, une flûte de huit pieds, une de quatre, une doublette et un flageolet, tandis que nos virtuoses organistes, dont la situation n'est rien moins que brillante, se font entendre sur de gigantesques instruments qui comptent cinquante, quatre-vingts et
jusqu'à cent jeux, produisant d'innombrables combinaisons. Ne pourraiton pas conclure que la vivacité et la sensibilité des impressions musicales en général ne sont nullement en raison directe de la sonorité et de la complication des timbres, et qu'à cette époque le jugement de l'oreille et l'intelligence des œuvres d'art s'exerçaient avec plus de pénétration et de subtilité que de nos jours.
15.. -1574. — Je citerai en passant Perego, maître de chant à Milan, parce qu'il est l'auteur d'une méthode pour le chant ambrosicn.
1558-1572. — Roussel, musicien français, appelé Rosselli en Italie, où il séjourna longtemps comme maître des enfants de chœur de la chapelle Pontificale, est l'auteur de madrigaux et de chansons à quatre et à six parties. Celles qu'on trouve dans le recueil publié par Gardane à Venise, en 1557, sont estimables.
1558-1625. — William Bird, membre de la chapelle royale d'Elisabeth, a reçu, en Angleterre, le surnom glorieux de Père de la musique.
1540-1607. — Nanini, élève de Goudimel, chapelain-chantre de la chapelle Pontificale, fut l'un des plus savants musiciens, après Palestrina. Ses motets se chantent encore à Rome. Il est l'auteur de cent cinquantesept contrepoints et canons à deux, trois, quatre, cinq, six, sept parties, véritables tours de force.
1540-1608. — Vittoria est né à Avila, en Espagne. Il fut l'élève d'Escobedo et de Morales. Nommé maître de chapelle à Rome, et depuis chapelain du roi à Madrid, il a laissé des compositions d'un grand caractère, parmi lesquelles il faut citer les chœurs de la Passion qu'on chante à Rome depuis trois siècles.
Il y avait alors beaucoup d'émulation parmi les musiciens, qui se posaient les uns aux autres des canons à résoudre comme autant de problèmes.
On instituait des concours, surtout dans les Flandres. De la Hèle, compositeur belge, maître de chapelle de Philippe II, fut un des lauréats de ces tournois pacifiques. Il remporta le prix de la harpe d'argent pour un motet, et celui du luth d'argent pour une chanson. A Évreux, au concours du puy de musique de Sainte-Cécile, le maître de chapelle de M. de Villeroy, Le Peintre, auteur de chansons qui ne sont pas mal écrites, remporta le prix de la flûte d'argent.
1546-1600. — Jules Caccini, né à Rome, passa trente-sept ans à Florence, attaché à la cour des Médicis en qualité de chanteur. Aux noces du grand-duc François de Médicis avec Bianca Capello, il chanta le rôle de la Nuit avec accompagnement de violes dans un intermède composé par Strozzi.
On se lassait des madrigaux à quatre et à cinq voix, et le goût de la musique passionnelle envahissait de plus en plus les esprits. On invoquait, avec raison, la mélopée des Grecs; Vincent Galilée, père de l'astronome, et le poète Rinuccini étaient au nombre des protagonistes de la réforme. Ils pensaient qu'un chant à une voix seule, accompagné d'instruments, exprimerait mieux les nuances du sentiment et serait plus favorable à l'intelligence de la poésie. Sans invoquer les Grecs, ils pouvaient s'appuyer sur le véritable chant des liturgies, avant qu'il fût défiguré et remplacé par les jeux du contrepoint. La mélopée grecque était devenue le récitatif des préfaces, des leçons, des invocations et des bénédictions liturgiques. Le principe était le même. Toutefois l'art veut être libre dans ses manifestations ; la mélodie et la symphonie peuvent et doivent coexister et se compléter l'une par l'autre.
On comprend qu'à cette époque de la Renaissance, réveil des fictions mythologiques, il devenait intéressant d'exprimer par une déclamation ornée et mélodieuse tant de sentiments divers ; tantôt, comme aux noces de Cosme Ier avec Eléonore de Tolède, en 1559, c'était Apollon chantant sur sa lyre l'éloge des époux, auquel les Muses répondaient par une canzone à neuf parties; tantôt c'était l'Aurore qui réveillait les bergers. Le luth, le théorbe, le clavecin accompagnaient ces chants.
