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gendre enfin, Chevillard répand des torrents d'harmonie dans une salle de spectacle bâtie en vue d'opérettes et de pantomimes.

Etant donnée l'effroyable consommation musicale actuelle, ne serait-il pas temps de combler cette lacune, de donner à César ce qui revient à César?

En 1828, Habeneck parvint enfin à réaliser son rêve, la société des concerts fut fondée. Le 2^ février, le vicomte Sosthène de la Rochefoucauld, ministre de Charles X, signa l'autorisation définitive, et le premier concert eut lieu le 9 mars, quinze jours après, un dimanche à deux heures de l'après-midi.

En voici le programme :

Vicomte Sosthène

de la Rochefoucauld.

i" Symphonie héroïque . . .

Beethoven

2" Duo de Sémiramis. . . .

Rossini.

M"' Nélia

M"^' Xélia et Caroline Mail-

Caroline Maillard.

Meifred.

lard.

^"^ Solo pour cor à piston. .

L'auteur.

Meifred.

4<* Air de Rosine du barbier.

Rossini.

W Nélia Maillard.

5° Concerto pour violon. . .

Rode.

Sauzay.

M. Sauzay (i*"" prix en 1827) remplaçant son professeur Baillot malade.

6° Chœur de Blanche de Provence. Cherubini.

Composé à l'occasion de la naissance du duc de Bordeaux.

7*^ Ouverture des Abencérages Cherubini.

8° Kyrie et Gloria de la messe du Sacre. . Cherubini.

Les recettes de la société des concerts ne firent que croître d'année en année. Habeneck eut avant de mourir la joie de constater la prospérité de son œuvre.

Il conduisit l'orchestre pour la dernière fois le i6 avril 1848. Il s'éteignit le 8 février 1849.

Après sa mort le bâton passa aux mains de Girard qui le garda jusqu'en 1860, puis Tilmant (aîné) le conserva quatre ans. Georges Hainl le remplaça en 1864, Deldeve:^ lui succéda en 1872, puis suivirent Garcin, Tajfanel et Marty.

La fondation de la société des concerts donna lieu au type de V abonné, qui manque dans la coWecûonàes grotesques de la musique de Berlio^.

Ce fut l'époque où la critique musicale commit le plus de bévues, répandit le plus

Girard.

Tilmant.

Georges HainL

Deldevez.

Garcin.

TaffaneL

Marty,

d'âneries. Toutes les œuvres de génie furent maltraitées, toutes les médiocrités applaudies avec enthousiasme. Il faut lire les articles musicaux de la Galette de France^ au. Mercure et des autres journaux de l'époque !

Enthousiaste, rétrograde, sensible, grincheux, autoritaire, parlant à tort et à travers, soutenant des opinions surannées, quitte à les combattre avec le même aplomb la saison suivante, tel fut l'abonné du Conservatoire. Il a été remplacé depuis, à Paris et en province, par le snob, qui admire par principe ce que les autres ne comprennent ou n'admettent pas, traite Mozart de perruque, Gounod de gâteux, et est en somme d'une ignorance crasse.

Les concerts du Conservatoire étaient les seuls existants, bien peu nombreux étaient les élus, l'abonné seul donnait son opinion, celle-ci étant indiscutée, il était persuadé de son infaillibilité. Lorsque le goût de la musique pénétra plus avant dans la société, il fut froissé de constater qu'il pouvait exister de par le monde une autre opinion que la sienne, aussi devint-il tranchant, acerbe; il traita de fous et d'imbéciles ceux qui n'étaient pas de son avis et devint l'ennemi de tout nouveau venu.

Beethoven eut ses détracteurs et fut l'objet

de critiques violentes. Même parvenu à la gloire, on le craignait encore, on l'appelait le sublime « oseur ». La symphonie écossaise de Mendelssohn fut accueillie par des chuts. Deldevez. Deldevez dans son remarquable ouvrage sur la société des concerts, donne tout au long les observations, conseils et récriminations qu'il recevait, inscrits au dos des programmes et signés « un abonné », alors qu'il dirigeait les concerts. On y trouve à propos de l'ouverture de la grotte de Fingal de Mendelssohn : « Jamais I Sans votre exécution cela ferait fiasco! »A propos du terrible Alléluia^ le chœur inouï du Messie de Haendel : « Rarement, aucun chant venant du cœur! »

Le Psaume de Marcello est traité de « détestable », Mendelssohn, d' « auteur fécond mais laborieux en qui le cœur ne chante jamais, homme pouvant intéresser les savants (!) mais pas le bon public ». Quand l'ignorant a dit : musique savante, il croit avoir tout dit, et se donne le droit de dénigrer et de dédaigner.

