TOME l
vel anti-pape, sous le nom de Benoît X, s'empara du pouvoir dans cette même année 1058, et fut déposé presque aussitôt.
Gérard de Bourgogne, sous le nom de Nicolas //, succéda à Etienne. Nicolas traita avec les Normands, confirma leurs chefs, Richard et Robert Guiscard, dans la possession , l'un de la principauté de Capoue, le second dans le duché de Pouille et de Calabre, ainsi que dans ses prétentions sur la Sicile, l'ancienne Trinacria^ nommée de ce nom à cause des trois promontoires qui la dominent, et que l'on désignait par une médaille représentant trois jambes et trois cuisses attachées à un centre rond commun ; mais il exigea qu'ils se reconnussent vassaux du Saint-Siège. L'abbé de Fleury pense que telle est l'origine des prétendus droits des papes à la suzeraineté sur le royaume de Naples et de Sicile , dont j'ai cité plus haut l'ancien nom et les armes bizarres. Nicolas II mourut à Florence en 1061. Il avait conservé le riche évêché de cette ville, qu'il cumulait avec celui de Rome.
Alexandre II lui succéda, et mourut en 1073. Son nom était Anselme , son élection se fit dans le Milanais ; mais il eut à lutter contre un prêtre appelé Cadaloûs, que protégeait ouvertement Agnès, femme de l'empereur Henri IV. Ce protégé , sous le nom d'Honoré II , prit possession du pouvoir; mais, regardé comme anti-pape, il fut déposé en 1074. Alexandre favorisa la conquête de l'Angleterre par Guillaume de Normandie, et s'occupa beaucoup plus de politique, d'acquisitions de terres, que de beaux-arts et de musique surtout.
Honoré II fut l'anti-pape dont je viens de parler. Cadaloùs , évêque de Parme, simoniaqueet concubinaire, mourut l'an 1081.
Grégoire VII succéda à Alexandre II, et mourut en 1085. On le connut d'abord sous le nom d'Hildehrand. Ses études furent faites en France, où il fut reçu dans l'ordre de Cluny. C'était un habile négociateur, et il jouit en cour de Rome d'un grand crédit. Son élection eut lieu le jour même de l'inhumation d'Alexandre. Il voulut réprimer les désordres du clergé, et il eut raison ; mais il voulut donner des ordres au roi de France; il osa déclarer Philippe Auguste «indigue du titre de roi « parce qu'il avait résisté, comme il le
devait, aux folles prétentions du pape^ il eut tort. Cet Hildebrand fut un des évêques de Rome le plus ambitieux, le plus turbulent qui ait tourmenté l'Europe.
Voici venir encore un anti-pape sous le nom de Clément lll, et qui mourut l'an 1086. Ce prétendant se nommait Guibert, et avait été archevêque de Ravenne et chancelier de l'empereur Henri iV. Il lutta obstinément contre trois papes légitimes, mais sans succès.
Victor H [ fut élu, et mourut en 1087; son véritable nom était Didier: c'était l'un des hommes les plus instruits , les plus distingués de son temps. Son administration fut de courte durée : elle ne dura que quatre mois seulement. Malgré cela , il eut l'occasion de prouver son courage, et de combattre avec avantage les Sarrazins.
Urbain II lui succéda, et conserva le pouvoir jusqu'à sa mort arrivée en 1099. Son nom était Eudes, ou Odon, et il était français. Les prétentions ambitieuses de ce Guibert, mentionné plus haut, le tourmentèrent beaucoup , mais néanmoins son énergie parvint à sauver son pouvoir contesté. La première croisade fut due autant à son influence qu'aux prédications de Pierre-l'Hermite. Lui-même vint en France en 1095 pour achever ce que le solitaire avait commencé. Urbain mourut quelques jours après la prise de Jérusalem par les Croisés. Ce Pierre-l'Hermite était un gentilhomme français nati^ d'Amiens vers le milieu du onzième siècle , et qui avait quitté le service militaire pour se faire hermite. La terreur causée par l'annonce de la fin prochaine du monde lui avait probablement dérangé la tête ; cette folle menace avait été l'œuvre d'un hermite fanatique de la fin du dixième siècle, nommé Bernard de Thuringe. Pierre se rendit à Rome, déplora le sort des Chrétiens en pèlerinage à la Terre-Sainte, où lui même avait fait un voyage en 1092 5 son éloquence toucha le pape, de qui il reçut la mission de prêcher la première croisade. Sa mission eut tout le succès qu'il pouvait souhaiter; il se mit à la tête de la première armée qui partit pour l'Orient. Mais comme cette armée de soutiens de la foi pillait et dévastait tout sur son passage , elle souleva contre elle les peuples qui la détruisirent presque en entier. Pierre-l'Hermite revint en France; on ignore à quelle époque précise il mourut; seulement on croit que
c'est vers 1115, au monastère de Neu-Moutier, fondé par lui dans le pays de Liège. C'est à lui que l'on doit la composition des litanies, sorte de prières que l'on chante dans l'église pour honorer Dieu et les saints en les invoquant l'un après l'autre. Il fit chanter ces prières pendant son premier séjour à Jérusalem.