On commença par composer des scènes à voix seule, des Monodies et des pastorales ; c'était le combat d'Apollon avec le serpent (1599), il Rapimento di Cefalo, in stile rappresentativo, à l'occasion des noces de Marie de Médicis (1600), par Strozzi et le chanoine Luca Bâti, maître de chapelle de la cour à Florence. Les marques du changement opéré dans les habitudes musicales à la fin du seizième siècle sont bien caractérisées dans la collection de madrigaux, de canzoni et de monodies intitulée Nuove musiche, de Giulio Caccini dctlo Romano (1602). C'était une famille d'artistes. Les deux femmes que ce compositeur épousa avaient été ses élèves, et ses filles eurent de la célébrité, surtout Françoise Caccini, qui écrivit la musique d'un ballet, la Liberazione di Ruggiero delV isola d' Alcina, et des madrigaux à une et à deux voix.
1550-1600. — Emilio del Cavalière, gentilhomme romain, fut préposé par le grand-duc Ferdinand de Médicis à la surintendance des arts à Florence. Il fut un des promoteurs de la séparation de la musique sacrée et de la musique mondaine et dramatique. Le style osservato des messes, madrigaux et chansons fut remplacé par le récitatif et par la mélodie libre; on employa des ornements, tels que le groupe et le trille : la basse continue devint d'un usage général, et les accompagnements cessèrent
de reproduire servilement la note chantée, Joignant la pratique à la théorie, Emilio del Cavalière fit représenter, en J 590, la pièce musicale il Satiro, puis la Disperazione de Filene, il Giuoco délia Cieca, et il composa la Rappresentazione di anima e di corpo, qui fut exécutée après sa mort. Emilio del Cavalière a été plutôt un protecteur de la nouvelle école qu'un compositeur remarquable.
1550-1600. — Jean Bennet, musicien anglais sous le règne d'Elisabeth, est l'auteur de madrigaux à quatre voix, publiés en 1599.
1550-1600. — Asola, né à Vérone, grand admirateur de Palestrina, passe pour avoir le premier adopté l'usage d'écrire une basse continue pour l'accompagnement d'orgue.
1550-1599. — Luca Marenzio fut successivement attaché à la cour du roi de Pologne, au cardinal d'Esté, au cardinal Àldobrandini et à la chapelle Pontificale. Tout en employant l'harmonie consonante, il fit usage des demi-tons chromatiques plus abondamment que d'autres musiciens. Les poésies de ses madrigaux lui ont inspiré des accents tendres et passionnés. 11 a joui d'une célébrité grande dans la péninsule. On l'appelait musico eceellentissimo, il dolce cigno, divino compositore. Ses madrigaux le plus souvent cités de son temps sont les suivants : O voi che sospirate, Ah, tu mel neghi! O fortuna volubile!
1550-1610. — Jacques Péri se distingua dans la carrière dramatique nouvellement ouverte par Caccini, Emilio del Cavalière et le poète Rinuccini. Sa pastorale Dafne fut représentée à Florence en 1594, et son Orfeo ed Euridice, à Florence également, pour les fêtes du mariage de Marie de Médicis avec Henri IV, six ans après.
15 . . -16 ... — Ce fut la France qui donna à Ferrare les Milleville, les plus célèbres organistes de cette époque en Italie.
1551-1605. — Horace Vecchi, de Modène, archidiacre à Corregio, eut une existence agitée. Son caractère violent lui attira des aventures dans lesquelles il faillit perdre la vie; tantôt c'est un coup de stylet que ses vêtements amortissent, tantôt deux coups de couteau à la tête, dont il guérit et qui ne l'empêchèrent pas d'organiser des mascarades dont il composa la musique.
