‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 21 sur 186 · AUSONE · texte numérisé non relu

AUSONE

manière de passer la journée, des poèmes sur des parents morts, une description, en quatorze poèmes et en hexamètres, de dix-sept villes, de Rome à Bordeaux, le jeu des Sept Sages, des poèmes astronomiques et astrologiques en vers élégiaques sur les noms des constellations, les jours de la semaine, les mois, les fêtes romaines, vingt-cinq lettres écrites pour la plupart en vers de rythmes variés, enfin vingt petits poèmes en vers épiques ou élégiaques, dont le plus célèbre, sur la Moselle, a été composé à Trêves vers la fin de 370. On y trouve de belles descriptions des eaux cristallines, des coteaux couverts de vignes, même des poissons du fleuve, un amour très marqué de la nature, des réminiscences agréables de Virgile, d’Horace, de Lucain et de Stace. Ronsard et Pope en ont imité certains passages.

Speck a soutenu qu’Ausone ne fut jamais chrétien. De fait, il exprime souvent des sentiments païens, il déifie l’Empire et n’a qu’une foi médiocre à l’immorta-

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lité de l’âme ; il est plus souvent d’accord avec les poètes païens qu’avec la Bible. Mais ses poèmes révèlent aussi un croyant : YEphemeris contient une longue invocation au Christ et une prière pour le jour de Pâques; le discours à Galien est d’un chrétien. Ce que prouve surtout l’œuvre d’Ausone, c’est que la Gaule est bien romaine et tient la rhétorique en grand honneur.

C’est ce que montre encore l’exemple des écrivains suivants : Symphosius, l’admirateur demeuré païen d’Ausone et qui nous a laissé Cent Énigmes ; le rhéteur aquitain Severus Sanctus Endelecheius qui écrivit à Rome, en vers asclépiades et glyconiques, une idylle sur la peste bovine, et ne prit peut-être qu’après sa conversion le nom de Severus Sanctus, surtout Rutilius Namantianus, un Gaulois de Poitiers ou de Toulouse. Maître des offices sous Honorius en 412, préfet de Rome en 414, il quitte la Ville en 416, pour aller, près de Toulouse, remédier au mauvais état de ses propriétés ravagées par les Wisigoths. L’/r inéraire de Rome en Gaule , en deux livres et en vers élégiaques, décrit sa navigation et ses escales sur les côtes d’Italie. L’auteur est un zélé polythéiste qui invective les Juifs et les chrétiens, qui abandonne Rome à regret, croyant, malgré tout, à ses destinées et à sa mission civilisatrice : « Reine superbe de ce monde tout à toi... mère des hommes et des dieux, c’est toi que je chante... Aux diverses nations tu as fait une seule patrie... Tu as appelé les vaincus au. partage de tes lois... Tu règnes et tu as mérité de régner... Tu vivras tant que subsistera le globe, tant que le ciel supportera les astres... Tes malheurs préparent ta résurrection. »

Saint hilaire, D’autres Gaulois sont conquis entièrement au chris-

sulpice sévère tianisme : tels sont saint Hilaire de Poitiers, Phœbadius d’Agen, Orientius d’Auch, Sulpice Sévère, saint Paulin de Noie, Cassien de Marseille.

Saint Hilaire est le plus consi dérable d’entre eux. Né à Poitiers entre 310 et 320, il ne trouva pas chez les philosophes une notion suffisante de Dieu. Le Pentateuque, les Prophètes et surtout l’Évangile de saint Jean lui donnèrent pleine satisfaction : il devint chrétien et presque en même temps évêque de Poitiers. Exilé comme défenseur du Symbole de Nicée et rapproché ainsi d’Athanase, il étudia en Orient pendant quatre ans les Pères grecs, et transporta en Occident les explications allégoriques et symboliques qui viennent d’Origène et de Plotin. Son traité sur la Trinité, des hymnes, un Commentaire sur l’Évangile de saint Matthieu, un autre sur les Psaumes, ont eu une grande influence sur saint Ambroise, sur saint Jérôme et sur tous ceux qui ont accepté certaines doctrines grecques, qui

HISTOIRE DES LETTRES

ont pensé qu’il convient d’honorer Dieu par la beauté du discours, et qui ont cru que les artistes et les poètes doivent s’inspirer des explications allégoriques et symboliques. En écrivant en latin sur la Trinité et en combattant les Ariens, Hilaire enrichit le vocabulaire et, plus d’une fois même, comme dit saint Jérôme, il chausse le cothurne tragique. Il fut le maître de saint Martin de Tours.

Phœbadius, évêque d’Agen, est un adversaire des Ariens. Orientius, évêque d’Auch, dans un Commonitorium composé entre 430 et 440, enseigne le chemin qui conduit aux récompenses de la vie étemelle : il parle de l’amour de Dieu et du prochain, des preuves de l’immortalité de l’âme, il recommande de fuir les plaisirs

« LA GAULE FUME COMME UN BUCHER » (Phœbadius).

sensuels et surtout la femme, cause première de tout le mal, l’envie et l’avarice, la vanité et le mensonge, la débauche et l’ivrognerie, car la mort est proche. En raison des guerres meurtrières, « toute la Gaule fume comme un bûcher ». Et la grandeur des châtiments sera proportionnée à la grandeur des crimes ; il y aura des ténèbres, un feu de soufre, un froid glacial, des serpents, des chaînes de fer rouge, des vers innombrables qui dévoreront l’athée.

Sulpice Sévère, né en Aquitaine vers 360 et ami de Paulin de Noie, se tourna vers la vie ascétique par suite de la mort de sa femme et devint le collaborateur de saint Martin de Tours. Pour les lettrés, non pour les écoles, il compose une Chronique , qui constitue une histoire abrégée des chrétiens, dont les Juifs sont les devanciers. Il fait preuve de sens historique, et, quant au style, prend pour modèles Velleius, Salluste et Tacite. Grégoire de Tours lit encore cette Chronique qui, au seizième siècle, devient populaire dans les écoles et s’imprime à de nombreuses éditions. Mais les ouvrages de Sulpice Sévère qui ont été les plus goûtés au cours de cette période, qui montrent le mieux les progrès de l’ascétisme, travaillant à remplacer la légende païenne par les légendes chrétiennes où entrent des éléments gau-

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