Pascal II termina le onzième siècle et commença le douzième. Elu en 1099, il ne mourut qu'en 1118. Son véritable nom était Rainieri : mais il était passé en usage que les papes en changeassent quant ils arrivaient au pouvoir. Pascal naquit à Blède en Toscane. De vifs démêlés s'élevèrent entre lui et Henri I", roi d'Angleterre , ainsi qu'avec les empereurs Henri IV et Henri V, au sujet des investitures, Henri V le fit jeter en prison parce qu'il avait refusé de le couronner. Ce pontife eut à se défendre contre un anti-pape, contre des rebelles: enfln son règne fut fort agité, mais ne produisit rien pour les arts. Ce siècle , qui compte encore vingt papes et sept anti-papes, depuis Sylvestre II, mort l'an 1003, jusqu'à Pascal II, décédé en 1118, n'offre pas six. noms envers lesquels la civilisation et les arts puissent se croire obhgés à la reconnaissance. Il faut dire cependant que Léon IX, mort en 1054, passait pour le plus habile musicien de son temps. Ce pape a écrit l'histoire de saint Crégoire , dit le Grand , auquel on le comparait pour la composition des cantiques^ il en a écrit entre autres pour les vigiles de saint Grégoire , et pour saint Hydulphe, et l'on chante encore ces mélodies à la fête de ce saint. Victor III, décédé en 1087, était aussi musicien et compositeur-, on prétend qu'il existe de lui un hymne en l'honneur de saint Maur.
Robert, cinquante-et-unième roi de France (en comptant depuis Pharamond, Clodion, Mérovée, Childéric^ avant Clovis, et les empereurs depuis Charlemagne au nombre de quatre^ Louis le Débonnaire I", Charles II le Chauve, Charles III le Gros, Charles IV le Simple). Robert, comme je l'ai déjà dit, était bon musicien et aimait les arts. Ses successeurs, pendant le onzième siècle, furent Henri /", mort en 1060 (c'est sous ce règne que commença l'animosité qui n'a cessé de se manifester entre la France et l'Angleterre), et Philippe P\ qui ne cessa de vivre qu'en 1108. Je m'abstiendrai de
tout détail politique pour ne m'occuper que de la musique à laquelle je suis impatient de revenir. Rappelons succinctement les époques. La naissance de Jésus-Christ , ses doctrines sèment des germes de dissolution dans l'empire romain, fondé sur les ruines de l'empire grec \ après plus de cinq siècles d'existence, le christianisme triomphe, l'empire est scindé en deux grandes fractions: l'une grecque et orientale, l'autre latine et occidentale. Constantin et ses successeurs s'emparent de la première, les papes se saisissent de la seconde; l'épée et la hache des Francs viennent dans les Gaules fonder, par la main de Clovis, l'empire de Charlemagne , et ouvrir les voies à la propagation du christianisme. Saint Ambroise, saint Grégoire recueillent, rédigent et utilisent au profit du culte chrétien les débris de la musique grecque , et les introduisent partout sur les pas de leurs missionnaires -, l'orgue apparaît en Europe en 757 de l'ère chrétienne; vers le milieu du neuvième siècle, Vharmonie moderne prend naissance sous les doigts de Huchaldus, de Saint-Amand en Flandres; la première tierce mineure est découverte , puis la dixième, la sixte majeure, etc. On parvient à organiser le chant; Guido cVArezzo invente une nouvelle méthode pour enseigner la musique, et la met en pratique à la fin du dixième siècle; il invente aussi le clavecin, etc. Le contrepoint harmonique était né au temps d'Hucbaldus, qui écrivait déjà à plusieurs parties. Voici, je crois, depuis l'an premier de l'ère chrétienne , la succession historique des principaux faits qui intéressent l'art musical moderne depuis sa naissance jusqu'à l'apparition de Francus^ dont je vais m'occuper.
