‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 13 sur 186 · PLINE L’ANCIEN · texte numérisé non relu

PLINE L’ANCIEN

■ LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

s’accorder avec les Stoïciens pour faire du monde la divinité véritable : « C’est la fragile et inquiète humanité, dit-il, qui partage l’être divin en individualités, pour que chacun puisse vénérer la puissance céleste dont il a besoin. » Avec Lucrèce, Pline soutient que la divinité ne saurait s’occuper de l’homme, car elle serait ainsi ridicule et souillée d’un trop ennuyeux ministère. Mais seul est véritable le Dieu qui nous commande de venir en aide à nos semblables. Car l’homme « a été jeté nu sur la terre nue pour gémir et pleurer et il y débute par des supplices, sans avoir d’autre crime à se reprocher que d’être né ». Sa vie misérable, l’homme la gâte encore à plaisir, car « nul n’a une existence plus fragile, ni une passion plus ardente ». Il caresse en vain l’espoir d’une vie future : « Quelle folie, dit Pline, chez quiconque nourrit semblable espoir, car il se prive de la mort, le seul bien réel qu’offre la vie. » La Chronographie plinienne , du second siècle, est un extrait qui a été fort consulté, comme le fut YHistoire naturelle , avant et après la découverte de l’imprimerie.

tnfluence de Quelles sont les œuvres littéraires qui, sans avoir été

X la rhétorique écrites par des Gaulois, ont contribué au développement de la littérature en notre pays? Dans toutes celles de ce temps, il faut noter l’influence de la rhétorique. Si le grammairien précède le rhéteur auprès de l’enfant, si parfois un dialecticien complète leurs enseignements et conduit les jeunes gens à la philosophie, comme cela s’est produit pour Marc-Aurèle, la rhétorique reste la directrice par excellence de la vie intellectuelle. De moins en moins on cherche la vérité en elle-même et pour elle-même. Si l’observation intérieure est encore pratiquée, elle l’est surtout en vue d’une fin morale ou métaphysique. On ne recourt plus guère à l’observation extérieure et c’est aux livres seuls que l’on demande la connaissance de la nature. La géométrie spéculative et la théorie de la démonstration d’Aristote sont aussi de moins en moins étudiées en Occident, où, jusqu’au douzième siècle, on ignore les Analytiques. On utilise donc constamment la logique du sentiment : partant de l’affirmation à établir ou à démontrer, on réunit les arguments et les propositions, les comparaisons et les exemples, les formules et les procédés propres à produire la persuasion ou la conviction. Sans doute, il y aura des discours ainsi composés, — panégyriques d’empereurs, celui de Trajan par exemple, et des vies de saints, — où les auteurs s’efforceront de ne rien mettre d’inexact ; mais il y en aura d’autres où l’on sera préoccupé de faire l’éloge de ce qui semble le moins digne d’être loué, de la mouche ou de la calvitie, de la poussière ou de la fièvre quarte, de Tibère ou de Séjan, de Néron ou de Domitien. Dès lors, la forme prend une importance capitale, d’autant

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