Favori de l'empereur Rodolphe, du prince Octave Farnèse, duc de Parme, de l'archiduc Ferdinand, il s'absentait si souvent de Modène, où il devait remplir les fonctions de maître de chapelle de la cathédrale, qu'il perdit cette place. Il en mourut de chagrin. Il laissa à ses héritiers une fortune assez considérable, une collection de tableaux et de portraits des musiciens célèbres, qu'il avait fait faire par les plus habiles artistes. En
somme, c'était un musicien plein d'esprit, d'ingéniosité et doué d'une grande facilité, mais un peu trop gai pour un archidiacre, comme le prouve sa comédie intitulée YAmfiparnasso, représentée à Modène en 1594, dans laquelle apparaît le fameux Pantalon querellant son valet gourmand, Pirolin, qui s'emplit, dit-il, l'estomac avec des oiseaux qui chantaient naguère piripipi, cucurucu; et ce qui montre bien qu'à cette époque le sentiment dramatique était encore sacrifié aux plaisirs de l'oreille et à la forme madrigalesque, c'est un chœur à quatre voix qui chante ces mots comiques, passant d'une partie dans une autre. Le dialogue musical dramatique, qui existait en France au moyen âge, a disparu en Flandre et en Italie, noyé dans les flots du contrepoint; mais il vient de reparaître avec Caccini et Péri, pour ne plus subir d'éclipsé. Ce n'est pas toutefois que la vraie comédie littéraire n'existât, car YAmfiparnasso offre les personnages suivants : Pantalone, Pedrolino, son valet ; Lelio, amoureux de Lisa ; le docteur Gratiano, Lucio, amoureux d'isabella ; Cardon, capitaine espagnol; Zîine, Bergamasque; Frulla, valet de Lucio; Francatrippa, valet de Pantalone; Hortensia, courtisane; Nisa, Isabella ; un chœur de juifs travailleurs. Ce dernier morceau, écrit sur les mots tik, tak, tok, est d'un effet fort comique. On pourrait voir clans le chanoine Yecchi un précurseur d'Offenbach, si cet enfantillage n'était pas traité avec une science de contrepoint qui en fait une véritable œuvre d'art au lieu d'un joujou musical amusant, mais sans valeur. Les canzonette de ce maître sont généralement à quatre voix. L'épitaphe qu'on grava sur le beau monument élevé en son honneur à Reggio, en 1607, et exécuté par le sculpteur Pacchioni, fait beaucoup plus d'allusions aux agréments de son esprit qu'à ses vertus. Quand on se rappelle son humeur querelleuse, on est porté à trouver de l'ironie dans ces mots : Quiescens excitatricem expectat tubam. On lui fait un mérite d'avoir adapté la musique à la comédie, et ici la louange est excessive : Cum harmoniam frimus comicx facaltati conjunxisset, totum terrarum orbem in sui admirationem traxit.
1552-1592. — Guidetti, auteur du Direclorium chori, et continuateur de l'édition palestinienne du chant romain, laborieux musicien, fut chantrechapelain de Grégoire XIII.
1560-16... — Salomon Rossi, de Mantoue, compositeur israélite et rabbin, à l'imitation des chapelains-chantres, écrivit aussi des morceaux très profanes, des canzonette, des madrigaux, et notamment une pièce ayant pour titre : Sonate, gagliarde, brandi e correnti, pour deux violes, avec basse sur le clavecin. — M. Naumbourg a découvert cependant des morceaux de musique religieuse de cet auteur, qu'il m'a fait connaître.
1560-1618. — L'école romaine a éclipsé l'école flamande. Felice Ànerio succéda à Palestrina comme compositeur de la chapelle Pontificale (1594). Il dut sa nomination à Clément VIII. Les progrès dans l'art de la notation furent rapides; le frère de Felice, Jean-François, introduisit l'usage des croches, doubles et triples dans ses madrigaux, motets, canzonette et dialogues. Ànerio le Jeune fut maître de chapelle du roi de Pologne Sigismond III, et en 1600 devint maître de chapelle de Saint-Jean de Latran.
1560-1662. — Allegri, l'auteur du célèbre Miserere, était prêtre et de la famille du Corrège. Il fut toute sa vie chapelain-chantre de la chapelle Pontificale. L'œuvre de son génie a été admirée pendant deux siècles. Ses concerli à deux, trois et quatre voix, ses motets à cinq et à six voix, ses psaumes à huit voix, sont d'une facture plus simple et moins pédantesque que ceux de la plupart des musiciens de cette époque, Le Miserere surtout est d'une expression de tristesse profonde, qui exige de la part des artistes une exécution habile et des nuances que les chantres de la chapelle papale ont possédées presque exclusivement. C'est ce qui explique la mésaventure du maître de cette chapelle, lorsque l'empereur Léopold Ier obtint du pape une copie de cet ouvrage. Les chanteurs viennois n'en tirèrent aucun effet, et le bruit se répandit que la copie avait été altérée à dessein. Le maître des chapelains-chantres fut fort malmené et eut toutes les peines du monde à expliquer au saint-père que la transcription des notes ne suffisait pas pour bien interpréter ce morceau, et que des nuances dans les détails de l'exécution n'avaient pu être transmises. Il dut écrire sa défense et la faire remettre à l'empereur par son ambassadeur à Rome.
