‹ Histoire de la musiqueChapitre 2 sur 25 · ORIGINE DE LA MUSIQUE CHEZ LES GRECS, LATINS, ORIENTAUX ET ISRAÉLITES · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA MUSIQUE CHEZ LES GRECS, LATINS, ORIENTAUX ET ISRAÉLITES

La musique, bien que nommée souvent «le plus jeune des arts », a cependant une histoire longue et compliquée. La vie d'un homme ne suffirait pas à l'étude des différentes phases de son développement à travers les âges; elle fait partie intégrante de l'histoire de tous les peuples, de toutes les religions; elle suit pas à pas l'humanité, se montrant selon les époques et les. civilisations : pure et poétique avec les Grecs, romantique avec l'Islam, grave et spiritualiste chez les Hébreux, bruyante et sensuelle chez les Romains, massive et sévère dans les premières cathédrales, frivole et poudrée dans les salons de la Pompadour.

Le premier homme qui a écouté le bruisse-

ment des roseaux balancés par la brise a conçu la musique, et rien ne prouve que nos ancêtres, les troglodytes, n'aient pas charmé leurs loisirs en frappant les uns contre les autres des silex sonores.

Sans remonter aussi loin dans l'ère des suppositions, il faut avouer que, malgré tous les efforts tentés, les origines de la musique sont encore enveloppées de brumes opaques. Plus nombreux que les explorateurs des sources du Nil, ce fleuve historique au bord duquel le divin Hermès ramassa l'écaillé de tortue dont il confectionna la lyre, les savants musicolâtres eurent beau s'enfoncer dans la nuit des temps, maigre fut le résultat de leurs recherches. Ephémère dans sa forme matérielle, contrairement à la sculpture et à l'architecture, la musique n'a pas laissé de spécimens qui puissent permettre de s'initier à son caractère quand aux périodes lointaines, mais nous avons la preuve de son existence depuis les temps les plus reculés. Qui ne se souvient de sa mystérieuse puissance symbolisée par Homère dans la légende des Sirènes? Ne la retrouvonsnous pas représentée sur tous les monuments égyptiens?

Le premier système tonal dont nous avons

la notion est celui des Grecs. Il fut inventé Pythagore par P^'thagore, =j^o ans avant notre ère. Son avant J -C échelle musicale se composait de sept tons correspondant aux sept planètes : la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne. La distance entre le centre de la terre et ,ces planètes déterminait l'intervalle qui devait séparer chaque ton de cette échelle. Il avait aussi trouvé une analogie entre les sons et les couleurs de l'arc-en-ciel, correspondant aux sept notes de son échelle musicale.

Cependant, malgré ces savantes recherches, la musique n'était encore qu'un besoin instinctif, vague et inexplicable, plutôt qu'un art positif. Quoique honorée comme incitant à la vertu, ayant sa place dans les jeux nationaux et les cérémonies religieuses, son rôle se bornait cependant à faire partie des représentations dramatiques sous forme de chœurs ou d'accompagnement instrumental rudimentaire. Rien n'indique que les auteurs Grecs aient eu connaissance des moindres principes d'harmonie. Pythagore, cependant, reconnaissait trois modes : le Dorique, le Phrygien et le Lydien.

Il ne faut pas oublier que les Grecs aimaient la simplicité la plus sévère, et rien ne leur dé-

Aristophane plaisait comme les frivolités en art. Aristophane dans ses nuages exerce sa verve satyrique sur le compte d'un chanteur qui « corrompt l'art par ses enjolivements, trilles et autres casse-cous! »

Les Grecs eurent une influence considérable sur la musique bruyante et sensuelle des Romains ; ils apportèrent la flûte, la cithare, la lyre ; l'art latin reçut aussi une impulsion salutaire par l'introduction des rites Dionysiens que les colonies grecques du sud de l'Italie importèrent à Rome. On connaît quelques noms de compositeurs romains : Diodorus^ Vitrnvius, Macrobius. Boethiiis laissa un ouvrage intitulé « De musica » qui servit de point de départ raisonné aux chants de la pieuse Eglise chrétienne.

Néanmoins, le fâcheux esprit latin reprit le dessus, la musique dégénéra et ne servit bientôt plus qu'à accompagner les dansés ou plutôt les postures voluptueuses qui étaient alors à la mode ; l'ordre vint du Curriculum d'enlever la musique du programme des études « art méprisable, amusement d'esclaveset de filles, ne pouvant être enseigné à la jeunesse patricienne ».

