‹ Histoire de la musiqueChapitre 2 sur 65 · VE PRÉFACE · texte numérisé non relu

VE PRÉFACE

dans tous les pays, par des liens multiples, sont des modes de langage dans lesquels, de façon plus ou moins directe, s’exprime l'esprit humain. Ils obéissent à un principe général de composition qui s'appelle symétrie pour les uns, rythme pour les autres. Il y a, ilest vrai, de la « symétrie » et une sorte d'architecture sonore dans un chœur de Gabrieli ou de Bach; tout y est cependant fluide, aérien, soumis, en chaque partie de la polyphonie, à un plan dont l'oreille seule doit percevoir les divisions.

D'autres différences sont essentielles :

Les œuvres des arts de l’espace ont la fixité d’un ensemble ou d’un bloc; toutes leurs parties sont perçues simultanément; et elles n’ont pas besoin d'’interprètes. Les arts du rythme, au contraire, ne nous mettent pas en présence de la chose faite, mais d’une chose qui se fait devant nous : nous assistons à la genèse d’un quatuor et d’une symphonie et à leur organisation ; nous les voyons s’évanouir après qu'ils nous ont charmés; et ils ont besoin d’un nombre déterminé d’interprètes. Bien plus, les œuvres musicales réclament notre collaboration intime : nous ne pouvons les comprendre, au cours d'une exécution, que par une série d'actes de mémoire coordonnés, une comparaison instinctive et continue d'états de conscience successifs. Elles se construisent dans l'esprit de l’auditeur et n'existent qu’en lui.

Les arts de l'espace composent leurs images avec des matériaux pris en dehors de la personne humaine et soumis aux lois de la pesanteur. Les arts du rythme sont immatériels, sauf la danse : ils s'organisent avec des imitations nuancées de la voix humaine, des souffles qui passent. Homère dit : « les paroles ailées.… »: le chant, la poésie déclamée, ont des ailes bien plus puissantes que la parole ordinaire. Le danseur lui-même tend à se libérer des servitudes matérielles : il exécute une sorte de musique dont on aurait abstrait les sons,

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