Notre ami l'abonné se plaint de l'excès de sonorité des chœurs, et conseille de diminuer le nombre des choristes. Encore un coup de pattes à Mendelssohn, sa bête noire, à propos du concerto de violon joué par Alard : « Trop

Marcello, 1686-1739.

long, l'auteur manque décidément d'unité. » Le véritable public ne fut réellement initié à la musique symphonique (à Paris) qu'à l'avè- Jules nement de Pasdeloup^ qui commençait mo- 1819-1887 destement par de petits concerts à l'ancienne salle Herz, concerts dans lesquels la musique de danse figurait au programme à côté des symphgnies des maîtres. Petit à petit, le nombre d'abord restreint d'amateurs devint quantité, puis masse. Force fut à Pasdeloup d'installer ses concerts au Cirque d'hiver où il créa les véritables Concerts populaires ;\2i majorité des places valaient cinquante centimes.

Tout ce qui ne pouvait pas entrer dans la chapelle fermée du Conservatoire, se rua boulevard du Temple. Une cohue escalada les banquettes, prit les places d'assaut ; foule palpitante, tour à tour enthousiaste ou furieuse (souvent injustement) mais toujours vibrante. C'est là, dans cette banale salle de cirque, que la jeunesse artiste apprit les émotions sublimes données par l'art, et ressentit les impressions inoubliables que le génie révélé fait éprouver à tout sincère admirateur du grand et du beau. Petit à petit l'éducation musicale se faisait, mais la transformation ne s'opérait pas chez tous de la même façon ; chez les uns, elle était

rapide ; les intrépides voulaient aller de l'avant, connaître les modernes, les auteurs étrangers dont les noms traversaient la frontière ; chez les autres, il y avait de la méfiance, de la crainte de se tromper, un esprit conservateur, une certaine lenteur dans l'assimilation . De là des luttes, quelquefois des batailles ; Tesprit chauvin se mit de la partie après 70 ; les.auteurs allemands, Wagner en tête, furent conspués, la majorité du public se refusant à écouter par principe.

Tous les compositeurs modernes, jeunes à cette époque, la plupart célèbres ou connus maintenant, doivent leurs premiers succès à Pasdeloup. Il était désintéressé. Si l'œuvre lui paraissait offrir quelque trace de talent, il la jouait, l'auteur fut-il inconnu, pauvre, étranger ou Français. Son estrade était un tremplin d'où chacun, compositeur ou exécutant pouvait s'élancer. Pasdeloup fut l'initiateur, l'esclave sincère de sa conscience artistique, le protecteur dévoué des artistes. Au bout d'un certain nombre d'années, la vaste salle du cirque devint à son tour trop petite pour contenir la foule toujours grandissante des nouveaux adeptes d'une muse peu courtisée jusqu'alors. L'Odéon venait de monter les Erynnies de Leconte de Lisle avec la musique

de Massenet ; l'éditeur Hartmann avait fait diriger le petit orchestre par un jeune violoniste, ex-violon de chez Pasdeloup, Edouard

Ed. Colonne. Colonne. Il mit Colonne à la tête d'une nouvelle société de concerts, qui tint bientôt ses assises au théâtre de l'Odéon. Les résultats de l'association furent assez modestes les deux ou trois premières années, et Hartmann dut à plusieurs reprises combler les vides de la caisse, mais grâce au réel talent et à l'habileté de son chef, la nouvelle société vit bientôt le public affluer à ses concerts qui furent définitivement transportés au théâtre du Châtelet. Ce Massenet. fut l'époque Massenet^ l'époque des suites, des scènes pittoresques, alsaciennes, et enfin

Saint-Saëns. de Marie Madeleine; puis vint l'époque Saint- SaënSy celle des poèmes symphoniques, des concertos, des duos à deux pianos ; enfin com- Berhoz. mencèrent les grandes exécutions de Berlio^^ dont le succès ne s'est jamais démenti. La Damnation de Faust fait toujours le maximum, et le filon est loin d'être épuisé. Puis apparut un nouveau concert, fondé et dirigé

Lamoureux P^^ Charles Lamoureux, transfuge du Conser- 1834-1899. vatoire ; cela faisait le troisième sans compter celui du Conservatoire, la lutte devenait sérieuse. Le nouveau venu, plein de talent

aussi, et le portefeuille bien garni, commença par écrémer les orchestres rivaux et forma bientôt un orchestre vraiment supérieur. Pasdeloup ne put résister ; en vain essaya-t-il de ^ lutter, le public allait aux nouveaux venus, et

oubliait le long chemin du boulevard du Temple. Pasdeloup abandonna le champ de bataille, il se retira à Fontainebleau et mourut. Les concerts Lamoureux furent suivis par un public enthousiaste de Wagner, car Lamoureux sacrifia sa vie et sa fortune à initier le public français aux beautés encore inconnues du grand maître moderne allemand, son énergie fut inlassable; sans abandonner ses concerts du dimanche, il montait Lohengrin à l'Eden, ce qui donna lieu à de si tristes échauffourées entre la police et des patriotes, qui s'opposaient à ce qu'on entendît des œuvres d'un musicien allemand, tout en faisant d'une brasserie munichoise leur siège social ; il faisait répéter la Walhyrie à l'Opéra, plus tard il donna Tristaii et Yseulde au nouveau Théâtre. Lamoureux fut l'apôtre de Wagner en France, comme Habeneck avait été celui de Beethoven.

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