1561. — Je cite en passant Jean Maillard, musicien français, auteur de messes, motets et chansons.
1562-1605. — Les musiciens de la chapelle de Saint-Marc de Venise étaient nommés par les procurateurs, et plusieurs d'entre eux sont devenus célèbres : Willaert, Cyprien Rore, Zarlino, Donato, etc. Les ouvrages de ce dernier se distinguent par un tour élégant et un rythme assez vif. On comprend que le grave Zarlino, tant qu'il vécut, ait cherché à écarter Donato de la chapelle de Saint-Marc, lorsqu'on voit le caractère des canzonette villanesche alla Napolitana, à quatre voix ; celui de la canzona délia Gallina, si différent du style austère des anciens contra puntistes. Mais l'essor était donné. Ce que l'on devait désirer, c'était l'affranchissement des formes hiératiques lorsqu'on avait à traiter les sujets profanes, et le bannissement des formes dramatiques et passionnelles lorsqu'il s'agissait
des sujets religieux. Malheureusement, le mélange a eu lieu et dure encore, au grand détriment de la puissance d'expression de l'art, laquelle n'existe dans sa force qu'à la condition d'être conforme à la nature du sujet. L'abus du style dramatique est tel qu'on peut se demander trop souvent : où est l'opéra, où est l'église?
1571-1621. — Michel Praetorius, savant théoricien et historien de la musique, composa aussi des chants variés, Chants de paix et de joie, avec trompettes et basse continue pour l'orgue; les Muses de Sion, chants spirituels à huit et à douze voix. 11 abusait de son érudition pour donner à ses œuvres musicales les titres les plus bizarres : Eulogodia Sionia; Bicinia et tricinia; Polyhymnia panegyrica et caduceatrix. Ce pédant ne faisait même pas grâce de ses héllénismes aux chansons joyeuses allemandes, qu'il publiait sous le titre ambitieux de Calliope.
1580. — Beaulieu, musicien de la chambre de Henri III, chantait et jouait du luth. Ce fut lui qui composa avec Salmon la musique du Ballet comique de la Boyne, dont je parlerai plus loin dans le chapitre réservé aux opéras.
1588-1604. — Thomas Morley, musicien de la chapelle d'Elisabeth, était l'élève de William Bird. On a de lui un bon ouvrage sur la musique pratique et les règles de la composition. Il est aussi l'auteur de madrigaux dansés à quatre et à cinq voix, appelés ballets, à l'imitation de ceux de Gastoldi.
1588-1654. — Jérôme Frescobaldi, élève de Milleville, né à Ferrare, fut un organiste d'un talent prodigieux. Nous parlons de vogue, de succès, d'enthousiasme, de virtuoses à la mode; qu'est-ce que c'est que cela en comparaison de la renommée du fameux organiste de Saint-Pierre du Vatican, que trente mille personnes allaient entendre (1614); et certes la musique de Frescobaldi a des formes qui paraissent bien froides, bien sévères et même arides à nos amateurs d'effets de timbres et de grandes sonorités. Mais les véritables musiciens savourent encore les fugues tonales de Frescobaldi, ses canzone, ses toccate et ses capricci, où le génie se révèle plus que dans ses Bicercari sopra diversi oblighi, énigmes traitées avec ingéniosité, mais d'un effet peu agréable, pour ne pas dire désagréable.
1602-1672. — Après Palestrina, le compositeur le plus remarquable, à mon avis, est Horace Benevoli. Il fut le contemporain du célèbre Monteverde, auquel on a attribué si longtemps, sur l'autorité de Fétis, l'invention de la dissonance naturelle et l'emploi sans préparation de la septième de dominante, lesquels procédés auraient amené l'épanouissement de l'art musical moderne.