Franco, ou Francus, né à Liège, était célèbre dans ce siècle, et vécut jusqu'en 1083, époque de sa mort, arrivée 41 ans après celle da Pierre Abailard, ou Abélard, né près de Nantes en 1079, et décédé en 1142. On sait qu'A6e7arrf était un homme d'un grand savoir; mais ce que l'on ignore assez généralement, c'est qu'il était fort bon musicien, qu'il écrivit les paroles et la musique d'un grand nombre d'hymnes, et qu'il était en quelque sorte le maître de chapelle du Paraclet, pour lequel il composa un bréviaire. Francus, auquel je reviens, n'est pas le plus ancien maître de l'école fia-
mande: cet honneur appartient à Hucbaldas, ainsi qu'à Bromel, élève de Ockenheim, appartient le titre de chef de l'école française, mais Francus jouissait déjà d'une grande réputation en 1066, et, ce qui paraît certain par un manuscrit en treize chapitres qu'il a laissé, et que l'on conserve dans la bibliothèque dite ambroisienne, à Milan , c'est qu'il est l'inventeur de la mesure et des temps en musique, ce qui fixerait au milieu du onzième siècle la naissance de ce précieux système, attribué à tort à Jean de Mûris , dont j'ai parlé. Ce dernier, qui était docteur de Sorbonneà Paris au quatorzième siècle, a beaucoup écrit sur la musique: il est le premier qui ait défendu de faire deux consonnances parfaites de suite. On voit d'ailleurs, par un passage de ses œuvres, qu'il reconnaît Francus comme l'inventeur delà mesure, et ne prétend nullement à l'honneur de cette invention. Il suit évidemment de ceci qu'avant le onzième siècle de l'ère chrétienne il n'avait jamais existé aucune mesure musicale régulière, de même qu'avant le neuvième siècle il n'avait jamais existé aucune harmonie autre que l'octave et l'unisson; que cette mesure est l'œuvre du génie calculateur de Francus, de Liège, et que c'est à l'école flamande que nous en sommes redevables. L'autorité et le témoignage de l'abbé de Lohcn , Hérigérus , dans l'évêché de Liège, lequel succéda à Talcuin, du dixième siècle, et mourut l'an 1009 prouvent sans réplique que la musique moderne florissait en Flandres et en France, où tout fut inventé: /larmome, contrepoint, fugue, canon, mesure, barres de mesures, portée , silences, notes, noms de notes, clefs, valeurs, etc., fort longtemps avant qu'un seul nom de quelque valeur se soit fait connaître ailleurs. L'abbé Hérigérus occupa vingt ans la place de son prédécesseur, et composa l'hymne à la Vierge, ainsi que deux antiennes pour saint Thomas.
Ce n'est qu'en 1026 que l'usage des orgues commença à s'introduire dans les monastères , ainsi que la nouvelle méthode de Gui d'jérezzo, le système complet de cette méthode avait fini par se composer de vingt-deux sons. Je trouve, à la suite de cette assertion, une nouvelle affirmation que Jean de Mûris inventa les premières notes, les silences et les muances; mais j y répondrai, comme je l'ai
déjà fait, que puisque le contrepoint est né au neuvième siècle, il fallait bien qu'il y eût des points pour que l'on pût les écrire harmoniquement les uns contre les autres, c'est-à-dire les uns au-dessus des autres; en outre, il est évident que ces points étaient déjà des notesj puisque Huchaldus , cité par l'abbé Gerbert , écrivit ses manuscrits en notes du dixième siècle , ce qui est aQirmé dans le Dictionnaire des Musiciens, et que Francus en cite de quatre espèces dont il donne les ligures: la longue ■ , la double longue «i, la brève ■ , et la semibrève # : c'est aussi à lui que l'on doit le premier emploi connu de la sixte majeure entre denx octaves.
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La musique, comme tous les arts, demeura stationnaire penclani plus d*un siècle , grâce à la fièvre des croisades. Jean de Mûris , du quatorzième siècle, a donc pu faire adopter de nouvelles figures, modifier leurs valeurs, les déduire l'une de l'autre d'une manière plus rationnelle, mais à coup sûr il n'a pas pu inventer les notes qui existaient quatre siècles avant qu'il vît le jour.
