CLAUDE
gauloises et introduit en Bretagne même les germes de la civilisation et l’usage de la langue romaine. C’est Claude encore qui, après une vive discussion au Sénat, accorde le droit des honneurs aux villes de la Gaule chevelue. Aussi l’Espagnol Sénèque l’accuse-t-il de n’être qu’un bourgeois du municipe de Plancus et d’avoir pris Rome comme il convenait à un Gaulois ! Le Gaulois Vindex se soulève le premier contre Néron et appelle Galba au trône impérial ; un autre Gaulois, Antonius Primus de Toulouse, entraîne les légions de Mésie, s’empare de Rome et donne l’Empire à Vespasien. De Narbonne vient l’orateur Votienus Montanus, de Vienne Valerius Asiaticus, qui acheta les jardins de Salluste et faillit devenir empereur. De Vienne encore est Pompeius Vopiscus, consul sous Othon. Nîmes donne naissance à Titus Aurelius Fulvus, le grand-père de l’empereur Antonin, et au délateur Domitius Afer ; Fréjus, à Julius Agricola, le beau-père de Tacite et le vainqueur des Bretons. Et Pline l’Ancien peut écrire : « Par sa culture florissante, par l’abondance de ses biens, par la qualité de ses mœurs et de ses habitants, la Narbonnaise ne le cède à aucune province et, pour tout dire d’un seul mot, ce n’est pas une province, c’est l’Italie. » Voici d’ailleurs les orateurs et les écrivains qui -peuvent être revendiqués par la Gaule comme par Rome. Domitius Afer est le plus célèbre des déclamateurs qui viennent en aide au pouvoir impérial et qu’on a flétris du nom de délateurs. Quand il eut renoncé à la délation, il remplit des fonctions élevées sous Tibère, Caligula et Néron. C’est, selon Quintilien, un véritable orateur, un ancien qu’il faut étudier et imiter. A côté de Domitius, Quintilien place Julius Africanus, qui est de Saintes ou des environs. Julius Florus est appelé le prince de l’éloquence en Gaule ; le rhéteur Sex. Julius Gabinianus, qui enseigne sous Vespasien, est mis par saint Jérôme à côté de Cicéron, de Quintilien et de Gallion. ' Sénèque le Père cite souvent les discours du Nîmois Votienus Montanus ; le fils est un ami du Lyonnais Æbutius Liberalis, à qui est dédié son traité des Bienfaits. séneque. M. Aper et Julius Secundus, le neveu de Julius Florus, sont aussi des Gaulois célèbres : le premier, déclamateur et avocat, remplit diverses charges et défend, dans le célèbre Dialogue de Tacite, l’éloquence moderne ; le second y intervient comme un arbitre entre les représentants de l’éloquence républicaine et ceux de l’éloquence impériale.
HISTOIRE DES LETTRES
On sait que le Satiricon , attribué à Pétrone, est la satire ou la parodie de tout ce que la philosophie, et en particulier le stoïcisme, ont rêvé de meilleur pour agrandir et élever l’humanité. De ce que Sidoine Apollinaire a cru que le lieu de la scène est Marseille, on a conclu parfois que l’auteur y est né d’une famille probablement romaine : Tacite ne dit-il pas que l’élégance des Grecs se mariait heureusement à Marseille à la sévérité des mœurs provinciales? Quoi qu’il en soit, nous savons
que Jean de Salisbury, au douzième siècle, et Vincent de Beauvais, au treizième, connaissent l’œuvre, mutilée peut-être dès le septième siècle, dans l’état où nous la possédons aujourd’hui.
A la Cisalpine appartiennent Thraséas de Padoue, le gendre de Pætus, le beau-père d’Helvidius Priscus, un des Stoïciens qui s’appliquent le plus à vivre selon leurs doctrines ; Q. Remmius Palæmon de Vicence, célèbre par son talent, sa vanité et ses vices, et aussi par une grammaire qui fut plus tard fort étudiée, enfin Pline l’Ancien de Côme, né en 23, mort en 79 dans l’éruption du Vésuve. La vie de Pline se passa dans les camps ou dans l’administration financière des provinces. Il commandait la flotte de Misène quand il mourut, victime tout à la fois de son zèle pour la science et de son désir de porter secours à ceux que l’éruption menaçait. Pline le jeune, son neveu et son fils adoptif, nous a laissé le récit de sa mort et nous a décrit la manière dont il employait le temps que ses fonctions lui laissaient à réunir et à classer les matériaux de l’œuvre d’érudition immense qu’il a su accomplir : trente livres sur les guerres de la Germanie, trente sur l’histoire romaine, un manuel de l’art oratoire avec des exemples, des ouvrages sur la grammaire, dont on a des fragments, et qui ont été utilisés par Julius Romanus, puis par Charisius au quatrième siècle. De cette œuvre encyclopédique, nous avons conservé Y Histoire naturelle en trente-sept livres, où l’on voit que Pline a eu le goût de l’expérience, qu’il l’a parfois pratiquée, mais qu’il n’a jamais eu l’intention d’y recourir constamment pour vérifier la valeur des témoignages ou de l’observation indirecte. Pline semble