C'est ainsi que la flamme brillante de la

Diodorus.

Vitruvius.

Macrobius.

Bœthius.

Musique égyptienne.

Musique chinoise.

lampe sacrée fut presque éteinte ; mais la mèche ne se consuma pas complètement; elle se ralluma soudain plus belle, plus claire, plus pure que jamais, à la petite étoile de Bethléem.

Chez les Egyptiens, la musique avait été réservée avec un soin jaloux aux serviteurs du culte; certains savants ont cru avoir trouvé dans de vagues hiéroglyphes une incompréhensible annotation musicale.

Les Chinois ont aussi connu la musique depuis les temps les plus reculés, mais trop différente de la nôtre, il ne faut que la citer ici, aucune parenté n'existant entre les nobles chants hébreux et les miaulements accompagnés de flûtes monotones, ou de gongs ou d'autres instruments de percussion.

La musique hindoue est remarquable par sa ressemblance avec celle de l'école grecque ; c'est de toutes les musiques anciennes celle qui a laissé les traces les plus nettes. Son annotation a pu être retrouvée et lue, ses mélodies transcrites. En revanche, nos connaissances de la musique des peuples de l'Islam laisse bien à désirer! elle existait néanmoins, et son rôle fut grand surtout après la conquête persane.

Musique hindoue.

Musique de l'Islam.

Nous connaissons de cette époque différents ouvrages tels que le Livre des sons^ par Chalil, la Théorie de la composition par El Kindi^ etc. Nos instruments à cordes européens eurent pour ancêtres les instruments arabes du temps des califes abbassides, époque de la domination des Arabes en Espagne; le luth ne fut que le descendant de Véoud. Avec le temps et la fin de la civilisation mauresque, le sable de l'oubli recouvrit tous ces germes musicaux, et les musettes des pâtres actuels ne rappellent en rien le grand mouvement artistique du siècle de Mohammed et de Soliman.

Chez les vieux Israélites, nous entrons dans un art infiniment plus raffiné, plus sensible et plus poétique, plus noble aussi et plus élevé comme inspiration.///^^/ fut le premier musicien dont parle la genèse, Moïse apiprii la musique des prêtres égyptiens, et David fut non seulement un grand poète, mais aussi un véritable artiste.

Les Israélites chantaient des psaumes, soit à Tunisson, soit en chœurs divisés. Nous ne connaissons malheureusement rien de leur système ni des gammes employés, mais toutporte à croire qu'un peuple doué de sentiments pro-

Musique israéhte.

Jubal.

Moïse.

David.

fonds et artistiques, ne se contentait pas d'une mélodie toute nue, mais qu'il savait aussi la revêtir du manteau plus ou moins brodé de l'harmonie.

Notre musique a donc eu pour ancêtres les Grecs et les Hébreux; simple, grave, romantique, âpre ou joyeuse; il ne lui manquait pour devenir un art sublime que l'idéalisme noble et exalté, il lui fallait devenir la réalisation tangible des sentiments les plus élevés du cœur humain, l'aide puissante de l'aspiration vers l'idéal, le langage de l'âme commençant là où les mots n'ont plus de puissance, où leur étroite signification ne suffit plus au besoin de la prière, de la gratitude, de l'effroi devant le formidable inconnu.

Les statues des anciens Dieux oscillaient et s'écroulaient sur leur socle tandis que commençaient dans les catacombes les chants mystérieux des premiers chrétiens. C'est en chantant des psaumes que les martyrs affrontaient les tortures et les fauves des arènes, leur chant de triomphe ne s'éteignait qu'avec leur dernier souffle. Au v^ siècle, saint Augustin attribue sa conversion à l'influence de la musique chrétienne.

Sainte Cécile En 177 une noble dame romaine Cécile se

^55iî>>- .sr^sj^-v

convertit au christianisme, elle chantait, jouait de l'orgue ; martyrisée ainsi que son époux Valerian. Valerian^ sa tombe devint un lieu de pèlerinage où Ton venait chanter ses louanges ; canonisée, elle devint la patronne de la musique sacrée.

Constantin Sous Consta7tti7i (206-337) la foi chrétienne 306-337. ^ '

fut reconnue, de grands édifices furent construits, les simples lamentations des catacombes firent place à des chœurs exercés, on adopta une hymnologie consacrée : la méthode antiphonale d'Alexandrie. Le concile de Laodicée décréta que seuls les chanteurs appartenant à l'église auraient le droit de se faire entendre. La musique sacrée était née.

Page 1