On sera moins étonné de la rareté des orgues si Ton réfléchit à i'état des sciences , de la mécanique à cette époque-, l'étude de la structure de l'orgue , des moyens d'en fabriquer de semblables , de les ajuster, d'en jouer, avait dû demander beaucoup de temps et les facteurs d'orgues ne devaient pas être nombreux au onzième siècle. Il était plus facile d'écrire sur la théorie, à ce qu'il semble , comme le firent Francus, Raoul, Gui d'Arezzo, Jean de Mûris, et tant d'autres , que de confectionner des instruments à l'imitation d'un modèle venu d'Orient, sans instructions, sans ouvriers, sans outils : tout était à faire, et la volonté de faire avant tout. De l'an 757, époque à laquelle pénétra en France , et par conséquent en Europe , le premier orgue connu, jusqu'à l'an 1026, temps auquel il paraît que les difficultés d'imitation, d'étude, de multiplication, et en même temps d'application, avaient été en grande partie vaincues , il s'écoula 269 ans à peu près, ce qui prouve avec quelle lenteur
se sont développées les facultés de l'esprit humain , et quelle immense suite de siècles il a fallu pour amener la formation des grands empires d'Asie, et le degré de civilisation, d'instruction où l'histoire écrite nous permet de les étudier. L'orgue envoyé à Pépin, père de Charlemagne, était cependant borné au point d'être portatif, puisqu'il ne se composait que du régal ^ ou jeu de tuyaux à anches: jeu qui n'existe plus; il a fallu néanmoins près de trois siècles pour étudier, imiter, propager cet instrument qui est en quelque sorte la cause unique et première des prodigieux développements qu'a éprouvés la musique depuis son introduction dans les Gaules jusqu'à nos jours. Parmi les théoriciens que j'ai nommés plus haut, il en est un, Raoul, frère du célèbre Anselme; ce Raoul me rappelé son docte frère qui , au temps de Gui d'Arezzo , écrivit sur \e demi-ton; maison croit qu'il ne fut que le commentateur d'Olympe de Phrygie, lequel vint à Athènes l'an du monde 3600. Cet Olympe, assure-t-on , inventa \e demi-ton^ ainsi qu'un instrument dont les cordes procédaient de l'une à l'autre par intervalles d'un ton , et entre lesquelles il en avait placé de plus déliées qui partageaient en deux demi-tons ces intervalles, qu'apparemment il trouvait trop durs. On a prétendu qu'il avait su renfermer danâ cet instrunient les trois genres de musique, le diatonique, le chromatique et V enharmonique ; pour les deux premiers, cela peut se concevoir; pour le troisième c'est une question: c'est ce dernier que les Grecs appelaient, on ne sait pourquoi , genre épais, ou musique complète. C'est aussi dans ce siècle , en 1091 , que naquit saint Bernard, à Châtillon, en Bourgogne. Ce savant composa des hymnes et divers autres ouvrages; sa haute intelligence, ses lumières, son grand savoir, lui acquirent une réputation beaucoup mieux méritée que les cent soixante monastères que l'on dit qu'il fonda , et les papes qu'il fit élire -, il fut premier abbé de Clairvaux, et mourut au mois d'août 1153, âgé de 53 ans seulement. Ses vastes connaissances , sa sagesse , le firent prendre souvent pour arbitre dans de graves et délicates discussions. Le cardinal Bona assure que saint Bernard établit l'usage du chant parmi ses disciples. Cet établissement commençait alors à devenir plus facile, en ce qu'il était fondé
sur un soutien tout puissant, l'orgue. Il y avait déjà, à cette époque, des hommes patients, persévérants, studieux, choses assez rares en France! auxquels leurs études, leur application avaient fait donner, dans cette seconde moitié du onzième siècle, le titre d*organiste, titre que porta le premier Sigo, abbé de Saint-Florent, à Saumur, et qui avait de la réputation à cette époque. J'ai résumé précédemment ceque j'ai recueilli sur les temps anciens, et je crois avoir établi d'une manière passablement logique et assez claire comment s'est formé le système musical moderne , arrivé au point de développement où nous le montre le onzième siècle^ je m'abstiens de toucher aux innovations qui appartiennent aux siècles postérieurs, et dont je m'occuperai en temps utile.
