ONZIEME SIECLE DE LERE CHRETIENNE
Sylvestre II, évêque de Rome , successeur de Grégoire V en 999, fut enlevé aux sciences qu'il cultivait avec une haute distinction , et aux arts qu'il chérissait, par une mort trop prompte arrivée l'an 1003.
Jean XVII lui succéda, et mourut dans cette même année : il se nommait Philagathe. On le considère comme anti-pape, parce qu'il ne fut élu que par le crédit d'un grand personnage nommé Cre.scewtius, qui voulait l'opposer à son prédécesseur; mais Crescentius et son protégé Jean XVII étant tombés tous deux au pouvoir de l'empereur Othon III, le pauvre Jean , qui n'était probablement que l'instrument de l'ambition ou de l'animosité de son patron , eut les mains, les oreilles coupées, et les yeux arrachés, du grand personnage, on n'en parle pas.
A cet évêque, que quelques auteurs ne font point entrer dans la liste des papes, on vit succéder /ean XVIII, né à Rome, et qui se nommait Sicco. 11 mourut l'an 1009, sans avoir rien fait de remarquable.
Sergius IV fut alors placé à la tête du gouvernement de l'Eglise, et s'y maintint jusqu'en l'an 1012, époque de sa mort. L'abbé de Fleury assure qu'il fut le premier romain qui changea son nom en arrivant au pouvoir: cela se conçoit sans beaucoup de peine, car il s'appelait Bocca di porco (bouche de cochon): ce nom aurait pu paraître assez bizarre sous la tiare. Son administration ne présente absolument rien d'intéressant , et son nom fait seul tous les frais de sa célébrité.
Benoît VIII occupa ensuite le trône apostolique jusqu'en 1024, que la mort vint Tenlever: le lieu de sa naissance était Tusculum. 11 invoqua contre l'anti-pape Grégoire le secours de l'empereur Henri II, duquel il avait exigé un serment de fidélité en le couronnant^ c'est tout ce que l'on sait de lui.
Léon, ou Grégoire, est l'anti-pape dont il vient d'être parlé.
Jean XIX gouverna ensuite l'Eglise, et mourut en 1033. .Benoît IX, fils d'Albéric, comte de Frascati et neveu de Jean XIX, lui succéda, et abdiqua l'an 1044, ou pour mieux dire il y fut forcé; on le chassa à cause de ses excès de tout genre; mais il fut réintégré peu de temps après par la puissance des comtes de Frascati, et mourut en 1048.
Deux autres anti-papes. Sylvestre et Jean, s'étaient disputé le pouvoir, et ce déplorable conflit avait duré jusqu'en 1044.
Enfin , Grégoire VI fut élu et mourut en 1046. Avant son élection on le nommait Jean Gratien,run des deux prétendants que je viens de citer plus haut. Il fut si dégoûté des troubles de l'Eglise qu'il déposa la tiare en 1046 , et cessa de vivre la même année. Clément II prit sa place, et ne la conserva qu'un an à peine : il mourut en 1047. Son nom était Suidger^ et sa patrie était l'Allemagne.
C'est alors que Benoît IX ressaisit le pouvoir, qu'il perdit définitivement par sa mort, arrivée , comme je l'ai dit, en 1048.
Damase //succéda à Benoît IX, et mourut dans cette même année. Son nom éVùilPapon: il ne survécut à son élection que vingt-trois jours.
Léon IX, né en Alsace, remplaça Damase II, et ne conserva le pouvoir que jusqu'en 1054, qu'il mourut. Son nom était i^nmow; il était
cousin germain de l'empereur Conrad, dit le Salique. C'est à l'empereur Henri lll qu'il dût son élection. On a pu voir déjà que l'influence des divers souverains de l'Europe n'était pas étrangère à Téiection des évêques de Rome^ si le souverain le \\\xs puissant était français, il employait tout son crédit pour faire élire un pape de sa nation ^ s'il était allemand, il en usait de même. Le but véritable 5 mais non avoué, de ces manœuvres fut toujours de se ménager un moî/m, tout puissant d\ov^^ d'action sur les peuples, par l'autorité du pape sur les évêques, le clergé, et l'intervention de ceux-ci dans le sein de la nation: c'était le système deClovis, système mieux conduit, mieux déguisé, mais au fond toujours le même, toujours basé sur la même politique : gouverner l'Etat par les prêtres, et les hommes, surtout les femmes, par la peur. Léon IX fut reçu à Rome avec de grandes démonstrations de joie. Zélé pour la réforme ecclésiastique, dont l'extrême besoin s'était déjà plus d'une fois fait sentir, il fit contre la dissolution des mœurs des évêques, des prêtres, contre la simonie, c'est-à-dire contre la vente et l'achat des emplois, des dignités de l'Eglise, et contre l'usage d'avoir plusieurs maîtresses, des lois très sages et très énergiques. Il tint des conciles partout, en Italie, en France, en Allemagne. Pendant une de ces guerres qui désolaient l'Europe , il fut fait prisonnier et subit une assez longue captivité 5 ayant enfin obteiju sa liberté, il revint à Rome, où il mourut des suites d'une maladie qu'il avait contractée dans sa prison. On peut remarquer dès à présent que les papes furent guerriers, généraux, pohtiques, diplomates, ambitieux, rois en un mot, enfin tout ce que Jésus-Christ ne fut jamais.
Victor II succéda à Léon IX, et mourut en 1057. Parent de l'empereur f/mn ///, il lui rendit des services par ses utiles conseils. Son nom était Géhéhard; il ne fut élu qu'un an après la mort de Léon IX , ce qui fait nécessairement supposer une lacune dans le gouvernement de l'Eghse. Ses efforts pour détruire la simonie en France furent sans succès
Etienne IX, ou ^, frère de Godfroy-le-Barhu, duc de Lorraine, fut élu à la place de Victor II, et mourut à Florence en 1058. Un nou-