‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 128 sur 186 · LE JEU PARTI · texte numérisé non relu

LE JEU PARTI

échange de l’opulence, de ne plus manger jamais de pois au lard? Lequel préféreriezvous, que votre amie fût rouée de coups devant vous par son mari, ou l’être vousmême devant elle par votre femme? »

« Le caractère même de ces sujets, a-t-on dit justement, condamne souvent les auteurs de panures à manquer de naturel, voire de logique et de sens commun (i). » Il ne faut donc point nous attendre à trouver ici des chefs-d’œuvre : paralogismes

(i) H. Guy, Essai sur Adam de la Halle, p. 222.

DE SAINT LOUIS A PHILIPPE DE VALOIS

flagrants, arguments étrangers à la question, comparaisons boiteuses, plates injures, tous ces défauts abondent, nous crèvent les yeux, et il serait aisé de s’en gausser. Mais il ne aut pas oublier que c’étai ent là de simples jeux de société, où la gaîté pouvait remplacer l’atticisme, où l’absurdité même, surtout énorme et inattendue, pouvait amuser, dont le piquant enfin devait consister surtout en allusions qui nécessairement nous échappent presque toujours. Si nous ne savions pas qu’Adam de la Halle était surnommé « le Bossu », nous trouverions médiocrement plaisant le reproche qui lui est adressé par Bretel de raisonner « bossûment ». Dans le choix des arguments aussi bien que dans celui du sujet même, il devait y avoir une quantité d’intentions que nous devons nous résigner à ne pas comprendre.

Ce qui nous charme encore dans le jeu parti, c’est le style, généralement vif, aisé, spontané, abondant en mots expressifs, en constructions du tour le plus familier, en comparaisons souvent triviales et d’autant plus pittoresques, en proverbes ou locutions pleines de saveur. Si nous avions perdu cette collection de petites pièces sans prétention, il manquerait certainement quelque chose à notre connaissance de la langue du treizième siècle.

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