UNE REPRÉSENTATION PENDANT UN REPAS
(Enluminure. Bibliothèque nationale).
Sujets Comme certains Miracles de la Vierge, plusieurs Mystères
profanes ^ quinzième siècle touchent par bien des côtés au drame pro¬
fane ; c’est une pièce purement historique que cette Vie de saint Louis dont il a été
question plus haut. Dans la forme du Mystère eût donc pu s’insérer sans difficulté un drame purement laïque, de sujet ancien ou moderne. Cette adaptation fut tentée assez rarement, et sans grand succès, faute de talent. Que ne fût pas devenu, entre les mains d’un dramaturge de génie, le Mystère du Siège d'Orléans , où fut commémoré, dans la ville même qu’avait délivrée la Pucelle, au bout de quinze ou vingt ans à peine, un grand événement national, dont de nombreux spectateurs avaient dû être les témoins ? Mais l’auteur anonyme de cette pièce immense s’est contenté de découper en vers médiocres des chroniques locales pleines de détails sans intérêt, sans réussir à faire ressortir une scène, à faire vivre un personnage.
La destruction C’est peut-être en assistant à cette représentation que
de troie ie cierc parisien Jacques Millet, alors étudiant en droit à Orléans, eut l’idée de porter à la scène l’histoire du siège de Troie (d’après une rédaction modernisée du vieux poème de Benoît de Sainte-More). Ce devait être, dans la pensée de l’auteur, une pièce à grand spectacle, avec défilés et cortèges, exhibitions de tout genre et morceaux de musique ; mais si Millet écrit d’un style assez personnel, il n’a, lui non plus, aucun souci de l’intrigue et de la vraisemblance ; au reste la splendeur même de la mise en scène projetée nous autorise à douter que la pièce ait jamais été représentée (i).
Les genres Le plein épanouissement du théâtre comique coïncide à peu comiques près avec celui des Mystères ; toutefois, nous ne possédons que très peu de textes antérieurs à 1450 et d’autre part, alors que l’on se contentait de « reprendre » d’anciens Mystères, la moralité, la sotie, la farce, le sermon joyeux restaient très productifs et le seront jusqu’à la fin du seizième siècle. Mais en ce long espace de temps, ces genres se sont très peu modifiés : il y a donc intérêt à n’en pas scinder l’histoire et nous anticiperons, dans ce chapitre, sur la période qui fera l’objet du suivant (2).
(1) Le Mystère de la Destruction de Troie est divisé en quatre journées et compte environ vingt-huit mille vers.
(2) Voy. L. Petit de Julleville, les Comédiens en France au moyen âge, 1885, et la Comédie et les mœurs au moyen âge, 1886. Cf. E. Lintilhac, Histoire générale du théâtre en France. La Comédie, Moyen Age et Renaissance, Paris, s. d. [1906].
LITTÉRATURE, T. I
HISTOIRE DES LETTRES
Les Le respect de la tradition y était maintenu par les
« basochiens »> sociétés qui en avaient, en quelque sorte, le monopole et dont les plus florissantes furent celles des Basochiens et des Enfants sans-souci.
La Basoche (i) était la fédération des clercs (c’est-à-dire des scribes et petits employés) du Parlement, du Châtelet et de la Cour des Aides, qui avait été, sous Philippe le Bel, érigée en « royaume », c’est-à-dire reconnue officiellement et pourvue
de dignitaires : elle eut longtemps un caractère purement professionnel, et c’est seulement vers le début du quinzième siècle qu’elle se mit à égayer de représentations comiques les fêtes qu’elle célébrait, dans l’enceinte même du Palais, aux jours de chômage des tribunaux. Les pièces composées et jouées par ces jeunes gens, généralement instruits, intelligents et au courant de bien des affaires, publiques et privées, faisaient volontiers à la politique ou simplement aux gens en vue des allusions dont l’autorité dut souvent réprimer l’audace : il en résulte que l’histoire de la Basoche nous est surtout connue par les condamnations que ses membres encoururent. Assaisonnées ou non d’allusions politiques ou personnelles, ces pièces avaient un goût de terroir très prononcé, étaient tout imprégnées de l’esprit de la chicane et vivaient de la parodie des formes et du langage de la justice : Pathelin en est le type immortel.
C’est à la Basoche de Paris qu’appartinrent les auteurs comiques, en assez petit nombre, dont le nom nous a été conservé : Henri Baude, qui, en i486, fit quelques mois de prison pour avoir daubé, dans une moralité, sur l’entourage du roi ; Jean d’Abondance, auteur de la Cornette ; Roger Collerye, qui s’exerça dans tous les genres comiques alors connus (2).