FRAGMENT D'UNE MESSE DE BENEVOLI
J'ai montré dans des exemples extraits çà et là, et qui auraient pu être nombreux, que ces effets harmoniques remontaient beaucoup plus haut qu'au commencement du dix-septième siècle. Ma démonstration pouvait être contestée en ce sens que mes exemples étaient trop isolés les uns des autres. Mais ici il n'y a plus d'objections à tenter. S'il fallait faire honneur à un maître du commencement du dix-septième siècle, de ce brisement de la coque de la consonance et de l'éclosion de la dissonance naturelle, n'est-ce pas plutôt à ce grand musicien Benevoli, si fécond, si mélodiste, si profondément harmoniste, qu'il faudrait l'attribuer plutôt qu'à Monteverde, qui est bien loin de l'égaler?
Benevoli, maître de chapelle du Vatican, a écrit des messes à quatre, cinq, six et huit chœurs simultanés. Imagine-t-on à notre époque un échafaudage aussi hardi? Il a composé des motets à trente voix, des messes pour douze soprani, une messe à vingt-quatre voix divisées en six chœurs ; enfin il est l'auteur d'une messe à quarante-huit voix réelles divisées en douze chœurs. Cette composition, chef-d'œuvre de science et d'une habileté incomparable, a été exécutée dans l'église Santa-Maria de la Minerve le 4 août 1650. Le fragment qu'on va lire d'un de ses ouvrages peut donner une idée du style de Benevoli et de l'état de l'art harmonique en Italie dans la première moitié du dix-septième siècle.