C'est du mélange des traditions barbares de l'Occident, et des fragments rassemblés par saint Ambroise et saint Grégoire des précieux débris de la musique antique, que s'est formé le système que j'ai esquissé précédemment, et dont les développements reposent sur trois points principaux: 1° la formation de l'échelle diatonique des sons -, 2° l'invention des signes propres à les représenter-, 3° celle de la mesure et des rhythmes. L'orgue, ayant l'inappréciable avantage de pouvoir faire entendre, par le secours des doigts, plusieurs sons à la fois, éveilla dans la pensée des plus intelligents cette idée, unique jusqu'alors, qu'il pouvait y avoir du charme pour l'oreille dans l'accouplement choisi de deux sons différents. Le premier essai de ce genre qui fut admis, après bien des peines, fut, comme je l'ai dit, la tierce mineure: ce premier intervalle donna naissance aux autres, auxquels s'accoutumèrent successivement les voix, les oreilles et lès doigts. Lorsque la gamme entière, l'octave , fut formée ,'' lorsqu'on eut comparé les sons entre eux et jugé le rapport admissible qui pouvait exister entre les graves et les aigus , lorsqu'on eut remplacé les lettres de saint Grégoire par les notes d'Hucbaldus^ où les points de Gui d'Arezzo, comme signes plus distincts, plus positifs, mais encore sans valeurs rationnelles, alors se forma la collection des intervalles connus ^ l'unisson n'est point un intervalle, il y a identité entre les deux sons qui le forment: c'est le zéro musical auquel on n'a jamais songé à chercher un
nombre. Mais vinrent ensuite, lentement, à de grandes distances, à des époques fort diverses, le demi-ton naturel , ou la seconde mineure 5 le ton diatonique, naturel, ou la seconde majeure 5 la seconde augmentée ^ la tierce mineure^ la tierce majeure ; la quarte diminuée; la quarte juste; la quarte augmentée ; la quinte diminuée; la quinte juste; la quinte augmentée; la sixte mineure; la sixte majeure; la sixte augmentée; la septième diminuée; la septième mineure; la septième majeure; l'octave; la neuvième mineure; la neuvième majeure. Ici s'arrêtèrent nécessairement les combinaisons d'intervalles mélodiques, attendu qu'il fut notoirement reconnu que l'intervalle de neuvième, étant déjà le doublement de l'intervalle de seconde à l'octave au-dessus, en abordant celui de dixième, on ne ferait que répliquer la tierce: et ainsi des autres. Le choix judicieux des sept lettres de saint Grégoire, substituées aux 1620 signes des Grecs , fut déjà un grand bienfait; on fit donc très sagement de renfermer tous les intervalles mélodiques ou harmoniques dans le cercle réguHer de la neuvième, et de les nommer tous par les noms des intervalles simples les plus rapprochés, quelque fût d'ailleurs l'écartement des deux parties extrêmes formant ces intervalles, soit à cause de la dissemblance des voix, soit à cause de la différence des instruments ; on évita, par ce système simplifié, de retomber dans les fatigantes dénominations de onzième, de dou^ zième, de treizième, de quatorzième, de quinzième, etc., que l'on relégua dans le chaos de l'ancienne théorie: ce qui permit en même temps de supprimer beaucoup de chiffres inutiles, et par conséquent embarrassant. Ainsi ut^ mi, à quelque intervalle, ou, pour mieux dire, à quelque distance que Vut grave soit du mi aigu, ne comptent, en harmonie, que pour un intervalle de tierce, et se chiffre dans ce sens unique par un 3: il en est de même pour tous les autres. (Voy. mon Traité d'Harmonie.)
On sentira bien qu'ici j'ai esquissé rapidement les enfantements dûs à plusieurs siècles d'expériences, de découvertes , et devancé les explications nécessaires pour éclairer ce grand travail de l'esprit humain; mais il m'a semblé qu'un coup-d'œil rapide et général sur l'ensemble de la situation de l'art ne serait pas déplacé; je rc-
prendrai d'ailleurs le cours des détails au fur et à mesure qu'ils se présenteront.
Nous sommes donc au onzième siècle en .possession des intervalles d'octave , d'unisson, de tierce mineure, de dixième, de sixte majeure, et probablement de quinte juste, de tierce majeure et de sixte mineure, enfin de tout le système harmonique consonnant, fruit inappréciable des timides essais, des pénibles et lentes découvertes faites au moyen de l'orgue.